CHAPITRE PREMIER
OKIGLiNE DE l’ ORDRE IONIQUE.
Nous traiterons des édifices d’ordre ionique érig-és par les Grecs, en disting’Liant soig^neusement les principes de l’école attique de ceux de l’école ionienne, qui sont fort différents. Les monuments construits par les colonies g-recques de l’Asie Mineure sont les plus importants, les plus nombreux, et ils ofiVent un intérêt particulier en ce qu’ils nous font connaître les œuvres de tous les architectes ayant écrit sur l’ordre ionique et qui sont cités par Vitruve.
11 y avait à faire là-dessus une étude comparative toute nouvelle, et il était impossible de l’entreprendre plus tôt, ces édifices ne nous étant complètement connus que depuis fort peu de temps.
Selon Vitruve, « les Grecs inventèrent deux g'enres de colonnes, imitant dans les unes la simplicité nue et négdig*ée du corps d’un homme, et dans les autres la délicatesse et les ornements de ceux d’une femme ( I ) ».
Beulé a Judicieusement développé cette ing’énicuse idée g’recque.
«Je répéterai, après les architectes anciens, dit-il, que le dorique est le principe de l’homme, le principe mâle, l’ordre mâle; l’ionique,
(I j l.iv. IV\ 1.
le principe de la femme, le principe féminin, l’ordre féminin. Eh! pourquoi non? L’architecture, ce grand art qui crée et paraît ne rien imiter, mais donner une forme à l’inconnu, nous avons vu cependant qu’il avait dù nécessairement commencer par imiter, chercher autour de lui, dans la nature org*anique ou inorg;'anique, dans l’homme ou dans les produits de la main de l’homme, ses éléments d’imitation : éléments, qui s’abstraient, se dénaturent se transforment, s’idéalisent, mais qui n’en ont pas moins été fournis par l’expérience.
« De même que nous voyons d’un côté, dans l’homme, la force, des formes vig-oureuses et puissantes, une simplicité qui ne craint point de se montrer nue, et de l’autre côté, dans la femme, la faiblesse élég’ante, des proportions élancées, la grâce, une perfection qui aime la parure et qui l’appelle, de même l’architecture dorique est sévère, grandiose, énergique dans la force tranquille qu’elle montre partout; en un mot, elle est mâle, c’est le principe de l’homme. Au contraire, l’architecture ionique, délicate, qui ne produit au dehors sur tous ses membres que des contours harmonieux, des surfaces légères et légèrement ornées, est le principe de la femme, c’est-à-dire de ce qu’il y a à la fois de plus semblable à l’homme et de plus différent.
« En cherchant les principes de l’ordre dorique, j’ai déjà dit, continue Beulé, que j’étais aussi disposé que personne à admettre, dans une certaine mesure, l’influence de l’Egypte et de l’Asie sur l’art grec. Le bon sens lui-même nous enseignerait, à défaut de l’archéologie, qu’en matière d’imitation les peuples ne sauraient se dérober à l’influence des peuples voisins, auxquels les unissent le commerce, des intérêts communs, et qui les ont devancés, ne fût-ce qu’au point de vue chronologique, dans l’histoire du monde. Tout en réservant l’avenir, je ne crains point de dire dès aujourd’hui que les monuments de l’Orient présentent des éléments qui ne sont pas sans analogie avec l’ordre ionique.
« Je ne parle point de Persépolis, assez récente pour qu’on la soumette à l’influence des architectes grecs. Mais je vois sur les émaux et sur les ivoires trouvés à Ninive des rosaces, des trèfles, des entrelacs, des palmettes. Dans le palais de Sarg’on , que les inscriptions