‹ Histoire et théorie de l'architectureChapitre 172 sur 296 · CHAPITRE PL · texte numérisé non relu

CHAPITRE PL

Les architectes ég’yptiens, contraints par la loi hiératique de reproduire fidèlement un symbole consacré et immuable, créé dans l’enfance de l’art, ont dû forcément renoncer à la beauté de la forme, d’où il résulte une très-ga-ande distance entre ce point de départ et l’imitation perfectionnée et considérablement embellie par les Grecs. Cette création ég’yptienne n’est donc pas le prototype de l’ordre ionique au même titre que les colonnes de Benibassan pour l’ordre dorique; mais nous croyons que le chapiteau a pu en fournir l’idée fondamentale et que le fût, par la finesse de ses cannelures, a peut-être indiqué la vmie qui conduit à un style plus élég'ant, plus féminin que le style mâle du dorique.

Pour trouver de l’analogie entre les colonnes de Sedeïng’a et les premiers essais d’ordre ionique, il faut les comparer directement avec les colonnes les plus anciennes ayant des volutes. Ces colonnes vraiment archaïques, nous les trouvons dans un des tombeaux de la nécropole de Cyrène. (Publié par Paebo, planche 47!)

Ce tombeau, taillé dans le rocher, offre une disposition analog-ue à celle des g’rottes de Benibassan, c’est-à-dire que la chambre sépulcrale est précédée d’un portique avec colonnes et antes. Le fût de ces colonnes est orné de seize cannelures, comme le dorique primitif, et couronné d’une ébauche de chapiteau à volutes; l’entablement est ég'yptien. Ces volutes ne sont que massées, et leur contour ne comporte pas une spirale parfaite, mais une courbe tournant court à son extrémité pour former en bas une petite spirale en manière de boucle de cheveux. La petite lignie courbe qui joint les deux volutes à leur base rappelle encore mieux la silliouette du chapiteau égyptien : on dirait le menton de la déesse. Il est fort reg’rettable que la peinture décorative qui couvrait les surfaces plates de ces chapiteaux soit entièrement effacée par le temps.

Le système de proportion est en harmonie avec le caractère arebaïfpie du monument. On a adopté le mode intermédiaire qui succéda immédiatement au mode bexamétrique; ainsi l’ordre se divise en sid' parties et demie sur sa hauteur, dont quatre données au fût, une au chapiteau, iinek l’architrave et vue demi-partie à la corniche. La colonne a

quatre diamètres et demi de hauteur; sa diminution est entre le tiers et le quart du diamètre, soit deux septièmes.

Toutes ces proportions s’écartent peu, comme on voit, de celles des vieux doriques d’où elles semblent dériver.

CHAPITKE 11.

l’ordre iomque, temps primitifs.

§ 1 . — Le temple de Diane, à Eidihe.

« Il est attesté par les aneiens que le temple de Diane fut reconstruit hidt fois. Le temple primitif, qu’on attribuait aux Amazones, deux autres, qu’on rebâtit ensuite, furent détruits par le feu. Le quatrième temple d’Éphèse fut livré aux flammes par Lyg*damis, sous le règ’ne d’Ardys II, roi de Lydie. Le cinquième temple était encore debout sous le règ*ne de Servius Tullius à Rome (557 av. J. -G.). Le sixième temple fut établi sur un emplacement aulre que l’emplacement des temples précédents. Cet édifice fut brûlé à son tour l’an 400 avant J. -G. (1) »

Nous ne savons absolument rien de certain sur ces six premiers temples, qui, d’ailleurs, n’ont laissé aucune trace, et les deux derniers appartiennent au iv" siècle. Voulant suivre l’ordre chronolog’ique, comme nous l’avons fait jusqu’ici, afin d’analyser les ruines et d’en déduire successivement les principes constitutifs de l’ordre ionique, nous ajournerons ce que nous avons à dire sur le temple d’Éphèse, nous réservant d’en parler plus long’uement en temps et lieu.

(Ij Beulé, Fouilles et découvertes, t. II, i). 343-344.

§ 2. — Le temple de Samos.

« Il est intéressant, dit Beulé, de se demander s’il reste des fragments d’ordre ionique antérieurs aux gaierres médiques. L’histoire ne nous apprend rien, ajoute-t-il : ce n’est que sur des approximations, sur des jugements fort contestables, que je pourrais m’appuyer. Je ne trouve que deux points de repère, le temple de la Victoire sans ailes, à Athènes, pour le début du siècle de Périclès, le temple de Samos, pour le siècle de Polycrate : ce sont deux jalons insuffisants (1). »

Beulé dit un peu plus haut : « Le temple de Samos fut brûlé par les Perses. « Ceci ne peut g’uère s’appliquer qu’à l’ancien temple dorique dont parle Vilruve, car le style des fragments retrouvés ne permet pas de remonter au-delà de l’invasion persane. D’autre part, ces frag’ments sont certainement plus anciens que le temple de la Victoire sans ailes; c’est donc entre ces deux époques qu’il faut nécessairement placer la construction du temple de Samos.

Il reste de cet édifice une colonne debout, un fragnnent de chapiteau, une base ; ces ruines sont gigantesques. La colonne qui reste debout n’est point cannelée, sans doute parce qu’elle n’avait point été achevée. Du chapiteau on n’a retrouvé que la partie circulaire, composée de l’échine ornée d’oves sculptés avec astrag’ale au-dessous, mais sans sculpture. La base offre déjà le tore cannelé surmonté d’un astrag'alé, tel qu’on le retrouve dans les àg’es suivants. Ce tore repose sur une espèce de plinthe dont la forme cintrée en creux fait pressentir sa prochaine transformation en scotie.

Le diamètre des colonnes est de 1'", 852, c’est-à-dire juste de six pieds grecs; le diamètre supérieur est de l'",45. La diminution est, par conséquent, dé 401 millimètres ou 1/4,6. Nous n’avons trouvé cette diminidion extraordinaire que dans les anciennes colonnes doriques. Celte proportion ne s’appliquant en général qu’aux colonnes courtes.

(1) Hist. (le l'art grec, p. 2il-242.

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