LIVRE VIL — CHAPITRE IL
Ce que les tombeaux ioniques de Telmissus ont de plus remarquable, et ce dont M. Tessier parle peu, c’est leur corniche à denticules, laquelle appartient en propre à l’ordre ionique, ainsi que nous le verrons par la suite. Or, l’orig*ine des denticules se manifeste très-clairement en Lycie dans la première classe des sépultures taillées dans le roc et qui, selon M. Tessier, « paraissent être de style lycien ou primitif » .
Quelques-uns de ces tombeaux sont en forme de grotte et n’ont qu’une seule façade; mais d’autres, plus nombreux, sont entièrement isolés, monolithes, et tenant au sol par la base : ce sont de véritables rochers taillés (t). Le plan est le plus ordinairement un carré parfait. Les quatre façades offrent, non une imitation, mais la reproduction exacte des formes d’une construction en charpente avec poteaux, sablières, et trois planchers à claire-voie superposés, plus un plancher bas, et tous quatre d’une combinaison différente. Le dernier plancher, formé de solives beaucoup plus fortes, plus serrées, plus saillantes, a véritablement Taspcct des anciennes corniches à denticules.
On a dit que ces tombeaux étaient l’imitation d’une cabane et le prototype de l’ordre dorique. Nous ci^oyons, et nous espérons prouver, que le tombeau des Lyciens n’était point l’imag-e de leur demeure, comme le dit Beulé, mais bien 1’imag‘e de leur bûcher.
En effet, selon Quatremèrc de Quincy, « l’usag’e de la combustion des corps paraît avoir dû présentera l’architecture (pour les mausolées) le modèle qu’elle imila. Ce modèle fut le bûcher. Long-temps avant les Romains, nous trouvons chez les Grecs que ITisag’e du bûcher avait produit, pour la consomption du corps des plus g’rands personnag*es, les monuments où l’architecture avait déployé la plus étonnante mag’nificence.
« Le premier de ces ouvrag'es dont le souvenir nous ait été transmis est le célèbre bûcher de Denys l’Ancien, tyran de Syracuse, construit par son fils l’an 1" de la cm" olympiade (367 ans avant J.-C.), c’est-à-dire quarante ans avant celui qu’Alexandre ordonna pour les funérailles d’Héphæstion. Ce dernier, modèle des bûchers d’apo-
(1) Tessier, ibid., t. T, pl. 203, 20G, 223.
tliéose des empereurs romains et type indubitable des vastes tombeaux en construction, tant du roi Mausole que de ceux qui furent, dans la suite, appelés de ce nom, mérite que nous en donnions ici la description, traduite de Diodore de Sicile : « Alexandre fît aplanir l’espace où (( devait s’élever le bûcher et lui donna une forme carrée d’un stade
« de long’ueur en tous sens. L’espace étant divisé en trente compar- « timents, on y établit des planchers de charpente. Le tout fut ordonné sur « un plan quadranyulaire . » (Suit la description des ornements autour des cinq étages.)
(( Nous allons voir maintenant, continue Quatremère, que le bûcher des apothéoses à Home, décrit par Hérodien, est aussi, dans son g’enre, le vrai modèle des mausolées romains. A l’endroit le plus spacieux du Champ de Mars, on élève, <( sur un jdan quadrilatère régulier et en forme « d'édifice, une charpente qui n'est liée que par un assemblage de bois d'une « très-grande dimension. Cet espace, on le remplit intérieurement de matières « combustibles. L’extérieur est revêtu d’étoffes d’or, etc., etc. » (Suit, de même, la description de chacun des étag'es, au nombre de cinq. )