LIVRE VII. — CHAPITRE III
d’ordre ionique qui soit encore debout et presque entier. De l’ancien temple de Diane il reste peu de ehose; du temple de Samos, nous n’avons pas même une colonne entière, et l’entablement nous est tout à fait inconnu. Le temple de la Yietoire est done l’édifice qui peut le mieux nous renseig’ner sur les principes orig'inaires de l’ordre ionique.
Sur ce sujet, on ne peut g’uère consulter que Vitruve. Nous avons vu, plus haut (1), que cet architecte n’avait pas bien saisi le sens de l’auteur qu’il. compilait, lorsqu’il dit que les Grecs « prirent la mesure du pied d’un homme, qui est la sixième partie de sa hauteur, et se réglèrent sur cette proportion ». Nous avons fait observer, en temps et lieu, que, aucune colonne g’recque n’ayant 6 diamètres de hauteur, l’interprétation de Vitruve devait être erronée. En effet, l’étude des anciens temples doriques a prouvé péremptoirement que ce n’était pas la colonne, mais l’ordre entier, qu’il fallait diviser en six parties et selon la méthode ég’yptienne.
Fait sing-ulier et très-remarquable, nous nous trouvons maintenant dans un cas tout semblable à celui où nous étions alors. Ainsi, immédiatement après la citation que nous venons de faire, Vitruve ajoute: « Quelque temps après, voulant bâtir un temple en l’honneur de (I Diane, ils cherchèrent quelque nouvelle manière de proportionner « leurs colonnes, et, en suivant les mêmes principes qui déjà les avaient « guidés, ils leur donnèrent cette fois la délicatesse du corps d’une « femme. Premièrement, ils firent le diamètre de la colonne de la « huitième partie de sa hauteur (2)... »
11 est évident que Vitruve tombe ici dans la même erreur que pour le dorique, car aucune ancienne colonne ionique n’a huit diamètres de hauteur. Les colonnes du temple de la Victoire n’ont que sept diamètres 2/3; dans les âg’es suivants, les colonnes du même ordre en auront au moins neuf. On peut donc interpréter hardiment ce second passag*e de Vitruve tout comme nous l’avons fait pour le premier. Et cela d’autant plus qu’en agissant ainsi, nous prendrons à la lettre cette phrase de l’auteur latin : « (Les Grecs) en suivant les
()) Liv. V, cliap. III ,
(2) Vür., livi’e IV, chap. i.
« mêmes principes qui déjà les avaient g’uidés, » c’est-à-dire en divisant proportionnellement l’ordre entier, le divisèrent cette fois en huit parties.
Or, l’ordre entier du temple de la Victoire se divise en huit parties
sur sa hauteur, et selon la méthode ég’yptienne, c’est-à-dire que l’entahlement, y compris le taissoir carré du chapiteau, a deux modules de hauteur, comme dans l’ordre dorique, et la colonne six modules. En d’autres termes : la partie carrée de l’ordre a juste le tiers de la partie circulaire.