ENTRÉE EN MATIÈRE
La découverte de Ghampollion, en nous donnant la possibilité de classer les monuments ég’yptiens par ordre chronolog-ique, nous permet de les étudier avec beaucoup plus de fruit cpie l’on n’avait pu le faire jusqu’alors, et de prouver leur antériorité, trop souvent contestée.
L’histoire monumentale de l’Egypte occupe trois époques principales, savoir : l’époque pharaonique, l’époque g’recque, l’époque romaine. Mais, au point où la science est parvenue, il est possible et il importe de diviser l’époque pharaonique en deux g*randes sections. La première comprendra les monuments antérieurs au délug'e de Noé.
Dans ces temps reculés, le g’énie ég*yptien, dég’ag’é de toute espèce d’influence étrang-ère, apparaît dans la naïve expression de sa simplicité primordiale.
Cependant il faut renoncer à surprendre les premiers linéaments de
HISTOIllE ET THEORIE DE L’ARCHITECTURE.
cet art. Si haut que l’on remonte dans le passé, on rencontre toujours, avec une surprise mêlée d’admiration, l’Ég-ypte parvenue à une civilisation très-avancée. Ainsi, d’après les édifices qui nous restent, les habitants des bords du Nil semblent débuter dans l’art par une des sept merveilles du monde, les g*randes pyramides, lesquelles sont suivies de près par un ouvrag*e non moins merveilleux, le lac Mœris. Tels sont les plus anciens monuments de l’Ég'ypte, ceux du moins dont nous avons la date certaine.
La haute antiquité des pyramides proteste contre des opinions longtemps accréditées et difficiles à déraciner; aussi a-t-il fallu accumuler les preuves pour combattre, sinon convaincre les incrédules. Mais la succession des dynasties égyptiennes de Manéthon, confirmée par les manuscrits et les monuments nationaux, ne peut laisser sur ce sujet aucun cloute raisonnable. Selon V historiographe de Ptolémée Philadelpbe, la fondation de la pyramide de Chéops (1) remonte à l’an 4975 avant notre ère (2), c’est-à-dire 2,191 ans avant le déluge cbaldéen, identique avec le déluge de Noé, 2,215 ans avant la fondation de Tyr par les Phéniciens, 2,244 ans avant la fondation de la tour de Babel , dont une découverte récente permet de fixer exactement l’âge (3).
Nous n’avons point osé, bien c{ue cela soit possible, remonter tout d’abord à l’origine de l’art égyptien ; son antiquité est si extraordinaire qu’elle eût paru fabuleuse. Nous avons voulu nous appuyer avant tout sur un témoig’nag’e matériel.
Les g’randes pyramides attestent d’abord par des inscriptions leur haute antiquité; ensuite, par leur orientation exacte, leur bonne exécution, et surtout par la perfection du système d’écriture hiéroglyphique et du tracé des signes C{ui le composent, elles prouvent, jusqu’à la dernière évidence, qu’elles sont d’une époque fort éloignée de l’enfance de la civilisation.
(1) Le Souphis R'' de Manéthon et des inonunients.
(2) En comptant, comme les Égyptiens, par années vagues do 36a jours juste.
(3) Voir, pour [dus de détails sur cette dernière date, notre mémoire intitulé : J\echerches sur la date de la fondation de la tour de Bahel, inséré dans la Revue archéologique , 1-R année,