CHAPITRE Vil
colonnes sur un côté, onze sur l’autre. C’est donc le total de trente-six colonnes, indiqué par les auteurs et non par les excavations ; ce que les excavations ont fait connaître, c’est le plan du soubassement.
<c Enfin, le plan du seeond étag’e, qui n’était qu’une pyramide avec ving’t-quatre deg’rés, est accolé au plan du plafond du portique. M. Pullan a voulu rendre plus sensible par un dessin la distribution des caissons, qu’il suppose simples sur les côtés, doubles sur les deux façades où le portique, ag’randi outre mesure, a deux entre-colonnements et demi de larg'eur. Cette disposition n’est pas inadmissible, mais elle inquiète les esprits accoutumés aux belles ordonnances grecques et à leur harmonie; un inconvénient plus grave est d’affaiblir la résistance des murs et des colonnes qui supportaient la pyramide et d' accroître la portée des architraves de marbre, sujettes à se briser.
« L’élévation du Mausolée, telle que l’imagine M. Pullan, inspire aussi de la défiance. Sur cinq degTés s’élève un soubassement massif de 05 pieds anglais de hauteur ; il présente une surface ég^ale, simple jusc[u’à la monotonie, et rappelle le bastion des Propylées qui supporte le petit temple de la Victoire, bien plus qu’un édifice fastueux qui a excité l’attention de toute l’antiquité par sa richesse. Il est permis de critiquer d’autant plus vivement ce soubassement, que des données antiques permettaient de le décorer. M. Newton a découvert parmi les ruines trois frises différentes, c’est-à-dire trois séries de sujets en bas-relief qui s’appliquaient avee continuité soit à l’extérieur, soit à l’intérieur du monument. Deux de ces frises appartenaient assurément à la décoration extérieure. Le combat des Amazones contre les Grecs était le motif prineipal; on peut le réserver pour la décoration du portique. Mais les courses de chars, symbole de jeux funèbres, mais les combats dont M. Newton a mentionné les fragments, pourraient être ajustés eomme une zone sur les Cjuatre côtés du soubassement.
«Au lieu de distribuer les seulptures d’une manière qui n’aurait choqué ni les usag’es du temps, ni le sentiment général de l’art grec, M. Pullan les a plaquées sur les murs de la cella, au mépris des traditions antiques et en alarmant tous les gens de g’oût. Il suppose
d’abord, à une hauteur arbitraire qui coupe la cella sans raison, une suite de chars tous semblables. Au dessous, entre les colonnes et toujours sur le mur de la cella, il imag’ine d’encasti’er dans le mur des petits bas-reliefs avec une bordure, perdus sur la muraille comme des tableaux qu’on suspend à un clou.
« Ce que je critiquerai encore avec franchise, c’est la distribution des lions sur les deg’rés du péristyle, selon le caprice de M. Pullan. Comme ces lions étaient de g’randeur colossale, il faut supposer, pour les placer sur le premier deg’ré, ou, si l’on aime mieux, sur la corniche du soubassement de 65 pieds, une énorme saillie, puisque les lions se présentent de face, c’est-à-dire dans leur long’ueur. Or, cette saillie, par sa projection, aurait raccourci les deg’rés du péristyle, et, par un effet de perspective bien connu, altéré les proportions. Pourquoi aussi supposer un lion devant une colonne, et le supprimer devant la colonne suivante ? Ces frag’ments que M. Newton a trouvés sont assez nombreux pour permettre de supposer un plus g’rand nombre de lions.
« On reg'rette aussi que M. Pullan n’ait pas imaginé une salle funéraire plus somptueuse. L’ensemble du Mausolée, les dépenses et l’ambition d’Artémise, l’admiration des contemporains, autorisent à croire que l’intérieur de l’édifice répondait à l’extérieur. Le récit des chevaliers de Saint-Jean qui pénétrèrent dans cette salle indique clairement une riche décoration, puisqu’ils parlent de colonnes, de corniches, de sculptures.
« En résumé, M. Newton et Pullan n’ont point fait avancer la science sur ce point autant qu’on avait le droit de l’espérer (1). »
Les faits ainsi complètement établis, nous allons exposer les éléments de notre restauration. La partie supérieure du Mausolée étant, et de beaucoup, la mieux connue, nous commencerons, non par la la base, mais par le sommet de l’édifice.
Nous avons dit que M. Newton avait trouvé «des gradins qui lui expliquaient comment la pyramide avait été constituée plus longue
(1) Beulé, id., p. 282 à 29 i.