‹ Histoire et théorie de l'architectureChapitre 277 sur 296 · LIVRE IX. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — CHAPITRE

c’est que, sous ce rapport, elle peut être considérée comme prototype de la basilique de Saint-Pierre de Rome.

« La rotonde avec sa coupole reçut, en Orient, une destination spéciale qui la consacra comme une nécessité indispensable pour les ehrétiens g’recs dans l’édification de leurs monuments sacrés. La coupole devait s’élever au-dessus du lieu très-saint, nommé hièratéion.

« Du règ’ne de Justinien au siècle, les dômes se multiplient et finissent par rég’ner même au-dessus des porches. Le plan de la basilique romaine est maintenu, mais modifié. Les piliers carrés i‘emplacent les colonnes qui deviennent de plus en plus rares (1). »

Du x“ au xifi siècle, le plan tend à se rapprocher de nouveau de celui de la basilique romaine. C’est vers le milieu de cette période, l’an 1063, que les Pisans, s’étant emparés de six g’rands vaisseaux charg’és d’un immense bidin, résolurent d’appliquer la valeur de ces riches dépouilles à l’exécution d’un temple qui devînt un monument de g-loire pour le pays,

(( Pise, dont l’ancienne égdise de Santa-Reparata avait, dès le iv" siècle, été élevée sur les ruines des thermes ou du palais d’Adrien, . possédait un très-g’rand nombre de colonnes antiques de toute proportion et en tout g-enre de marbre, qui devinrent les principaux matériaux que l’architecte du nouvel édifice devait mettre en œuvre. Ajoutons que Pise, encore à cette époque, était maîtresse de l’île d’Elbe, où elle fit tailler un assez g*rand nondjre de colonnes de g-ranit. »

L’architecte Rainaldo (et non Ruscbetto) «adopta fort heureusement la forme et la disposition des premières basiliques chrétiennes, qui étaient une imitation de celles des anciens. Rien ne convenait mieux à l’emploi des nombreuses colonnes dont cet édifice offre l’étonnante eollection.

« On y en compte, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, c|uatre cent cinquante. Il y en a deux cent huit appliquées à la décoration du dedans. Toutes ne sont ni de la même proportion ni du môme prix, et

(1) Ramée, Histoire générale de l’architecture, i. II, p. 78, 81.

le plus g’rand nombre n’appartient point à l’antiquité. Il n’y a de préeieux et de remarquable, sous ce dernier rapport, que les colonnes des nefs.

« Les bas-côtés sont voûtés, mais la g'rande nef U un plafond en bois, dont les compartiments sont de g'rands caissons dorés. Les nefs de la croisée ont la meme ordonnance de colonnes. Ces colonnes sont liées entre elles par des arcades, au-dessus desquelles s’élève un second rang* de portiques en colonnes plus petites que celles d’en bas, et aussi plus nombreuses.

« La coupole qui couronne la basilique de Pise est le premier essai de ce g-enre de construction en Europe. Avant ce monument, rien ne donna chez les peuples modernes soit l’idée, soit l’exemple d’un dôme, c’est-à-dire d’une voûte sphérique, au haut d’un tambour formant en dehors une masse réunissant les quatre branches d’une croisée (I). »

Les basiliques antiques n’ayant point de nef transversale, les nefs en forme de T appartiennent en propre aux g*randes basiliques chrétiennes, entre autres à celle de Saint-Paul hors des murs. Ce que la cathédrale de Pise offre de plus remarquable n’est pas, selon nous, sa coupole byzantine, mais la véritable forme de la croix latine donnée au plan par un homme de g’énie. Rainaldo obtint cet heureux résultat en ag’randissant beaucoup la nef transversale et en y introduisant des portiques latéraux.

Cette admirable disposition a été imitée à l’ég'lise de Saint-Remi de Reims et surtout à la cathédrale de Chartres (2), où elle produit, comme à Pise, un très-g'rand effet.

Trois ans avant la fondation de la cathédrale de Pise, en 1060, Guillaume le conquérant fondait, à Caen, l’ahbaye aux Dames et l’abbaye aux Hommes, lesquelles offrent une remarquable application de la basilique voûtée des anciens Romains au culte catholique, et sont le prototype de la plupart des égalises du moyen âg-e.

Nous avons le bonheur de nous trouver d’accord, au moins sur ce

(1) Qiiatreinère de Quincy, llist. des architectes, t. I, p. 2, 3 et 7.

(2) Le rez-de-c]iaussée de la cathédrale de Cliartres date de la première moitié du XIP siècle.

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