LIVRE IL — CHAPITRE V
d’environ 600, dont plus de moitié sont encore visibles, et les autres plutôt enfouis sous les sables que détruits.
« Toutes les habitations de cette antique ville des morts, comme les appelaient les Ég'ypliens, ne sont pas des monuments bâtis; plusieurs sont des constructions souterraines, comme à la nécropole de Thèbes, mais non pas disposées en syring*es, c’est-à-dire en long canaux et en labyrinthes. Elles ressemblent aux hypogées, parce qu’elles sont creusées dans le roc, et que les sculpteurs en ont orné les parois par la représentation des scènes agricoles, civiles et domestiques. Le rocher formant le plateau des pyramides est taillé en murailles droites ou inclinées; l’on y a pratiqué des ouvertures qui simulent des portes bâties donnant entrée à une chambre sépulcrale et à de grandes salles dont le plafond est soutenu par des piliers carrés (1). »
Les hypogées sont beaucoup moins nombreux que les tombeaux construits; on en compte une centaine au plus, tandis qu’il faut ajouter, aux 600 monuments élevés sur le plateau, 200 sépulcres construits dans la partie basse et sur un mamelon situé à environ 1 ,600 mètres de la grande pyramide.
Tous ces tombeaux, suivant ceux qui ont été publiés par M. Lepsius, et dont le nombre s’élève à 206, appartiendraient, à quelques rares exceptions près, à l’époque des iv® et v® dynasties, c’est-à-dire, de l’an 5000 à l’an 4470 environ. Les tombeaux de Saquarah et d’Abusir sont de la même époque.
Il est fort remarquable qu’on n’ait trouvé aucun monument sépulcral contemporain des sept dynasties suivantes, et qu’il existe sur ce point une lacune de près de douze siècles.
On sait que la décoration intérieure de ces tombeaux retraçait les scènes de la vie privée. Or, les arts d’imitation corporelle, ayant avec l’architecture des rapports sensibles, ont dû exercer une influence sur les édifices.
Il importe donc de rechercher les rapports qui peuvent exister entre les figures, peintes ou sculptées, et les divers ordres d’architec-
(1) Jomard, Descr. de l’Égypte ant., p. 667-668.
ture, afin de s’assurer si, en effet, l’étude du corps humain a exercé cette influence sur les monuments ég’yptiens.
Voyons d’abord ce que dit là-dessus Vitruve :
« Pour bien ordonner un édifice il faut avoir ég“ard à \ù, proportion , qualité à laquelle les architectes doivent surtout s’attacher. Or, la proportion dépend du rapport que les Grecs appellent analogie; et par rapport il faut comprendre la convenance de mesure, l’harmonie et la symétrie qui se trouvent entre une certaine partie des membres et le reste de tout le corps de l’ouvrag’e, et par laquelle toutes les proportions sont rég*lées; car jamais un bâtiment ne pourra être bien ordonné s’il n’a cette proportion et ce rapport, et si les parties ne sont, à l’ég'ard les unes des autres, ce que sont celles du corps d’un homme bien formé, étant comparées ensemble.
« Le corps humain a naturellement et ordinairement cette proportion, que la tête, qui comprend depuis le menton jusqu’au sommet, en est la huitième partie... Le pied a la sixième partie de tout le corps, la coudée la quatrième , etc. Les autres parties ont chacune leurs mesures et proportions, sur lesquelles les peintres et les sculpteurs les plus célèbres de l’antiquité se sont toujours rég’lés; de même il faut que les parties qui composent un temple aient chacune un rapport convenable avec le tout.
« Si donc la nature a tellement composé le corps de l’homme, que chaque membre a une proportion avec le tout, ce n’est pas sans raison que les anciens ont voulu que dans leurs ouvrag’es ce même rapport des parties avec le tout fût exactement observé. Mais parmi les ouvragées dont ils ont régdé les mesures, ils se sont principalement attachés à déterminer les proportions des temples des dieux.
« La division et même la nomenclature.de toutes les mesures pour les différents ouvragées ont été prises sur les parties du corps humain ; c’est ainsi que l’on a eu le doig’t, le palme, le pied, la coudée, etc.
(( Les mathématiciens ont observé que la long’ueur du pied de l’homme est la sixième partie de toute sa hauteur, et que, suivant le nombre de pieds que cette hauteur contient, on a estimé que la proportion la plus parfaite était celle où la hauteur contenait six fois la gran-