LIVRE II. — CHAPITRE V
deur du pied; que le coude (ou coudée) a six palmes et vingt-quatre doigts de long, etc. (1). »
Où Vitruve a-t-il pris tout cet assemblage de proportions entièrement basé sur le système métrique égyptien? Il nous l’avoue avec une parfaite loyauté dans la préface de son YIP livre :
« Je ne cherche point, en écrivant cet ouvrage, dit-il, à cacher où j’ai pris ce que je produis sous mon nom, ni à blâmer les inventions d’autrui pour faire valoir les miennes; je professe, au contraire, la plus grande reconnaissance envers les écrivains qui ont recueilli , comme je le fais, tout ce que les auteurs anciens ont préparé et amassé chacun dans sa profession; car c’est comme autant de sources où nous pouvons puiser abondamment; nous profitons du travail de nos prédécesseurs pour entreprendre avec assurance de composer de nouveaux ouvrages, et j’avoue ingénument que cela m’a donné une facilité très-gTande pour l’exécution de mon dessein, pour lequel j’ai trouvé une infinité de choses toutes préparées. »
Vitruve rapporte ensuite les noms et le sujet des ouvrages de ces écrivains, tous Grecs, et au nombre de trente-six. Malheureusement aucun de leurs livres n’est parvenu jusqu’à nous, ce qui rend celui de leur compilateur doublement précieux.
Vitruve ajoute : « J’ai pris dans les livres de tous ces auteurs ce dont j’ai jugé pouvoir me servir pour me faire un recueil, parce que j’ai remarqué que les Grecs ont composé beaucoup de livres sur ce sujet, et que les Romains en ont fort peu écrit. »
Ces auteurs grecs, moins scrupuleux que Vitruve, apparemment, ne disent point où ils ont pris leur système métrique, et cette proportion parfaite déduite du rapport du pied de l’homme avec sa stature. Mais l’origine de ce rapport de un à six se révèle de soi-même, car cette proportion n’est pas prise dans la nature humaine. Comme l’a trèsbien observé Perrault : « Il ne se trouve point que dans les hommes de notre siècle le pied soit la sixième partie de sa hauteur, ni qu’un homme bien fait, dont la tête est la huitième partie de tout le corps.
(1) Vitruve, liv. III, cliap. i, p. 88 à 93 de la trad. de Perrault, édit, de 1837.
jue nécropole de Memphis.
ait le pied plus grand que la septième. » C’est en effet cette dernière proportion qui était suivie par les sculpteurs g'recs, et non celle du sixième, comme le ditVitruve. Mais chez les Eg'yptiens, rorg*ye, qui représente la stature humaine, se divisant en six pieds, la proportion des fîg'ures sculptées s’explique par le système métrique du pays.
Ainsi, d’après les planches de M. Lepsius, lesquelles sont établies sur une g-rande échelle et dessinées avec beaucoup de soin, nous avons mesuré les fig-ures des bas-reliefs peints décorant les tombeaux de Dg’iseh et d’Abousir, tous du temps des iv® et v® dynasties, et nous en avons déduit une moyenne. Opérant ensuite de même pour les tombeaux de Béni Hassan, contemporains des xiU et xiiU dynasties, nous avons reconnu :
1“ Qu’il existe une différence de style entre les deux époques, comme l’a observé Rosellini, les fig'ures de Béni Hassan ayant des proportions plus élég’antes;
2" Que toutes ces fig’ures ont été librement dessinées et non soumises à une méthode systématique (la loi hiératique s’appliquant seulement aux imag’es des dieux), d’où il résulte que les proportions en sont assez variables ;
3“ Que toutefois les proportions indiquées par Yitruve se retrouvent exactement dans la plupart des fig’ures de l’une et de l’autre époque, les plus anciennes s’en écartant parfois en lourdeur, et les autres, parfois aussi, par excès de lég’èreté (1).
En résumé, prenant la moyenne sur tous ces monuments, on obtient pour résultat, comparativement à la stature humaine :
Que la tête en est la huitième partie, le pied la sixième , la coudée le quart.
Quant à la proportion de un à six appliquée à un ordre d’architecture, nous la trouvons en Ég’ypte fort long’temps avant que les Athéniens envoyassent en Asie treize colonies sous la conduite d’ion. Ces colonies, voulant élever un temple à Apollon Panionius, et « ne sachant pas bien, dit Vitruve, quelle proportion il fallait donner aux colonnes,
(1) Voir Lepsius, t. III, pl. n.