CHAPITRE V
prirent la mesure du pied d’un homme, qui est la sixième partie de sa hauteur, et se rég'lèrent sur cette proportion (I) ». Ce n'est là qu’une des nombreuses fables sous lesquelles les Grecs, peu reconnaissants, dég'uisèrent leurs emprunts faits à 1’Ég‘ypte.
Cette proportion d’un à six se manifeste dans les plus anciennes colonnes ég'yptiennes, et, dès la plus haute antiquité, dans les piliers des tombeaux de la nécropole de Memphis. Ces piliers, ornés parfois d’un chapiteau et portant architrave, constituent le point de départ d’un véritable ordre d’architecture qui se développera plus tard, ainsi que nous allons l’exposer.
Les tombeaux de Memphis se divisent en deux catég’ories : les monuments creusés dans le roc, ou hypog’ées, et les monuments construits. Dans les hypog’ées, les piliers, ayant à soutenir le poids de la montag’ne, sont en g*énéral plus robustes. Mais, dans les tombeaux construits, c’est le rapport du pied à la stature humaine qui domine, et paraît avoir été un principe fondamental. Cependant cette proportion se trouve aussi parfois dans les plus anciens hypog’ées. Ainsi, un tombeau creusé dans le roc, au sud-est, en avant de la g’rande pyramide, nous donne un exemple de deux piliers ayant en hauteur six fois la larg’eur de leur base (2). Ce monument, consacré à une jeune princesse, fille de Souphis 1" (le Chéops d’Hérodote) (3), date de près de cinq mille ans avant notre ère.
Un g'rand tombeau érigé vers le milieu de la v' dynastie (4600 ans environ avant J .-C.), et situé au nord de la grande pyramide, au centre du plateau, est un des plus intéressants de l’antique nécropole de Memphis (4). L’un des piliers de ses trois portiques (5) offre en même temps un principe et son application; c’est-à-dire que ces piliers ont des proportions très-exactement déduites de celles des figures d’hommes gravées sur leurs parois, ces figaires ayant précisément en hauteur six fois
(1) Viti'uve, liv. IV, chap. i.
(2) Lepsius, t. I, pl. 29. Giseli, tomb. n® 92.
(3) Détails du même tombeau, t. Il, pl. 34.
(4) Ibid., t. I, pl. 21 , Dgiseli, ii® 15.
(5) Marqué A sur le plan et la coupe principale. Voir le détail en grand : Lepsius, t. III, pl. 00.
la long'ueur du pied, et les piliers six grands modules ou six fois leur larg’eur. (Voyez la fig*., pag*es 72-73.)
Le portique formant le vestibule du même tombeau (1) présente une particularité non moins remarquable. La larg*eur des piliers, véritable module, y règ’le non-seulement la hauteur de ces piliers, mais encore la hauteur et l’épaisseur de l’architrave, qui a ici un module dans tous les sens. (Voyez ci-contre, pag’e 77.)
Les piliers carrés étaient ornés soit de figures et d’inscriptions, ainsi que nous venons de le voir, soit d’une simple colonne d’hiéroglyphes, comme dans un tombeau de Saquara (2), soit enfin d’un élégant bouquet de plantes, encadré, conïme dans deux hypogées de Sauiel et Meitin (3).
Un ancien tombeau de Saquara, dont la date n’est pas précisée par un nom royal, présente un fait remarquable. Ses piliers, avec pans coupés aux angles, font pressentir la forme octogone qui se manifestera plus tard, pour la première fois, dans les hypogées de Béni Hassan, près de deux mille ans après les plus anciens piliers des tombeaux de Memphis.
Les hypogées de Béni Hassan semblent former la nécropole de la caste militaire. Les plus importants sont au nombre de trente environ, tous à une même hauteur dans le rocher; leurs portes sont sur un même plateau. Douze à quinze sont couverts de peintures dont les sujets sont pleins d’intérêt et les couleurs parfaitement conservées.
« Les grottes sont de différentes grandeurs; quelques-unes ont leurs piliers détruits et leurs peintures effacées; d’autres sont fort petites. Dans l’une, qui est tout à fait au sud, on remarque une porte, d’une belle proportion, décorée d’une gorge qui n’est pas cannelée. En général, l’architecture en est peu ornée, mais elle plaît par sa symétrie et sa simplicité (4). »
(1) Marqué B sur le plan et la coupe.
(2) Ibid., t. III, p. 64, tomb. n“ 16, de la fin de la v® dynast., de 4549 à l’an 4505 avant J.-C.
(3) Ibid., t. I, pl. 5, tomb. n®^ 1 et 2, xiii® dynastie. Voir aussi 2 piliers du grand temple de Karnac, A, vol. II.
(4) Jomard, Bescr. de l’Éyypte, t. IV, p. 336.
Vestibule du tombeau précédent (fig. 5).
Mais voici ce qui surprend le plus dans ces remarquables monuments : tandis qu’à l’entour de iMemphis, les tombes, ou construites ou