LA DIX-HUITIÈME DYNASTIE
L’empire ég*yptien fïorissait depuis plus de quatre-ving’ts siècles, c’est-à-dire depuis le règ“ne d’Osiris, lorsque, l’an 2409 avant notre ère, un événement désastreux, que nous allons rapporter, exerça la plus déplorable influence sur l’art en Eg'ypte et faillit l’anéantir tout entier.
« Sous le règ'ne de Timaos, dit Manéthon, Dieu (6 0e6ç), irrité contre nous, permit que, lorsqu’il ne paraissait point y avoir sujet d’appréhender, une g’rande armée d’un peuple qui n’avait nulle réputation vînt du côté de l’Orient et se rendît rapidement maîtresse de notre pays, tuât une partie de nos princes, mît les autres dans les fers, brûlât nos villes, renversât nos temples, et traitât si cruellement les habitants qu’elle en fît mourir plusieurs, réduisît les femmes et les enfants en servitude, et établît pour roi un de sa nation nommé Salatis. Ce nouveau prince vint à Memphis, imposa un tribut aux provinces tant supérieures qu’inférieures, et y établit de fortes g’arnisons, principalement du côté de l’Orient, parce qu’il prévoyait que, lorsque les Assyriens se trouveraient encore plus puissants qu’ils ne l’étaient, l’envie
leur prendrait de conquérir ce royaume. Il n'y eut rien que ce roi et ses successeurs ne fissetit pour tâcher d’exterminer la race des Eg’yptiens. On les nommait tous hycsos, c’est-à-dire rois pasteurs.
« Ces rois rég’uaient en Ég-ypte depuis cinq cent onze ans lorsque les rois de laThébaïde et de ce qui restait de l’Ég'ypte, qui n’avait point été dompté, déclarèrent la g’uerre à ces Pasteurs. Cette g*uerre dura long-temps, mais enfin le roi Misphra-Moutophis les vainquit ; et, après avoir chassé de l’Eg'ypte la plus g'rande partie, ceux qui restèrent se retirèrent dans un lieu nommé Abaris et l’enfermèrent d’une trèsforte muraille pour y être en sûreté. Amosis, fils de Misphra-Moutophis, alla les attaquer avec quatre cent quatre ving't mille hommes; mais, désespérant de les pouvoir forcer, il traita avec eux à conditioïi qu’ils sortiraient de l’Ég'ypte pour se retirer où ils voudraient sans qu’on leur fît aucun mal. Ainsi, leur nombre étant de deux cent quarante mille, ils s’en allèrent avec tout leur bien hors de l’Eg'ypte, à travers le désert de Syrie; et, craig'nant les Assyriens qui dominaient alors dans toute l'Asie, ils se retirèrent dans un pays que l’on nomme aujourd’hui la Judée, où ils bâtirent une ville capable de contenir, cette g-rande multitude de peuple et la nommèrent Jérusalem (1). »
« Ce fut pendant la quatrième année du règ’ne d’Amosis que les Pasteurs sortirent d’Eg-ypte, cinq cent dix-huit ans après l’invasion de Salatis (l’an 1892 av. J.-C.) (2). »
Amosis, chef de la xviiP dynastie, avait épousé une princesse, peutêtre même une reine éthiopienne. Cette reine a joui d’honneurs extraordinaires en Ég'ypte: elle a été divinisée, et on la retrouve sur des monuments d’époques postérieures, recevant successivement les homrnag’es de plusieurs Pharaons jusqu’au règ’ne de Rhamsès le Grand. On peut attribuer la cause de cette étrang’e union et les témoig’nag’es de reconnaissance qui se sont perpétués chez les Eg’yptiens envers cette reine célèbre au secours efficace qu’elle a dù apporter pour chasser les Pasteurs. Quoi qu’il en soit, l’Ethiopie fut alors incorporée à l’empire ég’yptien, et cet état de choses, selon le témoig’nag’e
(1) Manéthon, cité par Flavius Josèphe, Réponse à Appion, liv. I, chap. v.
(2) Ibid., liv. I, chap. ix.