LIVRE
CHAPITUE II
« Près du pylône de Dakkèli, j’ai reconnu un reste d’édifice dont quelques g-rands blocs de pierre conservent encore une portion de dédicace ; c’était un temple à' Hermès construit par le pharaon Thoutlimosis Méphrès. Voilà encore un fait qui^ comme beaucoup d’autres semblables, prouve que les Ptolémées et l’Éthiopien Erg’amènes luimême n’ont fait que reconstruire des temples là où il en existait dans les temps pharaoniques et aux mêmes divinités qu’on y avait toujours adorées. Ce point était fort important à établir, afin de démontrer que les derniers monuments élevés par les Eg'yptiens ne contenaient aucune nouvelle forme (le clivinHé. Le système relig'ieux de ce peuple était tellement un, tellement lié dans toutes ses parties, et arrêté depuis un temps immémorial d’une manière si absolue et si précise, que la domination des Grecs n’a produit aucune innovation. Les Ptolémées ont refait seulement, en Nubie comme en Eg’ypte, ce que les Perses avaient détruit, et rebâti des temples là où il en existait autrefois et dédiés aux mêmes dieux (1 ). »
Une inscription g’recque, g’ravée sur l’architrave de la façade principale du temple de Dakkèb, constate en effet que ce monument, ainsi que l’édifice antérieurement élevé par Tliouthmosis, était consacré à un Hermès ég’yptien. Cette inscription est ainsi conçue:
« Pour la conservation des rois Ptolémée et Cléopâtre, dieux Ever- « g'ètes, (ce temple a été dédié) au dieu très-g’rand Hermès, dit Path- « noupliis, et aux divinités adorées avec lui (2). »
Pathnouphis, qui fut comme on voit divinisé, est le plus ancien des quatre Hermès; c’est le premier inventeur de l’écriture biérog’lypliique et par conséquent du dessin. Il vivait plus de onze mille ans avant l’ère chrétienne. En relevant les temples renversés par la fureur de Camhyse, les Ptolémées les auront naturellement construits sur les mêmes fondements. 11 ne peut donc exister de différence notable entre le plan primitif et le plan actuel. Le style seul a été modifié, mais par les variations que le temps produit ordinairement, et non par l’introduction de détails étrang’ers à l’architecture ég’ypticnne.
(1) Champ., Lettres écrites d’Égypte et de Nubie, xi" lettre, p. laO, 151.
(2) Traduction de Letronne, publ. par Gau, Nubie J, p. 26 bis.
Le plus petit et le plus simple des temples à antes de la Nubie est celui de Dandour (1). « Il est entièrement relatif à l’incarnation d’Osiris sous forme humaine sur la terre (2), » c’est-à-dire qu’il est dédié à Osiris, roi d’Ég’ypte.
Le plus important des temples à antes est celui de Dakkèh, dont nous avons parlé d’abord. Il se compose, en outre du pronaos et du naos, d’une espèce de vestibule et d’un opisthodome, le tout enveloppé d’une double enceinte et 'précédé d’un pylône (3). Ce monument est situé au centre de la Nubie, où la vallée du Nil s’élarg-it beaucoup.
Nous donnerons plus loin le plan de ce temple.
Enfin, un tout petit édifice, élevé dans l’île de Philæ, et désig-né dans la Description de T Egypte sous le nom de « portique à Test du g*rand temple », offre aussi un exemple de temples à antes (4).
Tels sont les monuments ég’yptiens présentant la même disposition que les temples à antes des Grecs, comme on peut s’en convaincre en comparant les premiers avec les édifices du même g'enre encore existants en Grèce, entre autres le temple de Diane propylée à Eleusis, et surtout celui de Thémis à Rhamnus. Le plan du propylée de Sunium est aussi à peu près semblable.
Chez les Grecs, le pronaos des temples à antes est invariablement le même : ce n’est qu’une espèce ; mais en Eg^ypte c’est un genre commun à un g'rand nombre d’espèces ; ce g’enre s’applique à des édifices relig’ieux de toute g’randeur. Dans les petits temples seulement, nous disting’uons trois de ces espèces.
La première est celle dont nous venons de citer trois exemples, et qui est conforme à la définition donnée par Vitruve. Mais, lorsqu’on voulait donner plus de profondeur au pronaos, le système de construction des Eg-yptiens en matériaux durables, c’est-à-dire entièrement en pierres de g’rand appareil, exig-eait des points d’appui intermédiaires sous le plafond. On ajoutait alors un second rang* de deux colonnes.
(1) Gau, Mon. de laNuMe, pl. 23 k 26.
(2) Cliampollion , Lettres d’Égypte, p. loi.
(3) Gau, Id., pl. 33 à 38.
(4) A, vol. I, pi, 29, fig. 28, 29.