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LIVRE III. — CHAPITRE III

« L’inconvénient de la disposition diastyle, selon Vitruve, est que les architraves sont en danger de se rompre à cause de leurs grandes portées. » Et il ajoute : « En adoptant le g’enre aræostyle, on ne peut plus se servir des architraves de pierre ni de marbre, comme on a l’habitude de les employer dans les autres g-enres de construction, et l’on est eontraint de former les arehitraves avec des poutres couehées tout de leur long* (1). »

Eh bien, les architraves des temples précités sont en pierre, comme toujours, et leurs entre-colonnements, de proportion variable, mais tous au-dessus de celle du diastyle, ont jusqu’à quatre diamètres un cinquième au temple éthiopien, et cinq diamètres deux tiers à celui d’Élethya, c’est-à-dire près du double de l’ordonnance diastyle.

Cependant plusieurs de ces architraves « à grandes portées r, bravent impunément depuis plus de trente sièeles « le danger de se rompre », et ceux qui sont renversés ont été rompus, non par le temps, mais par la main des Barbares.

Et eeei n’a rien qui doive nous surprendre, car nous verrons tout à l’heure de longes blocs équarris traverser hardiment dans le vide un espace de trois entre-colonnements.

§ 2. — Monoptêres.

« Les Grecs, comme on sait, appelaient ailes, dans les temples, ces rang*ées de eolonnes dont leur naos (la cella des Latins) était entouré. Ainsi l’on appelait diptère celui qui avait deux ailes ou deux ranges de colonnes autour de ses murs; périptère était le nom général de ceux qui n’avaient qu’un rang de colonnes. Il semblerait que monoptère devrait être le mot propre pour désigner exclusivement cette dernière sorte de temple (2). »

Cependant, suivant Vitruve, ce n’est point dans ee sens qu’il faut prendre le mot monoptère. « On fait, dit-il, des temples de forme circu-

(1) Vitruve, liv. III, chap. ii.

(2) Quatremère de Quiucy, JDict. d’archit., au mot Monoptère.

laire : les uns sont avec une aile de colonnes seulement et sans murailles à l’intérieur, les autres ont une cella ; les premiers sont appelés monoptères, les seconds sont nommés (1). »

« Ainsi on donnait le nom de monoptère au temple, non parce qu’il n’avait qu’un rang* de colonnes autour du mur, mais parce que, n’ayant point de mur, la seule colonnade constituait le temple (2). »

11 est évident aussi que la foi’me circulaire est étrang'ère au mot monoptère, dont la définition s’applique tout aussi bien à la forme carrée. C’est de cette dernière forme que sont les monoptères ég'yptiens.

L’osag-e des monoptères est assez difficile à deviner, mais, d’après leur position, ils étaient certainement en Ég-ypte une dépendance des g’rands temples.

Ce g’enre d’édifices est de deux espèces ; tétrastyle ou dyostyle.

Le monoptère tétrastyle présente lui-même plusieurs variétés dans sa disposition : il est quelquefois carré parfait, avec quatre colonnes sur chaque face, mais plus ordinairement le carré s’allong-e et comporte cinq ou six colonnes sur chacune des faces latérales.

Il en existe deux de cette dernière forme dans l’île de Philæ. Le plus ancien est du règ*ne de Nectanèhe (de la xxx® dynastie), « qui dédia ce petit temple à Vénus-Hathor (3) ». Le second, d’après son mauvais style, doit être du temps des empereurs romains.

Un exemple de monoptère parfaitement carré existe encore au nordest de Qasr-Qeroun, dans le Fayoum (4), et un autre aussi à quatre colonnes sur chaque face, mais formant un carré un peu allong’é, occupe une position tout exceptionnelle. Il a été construit sur la terrasse du g'rand temple de Denderah et consacré à la déesse Hathôr(5).

Le monoptère carré a été imité dans un tombeau situé près de Mylasa et publié par M. de Choiseul (6); la construction du plafond en pierre est remarquable par son originalité et sa décoration. Le style

(1) Liv. IV, cliap. viii.

(2) Quatremère, iUd.

(3) Cliaaipollion , Lettres, p. 164, 163. Voir Descr. de l’Égyiite, A, yoI. I, pl. I, 3, 6 et 8.

(4) Ibid., A, vol. IV, pl. 70.

(5) Ibid., vol. IV, pl. 8, II.

(6) Voyage en Grèce et dans l’Asie-Mineure , jil. 83 à 80.

J.® Mètre':

Fig. 23. -

(iartasse,

Vue iierspective et plan

de ce monument est romain, mais il paraît que les Grecs ont fait aussi des monoptères rectangulaires.

« Les Sicyoniens, dit Pausanias, enterrent leurs morts à peu près comme les autres Grecs; mais, lorsque le corps a été par eux couvert de terre, ils l’entourent d’un petit mur avec des colonnes qui soutiennent un faîte pareil aux frontons des temples (1). » Pausanias, décrivant plus loin un tombeau semblable élevé sur la place publique d’Élis, dit positivement « qu’il n’avait point de murs (2) », (c’est-à-dire de murs intérieurs).

La façade de ces monuments devait être dyostyle, et peut-être en retrouve-t-on la représentation sur certains sarcophages étrusques et sur un tombeau de Délos publié dans Expéditmi de Morée. Cette disposition a été heureusement reproduite de nos jours au tombeau du duc de Plaisance (3).

Un monoptère élevé à Gartasse, en Nubie, ayant conservé une partie de son plafond, offre un intérêt particulier et mérite une mention à part. On pouvait douter en effet que cette sorte d’édifice, à cause de la grande portée des plafonds, eût véritablement une couverture en pierre (4). Le doute n’est plus permis.

Le bloc existant à Gartasse, comprenant la saillie des corniches à chaque extrémité, a 8", 20 de longueur; la portée est de 6“,20 (5).

Dans les autres édifices du même genre la portée varie de cinq à onze mètres, tandis que celle du plafond de la grande salle hypostyle de Karnac n’a que 6“,70 (6). Ainsi les énormes colonnes de cette salle ne supportaient pas le plus large plafond que l’on ait exécuté en Egypte; il en existait un de 9'“, 30 de portée à Denderah et un de onze mètres à Pbilæ (7), ce qui suppose des blocs d’au moins douze mètres de lon-

(1) Liv. II, cliap. VII.

(2) Ibid., liv. VI, cliap. xxiv.

(3) Élevé au cimetière du Père-Lachaise par Lucien Vau Cléemputte.

(4) Plusieurs membres de la Commission d’Égypte ont même émis plus qu’un doute sur cette importante question. (Ant., tome II, p. 43-46.)

(5) Voir Mon. de la Nubie, par Gau, pl. 7 et 8.

(6) Lepsius, part., t. II, pl. 80.

(7) Édifice de l’Ést, A, vol. I, pl. 20.

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