‹ Histoire et travaux de la Délégation en Perse du Ministère de l'instructionChapitre 5 sur 27 · cartouches environ · texte numérisé non relu

cartouches environ

Un fourgon capable de porter 5 tonnes ;

15 bâts de mulets (type de l'artillerie de montagne) ;

Graisse pour les wagons;

Le bois nécessaire pour la fabrication des caisses d'emballage. (Ce bois, qu'au début je recevais de Norwège, nous vient actuellement d'Odessa).

Je ne cite que les principaux chapitres de mes commandes, passant sous silence le matériel nécessaire pour établir notre maison, les provisions de bouche, etc.

L'Arabistan ne fournit aucune ressource, tout doit être apporté d'Europe ou des Indes ; c'est ainsi que pour la construction des fenêtres et des portes de notre habitation, j'ai dû faire usage de bois provenant de Java.

Tout ce matériel avait été choisi en vue de nos travaux d'hiver, mais il fallait aussi emporter d'Europe les fournitures de campement destinées aux voyages d'été, puis acheter en Perse les chevaux et les mulets nécessaires. En sorte que pour faire face à ses besoins, la Délégation s'est trouvée à la tête d'un matériel énorme. Aujourd'hui, après huit ans de patience, d'efforts et de dépenses, notre organisation est, à peu de choses près, complète.

Vivre sous la tente à Suse et conserver sans abri

notre matériel, et nos découvertes sans protection, eût été vouer le tout à une perte certaine et nous exposer nous-mêmes à de grands dangers; Texpérience que nous avons dû en faire pendant le premier hiver (1897-98) a été concluante à cet égard. Il me fallait donc construire une habitation fortifiée capable de renfermer tout ce que nous possédions et d'abriter nos personnes. Ce fort, je l'ai construit en quatre mois, bâtissant à la hâte, en terre crue pilée.

Mais les pluies torrentielles de l'hiver, et les tremblements de terre fréquents dans le pays, auraient eu vite fait de renverser mes constructions sommaires ; aussi dois-je reprendre toutes les murailles et les garnir à l'extérieur de briques cuites que les fouilles donnent en abondance. Ces travaux de réfection se font graduellement. J'en profite pour donner aux murs une assiette solide et pour faire des fondations profondes et durables, de sorte que la première habitation se trouve aujourd'hui comprise dans une autre plus solide et plus vaste. Ne devons-nous pas compter avec la durée des fouilles et leur long avenir?

Somme toute, les huit années qui viennent de s'écouler ont été employées en dehors des fouilles à réunir du matériel et à construire les bâtiments nécessaires; aujourd'hui nos. trois couleurs flottent sur un établissement qui, je suis fier de le dire, est bien digne de la France.

Travaux effectués de 1897 à 1905 parla Délégation.

La mission Dieulafoy a laissé dans ses publications un superbe plan des tells de Suse dressé par M. Babil). Ce plan, d'une parfaite exactitude, qui renferme tous les monticules, quel que soit leur âge, m'a souvent été fort utile. Je m'en suis servi entre autres, pour fixer sur le papier mes observations de 1891, et mes prévisions de travaux de la première campagne de la Délégation (1897-98). S'il n'avait existé, j'aurais été dans l'obligation de le dresser dès mon arrivée à Suse, car, si Texamen minutieux du terrain est indispensable, il n'est pas moins nécessaire d'avoir les plans sous les yeux pour décider de la direction à donner aux travaux, spécialement lorsqu'il s'agit de recherches, et les premières fouilles devaient présenter ce caractère plutôt que celui d'une exploitation. Ce n'est qu'en 1898-99 que l'exploitation méthodique, succédant aux recherches, prit la direction qu'elle conserve depuis ce temps.

Les travaux de la première campagne furent plus variés que ceux des années suivantes; ils répondaient à quatre objectifs différents : l'examen des couches profondes du tell de l'Acropole, l'élude en surface de la Ville Royale, la vérification des restes

de TApadana, et Texploralioa à ciel ouvert des couches supérieures de TAcropole.

L Travaux en galeries, — Les recherches souterraines étaient destinées à percer, à divers niveaux, le tell de TAcropole au moyen de galeries, qui, ouvertes dès mon arrivée à Suse en décembre 1897, furent espacées de 5 mètres en 5 mètres environ, suivant la verticale. Leurs ouvertures étaient placées en éventail afin de ménager l'espace nécessaire aux haldes, et leur direction convergeaient vers le même point afin que toutes ces galeries pussent être réunies par un puits d'aérage et poursuivies au delà s'il était nécessaire.

Voici le tableau de ces travaux :

Altitude

Altitude

Dates d'ouverture

Galerie

Longueur

au*des8us de la plaine

au-dessous du somoiel

du tell

ni

i8 déc. 1897.

9 janv. 1898.

23 déc. 1897.

12 janv. 1898.

4o,oo

i3 janv. 1898.

La section des galeries était de 0",80 X 1",80. La longueur totale des travaux souterrains fut de 224",40; leur cube, y compris quelques élargissements et le puis d'aérage, de 400 mètres cubes environ.

Prévoyant qu'en Arabistan je ne trouverais pas d'ouvriers aptes à des travaux souterrains, j'avais amené avec moi de Bouroudjird (dans le plateau persan) un maître puisatier qui, en peu de temps, forma des équipes d'ouvriers mineurs.

Les résultats de ces travaux furent ceux que j'attendais. Ils m'apportèrent la certitude que le tell

est entièrement compose de débris des anciennes civilisations, qu'aucune butte naturelle n'existait en ce lieu avant les premiers établissements de rhomme, que les lits de débris sont rationnellement superposés, c'est-à-dire que les couches sont d'autant plus anciennes qu'on pénètre plus profondément dans le sol, et qu'enfin le quart environ de la hauteur du tumulus s'est déposé avant l'époque historique, c'est-à-dire celle où l'écriture fit son apparition dans le pays.

IL Recherches dans la Ville Royale, — Ouverte le 22 décembre 1897, une première tranchée mesure 194 mètres de longueur sur 4 mètres de largeur et en moyenne 5 mètres de profondeur (cube : 3.880 mètres); son but était d'explorer la partie méridionale du tell qu'elle recoupe sur la moitié environ de sa largeur totale à 50 mètres des bords.

Unesecondetranchée, pratiquée au centre même du tell, fut commencée le 28 [décembre 1897. Elle mesure 30 mètres de longueur seulement sur 4",60 de largeur mais descend à 11 mètres de profondeur (cube : 1.518 mètres). Son but était de percer les couches le plus profondément possible, sans faire usage du matériel roulant occupé ailleurs.

Les résultats acquis à la Ville Royale furent de peu de valeur en ce qui concerne les découvertes ; à peine ces tranchées donnèrent-elles quelques vases et quelques objets d'époque grecque (séleucide et parthe) et sassanide; mais j'acquis la certitude que la région des tells dite Ville Royale est, en majeure partie, composée de ruines et de débris achéménides, mes travaux les plus profonds (11 mètres) n'ayant pu atteindre les couches élamites.

Avant Tépoque de Darius, c'est dans cette partie du pays que s*élevaient les habitations du peuple; les fragments qu'on rencontre dans les ravins en sont la preuve et la grande de'jpression qui s'ouvre au pied de l'Acropole, connue sur les plans sous le nom àe place d'Armes^ est encore désignée par les indigènes sous celui de Bazar. C'est l'emplacement de la ville élamite des artisans que choisirent les Achéménides pour établir la demeure royale.

L'Acropole n'offrait pas une surface suffisante pour d'aussi vastes constructions et sa grande hauteur la rendait propre à la défense; ce site fut transformé en une citadelle que protégeait une ceinture de murailles très irrégulière de tracé.

Nous rencontrons donc dans la Ville Royale, une énorme quantité de débris d'époque achéménide qu'il faudrait enlever avant d'atteindre les restes élamites.

III. Travaux à VApadana, — Ces recherches n'étaient, à mon sens, que d'un intérêt très secondaire. Elle s'appliquaient à un monument dont il ne reste plus que d'informes vestiges et à une époque dont l'histoire est très connue et dont l'architecture apparaît à Persépolis dans toute sa splendeur.

L'aspect seul du sol, montrait qu'il n'y avait pas grand parti à tirer de ces ruines. Les murailles, les dallages, les encadrements de portes avaient disparu; il ne restait plus que des fragments de bases de colonnes, apparents dans les sondages exécutés jadis pour les retrouver. Çà et là gisaient quelques tronçons mutilés, des colonnes mêmes, et des morceaux de chapiteaux.

G. Jéquier fut chargé de ce travail ; il recoupa au moyen d'un grand nombre de tranchées l'aire du

monument et ses alentours, laboura méthodiquement le sol, recherchant les murailles qu'il ne trouva pas, les pylônes qui n'ontjamais existé, les escaliers dont il ne put saisir la moindre trace Toutefois les constatations ne manquent pas d'intérêt, car elles fixent beaucoup de points douteux. La plus importante est celle de l'absence complète de toute ornementation polychrome à TApadana. Quelques très rares briques émaillées furent, il est vrai, rencontrées éparses, mais on en trouve dans toutes les parties des ruines, même à TAcropole. Aucune accumulation de matériaux de ce genre, tombés de l'édifice lors de sa ruine ne vint affirmer l'existence de frises ou de soubassements faits de bas-reliefs polychromes. Cette constatation n'a rien, d'ailleurs, qui doive surprendre, car c'est à cent mètres environ au sud-est de l'Apadana qu'ont été trouvés les élétnents des beaux panneaux figurant aujourd'hui dans le musée du Louvre.

Il fut fait dans TApadana et aux environs plus de 5.000 mètres cubes de terrassements; le monument n'en comportait pas plus, en sorte qu'après cette première campagne les travaux furent abandonnés.

IV. Ouverture des chantiers d'exploitation à ï Acropole. — Le 29 janvier 1898, les travaux sou terrains m'ayant déjà renseigné sur la nature des couches de Tacropole, j'ouvrais une première tranchée longue de 90 mètres, large et profonde de 5 mètres, que je menais normalement au grand axe des ruines. Cette tranchée devint l'amorce de tous nos travaux d'exploitation dans la citadelle; prolongée elle atteignit plus tard 180 mètres de

longueur, traversant le tell de part en part. Elle donna des résultats si appréciables que je n'eus plus la moindre hésitation eti|ue l'exploitation régulière commença. C'est, en effet, de ces premières fouilles que sortirent la stèle deNaram-sin, l'obélisque de Manichtou-Sou, la table de bronze et les premiers textes sur briques donnant la chronologie des rois d'Elam.

De suite j'organisai les travaux en vue de l'ex ploitation complète du tell de l'Acropole, seule méthode à suivre pour recueillir les documents épars dans cette énorme butte de débris. Nous ne nous trouvions pas, en effet, en face de monuments bien conservés et exigeant un déblaiment; les ruines étaient informes et la superposition des restes de murailles montrait les traces d'une succession de destructions totales de la ville. C'est dans ce chaos que, çà et là, se rencontrent les objets sans qu'il soit possible de suivre aucune méthode dans leur recherche. L'exploitation générale s'imposait donc, sans tenir compte des niveaux naturels qui sont insaisissables et dont il serait même enfantin de rechercher les limites.

Je divisai, sur plan, le tell de l'Acropole en deux parties, joignant par un trait les deux extrémités les plus éloignées. Cette ligne devint l'axe des travaux, elle est sensiblement dirigée du N.-N.-O. ou S.S.-E. et laisse à sa droite et à sa gauche deux surfaces à peu près égales.

Perpendiculairement à cet axe j'ai tracé une série de lignes équidistantes de 5 mètres en 5 mètres. L'intervalle de deux de ces lignes correspond à une tranchée unité^ les diverses unités devant déverser leurs déblais à l'est ou à l'ouest du tell suivant

qu'elles sont placées à droite ou à gauche de Taxe.

Suivant la verticale, j'ai divisé les 35 mètres de hauteur maxima du tell en sept niveaux artificiels, de telle sorte que les unités supérieures sont variables d'épaisseur tandis que toutes celles des autres niveaux se présentent sous forme de prismes de 25 mètres carrés de section, mais de longueur inégale, suivant la position qu'occupe l'unité par rapport à Taxe.

Cet axe n'est lui-même que la projection horizontale de l'intersection d'un plan vertical avec la surface du tell.

Une première unité U* ayant été ouverte, on fut à même d'y placer deux voies pour le transport des déblais et d'ouvrir, en jetant les terres de haut en bas, les deux autres unités voisines U*, amenant ainsi à 15 mètres l'ouverture totale.

Grâce à cette ouverture, on put porter à 10 mètres de profondeur l'unité initiale U* qui, atteignant le second niveau devint UJ' pendant que grâce aux U' onouvrait deux U' et ainsi de suite, le travailse faisant par gradins de 5 mètres de large. C'est ainsi que nous sommes parvenus, depuis, à 25 mètres de profondeur UJ avec une ouverture minima de 45 mètres c'est-à-dire de neuf unités *.

Disposant fréquemment d'un trop grand nombre d'ouvriers pour qu'il me soit possible de les placer tous dans des chantiers munis de wagons 2, j'ai

1. En réalité Touverture dépasse aujourd'hui une largeur de 150 mètres, car j'ai forcé les travaux d'élargissement, réservant pour plus tard ceux en profondeur.

2. J'ai employé un hiver jusqu'à 1.200 hommes, mais ai dû y renoncer à cause des difficultés qu'on rencontre pour la surveillance, étant donné le personnel dont je puis disposer.

fait attaquer, avec transports des déblais au panier, les bords du tell, amenant ces tranchées jusqu'au premier niveau, ne le dépassant pas afin de ménager les transports des déblais des tranchées régulières. Toutefois, sur certains points, près du château entre autres, là où il ne devait pas y avoir d'autre exploitations dans l'avenir, j'ai poussé des travaux de ce genre jusqu'à 25 mètres profondeur*. Le cube des fouilles exécutées au cours de la première campagne (1897-98) fut environ de

Galerie de mines 4^0 me.

Tranchées (ville royale) .... 5.4oo

— (Apadana) 5.ooo

— (Acropole)

Avec wagons 4'^<)o

Au panier 2.600

Total. . . 17.900

soit environ 18.000 mètres cubes. Ce chiffre est de beaucoup inférieur à celui atteint au cours des autres campagnes; cela tient à ce que je ne disposai alors que de 15 wagons et que la plupart de nos premiers travaux furent destinés aux recherches. Depuis le début des fouilles jusqu'au 1*' janvier 1904 nous avions exploité un cube total de 222.250 mètres cubes, ce qui donne une moyenne annuelle de 35.000 mètres cubes (au déblai). Au-

1. Ces fouilles sur tout le pourtour du tell de l'Acropole m*ont permis d'examiner dans les moindre détails les restes des fortifications aehéménides. Elles se composaient d'une simple muraille irrégulièrement tracée, construite en briques crues et garnissant là crête du monticule. Rien ne peut faire juger de la hauteur que possédaient ces murs dout les fondations sont situés à la cote de 28 mètres environ au-dessus du niveau de la plaine. Au dessous il n'existe pas trace de constructions.

jourd'hui (15 avril 1905) le vide produit est d'environ 280.000 mètres cubes, sans compter une foule de recherches partielles et de travaux de détail que je ne fais pas entrer en ligne.

La main d'œuvre, abondante dans cette partie de la Perse, se présente dans des conditions assez satisfaisantes. Voici la composition et le prix de revient d'un chantier muni de wagonnets.

Krans

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