piocheurs 2o
4o pelleurs 4^
10 rouleurs lo
2 déchargeurs 2 *
2 chefs d'équipes 2
1 surveillant indigène , 2
I porteur d'eau i
76 hommes en tout.
Surveillance européenne (p. mémoire).
Usure du matériel —
Graissage des wagons i
Cadeaux pour les trouvailles (p. mém.).
Soit 39 fr. de notre monnaie environ, correspondant à une exploitation moyenne de 40 m. c.
Pour les travaux dans lesquels le transport des déblais se fait au panier (couffe, zembil),le compte diffère; il est d'ailleurs variable suivant la dureté du sol attaqué et la distance de transport des déblais.
Considérons un atelier de 50 hommes attaquant un sol moyen et transportant ses déblais à 10 ou 12 mètres.
1. Depuis 1902 j'ai abaissé Je salaire des chefs d'équipe de 2 kr. à 1 kr.
Krans
10 piocheurs lo
20 pelleurs .20
20 porteurs ..." 20
I chef d'équipe . i
1/2 surveillant indigène 1
I porteur. d'eau r
Usure des paniers ......... 3
Surveillance européenne (p. mémoire).
Total. , , 56
Soit environ 28 fr. de notre monnaie représentant une extraction moyenne de 16 m. c. Le mètre cube revient donc à 1 fr. 75 et son prix s'accroît dans de très fortes proportions si la distance des transports augmente.
La surveillance, accrue des faux frais, revient à environ 10 0/0 du prix du travail effectif, en sorte qu'une paie de 800 ouvriers, dont 400 aux wagons et 400 aux paniers, coûte environ 880 krans, soit 440 fr. de notre monnaie pour un produit moyen de 300 m. c. au plus. Je ne fais pas entrer en ligne de compte les frais généraux qui ne peuvent être calculés que sur le total des dépenses annuelles.
A Suse, tous les ouvriers sans distinction d'âge ni de force* sont rétribués au même prix, soit un kran par jour; il n*en est pas de même en Chaldée et en Egypte où les enfants reçoivent 2 piastres (0 fr. 50) et les hommes faits 3 et même 4 piastres (de fr. 75 à 1 fr.). Malgré cela j'ai remarqué que, par rapport au mètre cube, le prix d'Arabistan est inférieur à celui des autres pays ; quant aux frais généraux il n'atteignent pas chez nous les 2/3 du travail effectif, alors que, dans d'autres opérations de ce genre, je les ai vu monter jusqu'aux 5/6.
1. Les vieillards et les enfants ne sont admis dans nos chantiers que lorsqu'ils sont en état de fournir un bon travail.
Je réduirai cette proportion en augmentant mon matériel roulant jusqu'à ce qu'il soit suffisant pour supprimer complètement le travail au panier; nous obtiendrons alors un rendement journalier (pour 800 hommes) de 400 m. c. et un rendement annuel de 43.000 m. c.
Telles sont les conditions du travail en Arabistan ; mais il s'en faut de beaucoup qu'elles soient aussi avantageuses dans toute la Perse. Dans le nord, entre autres, au Ghilan et au Tâlyche, j*ai dû payer mes ouvriers jusqu'à 2 krs. 50 (1 fr. 25) et 3 krs. (1 fr. 50) par jour, et encore n'avais-je que des' travailleurs de très médiocre qualité. L'Arabistan, situé en dehors de tous les pays qui jusqu'ici ont progressé en Perse, se trouve de cinquante ans au moins en arrière sur les autres provinces; mais pour peu qu'il s'établisse dans le pays quelque industrie, nous verrons très rapidement la main d'œuvre y monter de prix et atteindre les salaires du Nord.
De tous les habitants du Sud, les Iraniens seuls peuvent être employés comme ouvriers ;onlesrencontre en abondance à Dizfoul, où ce sont de vrais Persans, et dans les tribus loures qui, l'hiver, quittent leurs montagnes pour amener leurs troupeaux dans la région chaude et humide. Des Arabes, si nombreux en Susiane, on ne peut tirer aucun parti : paresseux et irréguliers ils font de suite monter le prix du mètre cube lorsque, par complaisance pour les cheiks mes voisins, j'ai la mauvaise inspiration d'en introduire dans mes chantiers. En Ghaldée, oùTon ne peut employer que des Sémites, le rendement est déplorable.
Le recrutement des ouvriers ne se fait pas en
Perse comme dans nos pays européens et, si Ton cherchait à introduire chez nous les usages de rOrient, on verrait éclater dans l'heure même, à très juste titre, la plus formidable des grèves. Voici comment les choses se font à Suse.
Dès que je fais annoncer dans le pays que les travaux vont reprendre, les chefs des tribus voisines viennent me demander de donner du travail à leurs hommes; j'indique alors à chacun de ces chefs le nombre d'équipes (dastèh) auquel ila droit, me basant sur Timportance relative des tribus et cherchant à faire gagner à toutes proportionnellement au nombre des habitants.
Les chefs choisissent alors chezTeux autant de chefs d'équipe (Ser-kar) qu'ils ont droit d'envoyer de dastèhs ; ces Ser-kars me sont proposés, je les refuse ou les accepte suivant les qualités qu'ils présentent.
Le Ser^kar recrute alors son monde dans sa tribu (40 ou50hommes) et les travaux commencent, mais chacun des Ser-kars a dû payera son chef le choix qu'il a fait de lui.
Les ouvriers doivent remettre 10 0/0 de leur paie au chef de leur tribu et 10 0/0 à leur Ser-kar sous peine d'être chassés par lui. Survient alors le Mollah qui prélève sa propre redevance sur le Ser-kar et sur ses hommes, puis mon propre surveillant indigène qui souvent exerce sur les Serkars un chantage éhonté ; en sorte que le malheureux ouvrier est fréquemment dépouillé de 40, voire môme de 50 0/0 de son salaire.
Je fais, comme de juste, les plus grands efforts pour enrayer ces abus dont Tinfluence est si grande sur la qualité du travail; mais, dans cette
lutte continuelle, je suis loin d'avoir toujours le dessus. Si je choisis moi-même les Ser-kars, ces hommes ont à s'entendre avec les chefs de tribu qui leur refusent les ouvriers s'ils n'en passent pas par leurs conditions, en sorte que cela revient au même ; quant âmes surveillants indigènes j'au rais à en changer chaque semaine, si je ne fermais pas souvent les yeux sur leurs malversations lors- ' qu'elles ne dépassent pas les limites que je me suis assignées.
La rapacité des Orientaux n'a pas de limites; quelle que soit l'importance d'un cadeau, il est toujours inférieur à ce qu'on attendait de vous, et le bénéficiaire s'en va toujours mécontent et souvent insolent. Je n'en citerai que deux exemples.
En 1898, alors que je voyageais au pays des Baktyaris, j'étais accompagné par un domestique du Vahli de ces montagnes. En cours de voyage je fournis à cet homme tout ce qui lui était aécessaire et souvent de l'argent (400 krans environ). Le voyage dura un mois et demi; arrivé à Ispahan je fis remettre à ce domestique, avant qu'il nous quittât, une somme de 500 krans. 11 la refusa, espérant avoir plus et déclarant que ce cadeau n'était pas digne d'un homme de son importance : ce n'était qu'un sim'ple domestique.
Voyageant enChaldée turque, en 1899, j'avais été prié par notre consul à Bagdad de faire largement les choses, afin d'effacer le mauvais effet produit, disait-il, par l'avarice d'un voyageur français qui m'avait précédé dans le pays. En un mois environ je donnai plus de 1,500 francs de pourboires, croyant avoir fait mieux que de remplir mon devoir. Grave erreur, ce n'était pas assez, et c'est
tout au plus si notre consul lui-même ne s*est pas fait l'écho des plaintes de ces rapaces. Qu'il fasse mieux s'il le peut.
On comprendra aisément qu'en face d'une population dépourvue de toute loyauté, je dirai plus, de tout sens moral, il soit impossible de couper court aux abus ; le mieux qu'on puisse faire est de les restreindre.
Je suis quelque peu sorti de mon sujet parce * qu'il était nécessaire de montrer combien il est difficile en Orient de ne pas être exploité d'indigne manière ; la qualité du travail en souffre forcément. Cependant nous obtenons des résultats^ satisfaisants dans notre main d'œuvre.
La Délégation ne s'en est pas tenue aux travaux dont il vient d'être question et qui tous se rapportent à Suse.Elle a porté sa pioche jusque dans les provinces septentrionales du royaume, explorant en 1901, les bords delà mer Caspienne, interrogeant les nécropoles et les dolmens qui abondent dans la chaîne de l'Elbrouz. 11 fallut quarante jours de caravane pour atteindre de Suse le champ de nos investigations d'été. Pendant quatre mois la mission courut la montagne du Tâlyche et du Ghilan. Elle y fit de belles découvertes.
En 1902, J.-E. Gautier désireux d'avoir ses fouilles personnelles, entreprit, à ses frais, l'exploration de la plaine de Moucian, district couvert de tells antiques, situé au pied du Poucht-è-Kouh à trois jours au nord-ouest de Suse. Il fit dans cette région de fort intéressants travaux, assisté de G. Lampre que, pour l'occasion, j'avais détaché auprès de lui.
Enfin l'été de 1904 a été consacré à des fouille^
géologiques près de Maragha en Azerbaïdjan. Là se trouvent des gisements de vertébrés fossiles du plus haut intérêt, appartenant à l'époque pliocènei Maragha est, pour les paléontologistes, le Pikermi de la Perse ; R. de Mecquenem fut chargé de ce travail dont il s'estt iré à son grand honneur *. Ainsi la Délégation, suivant les ressources dont elle disposait, a porté ses efforts sur bien des points et bien des sujets différents, affirmant par là son droit d'opérer des fouilles dans toute l'étendue de la Perse, et reconnaissant son devoir de ne laisser passer aucun sujet scientifique sansTaborder.
1. 145 caisses de fossiles provenant de celle expcdilion viennent de parvenir au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, elles renferment des collections d'une très grande valeur scientifique.
L'avenir de la Délégation.
La Perse offre aux travaux scientifiques un champ presqu4népuisable,niais la Délégation, par suite des ressources dont elle dispose, n'est pas à même de Tembrasser d'un seul coup d'œil. Elle ne peut que poursuivre l'exploitation méthodique des tells de Susô et faire, dans le reste de l'Iran, des recherches sommaires. Ce but est celui pour lequel elle a été dotée à son début; la Commission, en fixant ses crédits, justement proportionnés à la tâche qui lui était alors assignée, s'est nettement exprimée sur le caractère provisoire de l'entreprise comme des crédits, prévoyant qu'après les premiers essais il y aurait lieu d'accroître, en môme temps que le champ et l'importance des travaux, la force des moyens mis en œuvre. Ce provisoire dure encore, il a permis d'atteindre de grands résultats ; mais le sol est assez riche dans cette partie de l'ancien monde pour qu'on y puisse utilement employer un personnel et des ressources dix fois supérieurs à ceux dont nous disposons.
A Suse seulement, nous nous trouvons en face de quatre champs de fouilles bien distincts, dont un seul jusqu'ici a été abordé, l'Acropole; la Ville Royale, la Ville des Artisans et la région des petits tells sont encore à fouiller.
L'Acropole présentait, avant le début de nos fouilles, une hauteur maxima de 35 mètres au dessus, du niveau de la plaine environnante. Sa longueur est de 300 mètres environ, non comprise la partie occupée aujourd'hui par le château ; sa largeur maxima de 180 mètres. Ce tell entièrement composé de débris antiques présentait donc un cube de 1.500.000 mètres sur lequel, de 1897 à 1905, nous avons exploité 280.000 mètres cubes. Il reste donc aujourd'hui 1.220.000 mètres cubes de terrain entièrement vierge qui, pris à raison de 35.000 mètres cubes par an, nous assure une exploitation de 35 années.
Toutefois, je dois faire observer que les couches profondes entièrement composées de débris préhistoriques ne mériteront probablement pas une exploitation régulière; nous pouvons donc sans crainte d'erreur réduire de dix ans la durée des fouilles utiles dans TAcropole.
La partie à laquelle je consacre 25 ans d'efforts, est dans toute son épaisseur d'une richesse très homogène, et, comme je le disais plus haut, c'est cette homogénéité môme dans la richesse qui m'amena dès le début des travaux à l'adoption d'une méthode d'exploitation régulière. Nous travaillons depuis huit années dans ce tell : toutes les campagnes ont été aussi productives. Les résultats obtenus ne dépassent certainement pas le quart de ceux que nous sommes en droit d'attendre.
Avec les ressources dont J3 dispose, le maximum d'ouvriers que je puisse employer utilement est de 800 par jour. Au-dessus de ce nombre la surveillance exige un personnel plus nombreux que celui que j'emploie. Si nous voulions porter à 1.600
le nombre des hommes, cette augmentation aurait une répercussion sur les dépenses relatives à Ja surveillance, au matériel et aux transports, les autres frais généraux restant à peu de chose près les mêmes.
L'acquisition du matériel répondant à des chantiers aussi développés coûterait 50.000 fr.
Celle du matériel de transports, 5.000. Quant au supplément de dépenses annuelles, il serait de :
Travaux 120.000 fp.
Surveillance 5.5oo
Transports tio.ooo
Imprévu 4-5oo
Total. . . i5o.ooo
qui joints aux crédits actuels feraient une somme totale annuelle de 280.000 fr.
On a vu que l'exploitation complète des parties riches du tell de l'Acropole exigera, avec les moyens employés jusqu'ici, 25 années environ de travail , c'est-à-dire une dépense totale de * 3.250.000 fr. En quadruplant notre effort, cette fouille énorme serait terminée en 7 ans, ce qui porterait la dépense à " 1.960.000 fr. Il en résulterait pour le Trésor une économie de 1.290.000 fr. et pour le. monde savant de grands avantages.
Nos travaux se font à la pioche et les ouvriers en brisant les mottes de terre recueillent les petits objets. Mais il est certain qu'un grand nombre échappe aux regards J'ai souvent songé à compléter ces travaux par le lavage des terres extraites du tell. Cette méthode aurait le double avantage de faire disparaître tous les déblais qui nous en-
combrent et en outre de permettre la récolte des moindres objets et des particules de métaux précieux. Mais un traitement mécanique de nos déblais exigerait des installations dont je n'ai pas encore osé risquer la dépense.
Le Chaour, barré en amont de Suse à 3 km. environ aurait à être détourné dans un canal passant entre le tell de TAcropole et celui de la ville royale. L'écoulement des eaux permettrait d'établir des sluices à pied d'oeuvre; les boues entraînées iraient se perdre dans un marais situé au sud de Suse et les eaux reprendraient leur cours dans le lit du Chaour.
Les travaux d'aménagement, de canalisation, de barrages, etc., reviendraient à 120.000 fr. environ. Quant à la dépense courante elle serait d'environ 100 francs par jour.
Les résultats seraient certainement très appréciables au point de vue archéologique, mais comme par traité nous devons remettre au Gouvernement persan la valeur en poids de tous les métaux précieux rencontrés dans les fouilles, nous n'aurions à enregistrer aucune recette en argent venant alléger nos charges. Cette considération rend le succès de l'entreprise quelque peu problématique.
La Ville Royale des Achémenides est d'une immense étendue, elle ne couvre pas moins de 80 hectares.
Cet énorme tumulus cube environ 15 à 20 millions de mètres. Il se compose de deux couches superposées fort irrégulières comme étendue et comme épaisseur ; la couche supérieure renfermant des restes que nous dirons de basse époque (aché-
ménide, séleucîde, parthe, sassanide et arabe), et la couche inférieure composée des ruines de la ville élamite au-dessous de laquelle se trouve probablement le préhistorique.
Il est impossible de dire, pour le moment, quelle était retendue de la Suse élamite, extérieure à r Acropole ; nous trouvons des débris de cette époque dans tous les ravins du tell au S.-O., depuis la Citadelle jusqu'au Donjon, sur une longueur de 7 à 800 mètres; le reste est aujourd'hui recouvert d'épaisses couches postérieureis les cachant à notre vue.
Au nord, TApadana était assis sur un épais radier de galets; au sud-ouest, un radier semblable couvre une grande surface, puis c'est une succession d'épaisses murailles en briques crues appartenant à des édifices que mes tranchées ont mis à jour. Plus loin vers le sud, au lieu dit le Donjon, nouveau radier de galets et vestiges d'un grand monument. Au centre, les couches achéménides, dépassant onze mètres d'épaisseur, sont percées d'une foule de puits funéraires creusés sous les Séleucides et peut-être aussi les Parthes.
Au pourtour de cette colline on voit encore les restes de la muraille" d'enceinte des palais royaux et de leurs dépendances, murailles capables de subir un siège, mais qui, par ce que j'en ai vu, nesemblent par avoir été conçues sur un plan militaire particulier.
L'exploitation régulière du tell de la Ville Royale fournirait à coup sûr de très curieux résultats en ce qui concerne les basses époques, mais nous ne pouvons préjuger de ce que donneraient les couches les plus anciennes. Cette exploitation est, d'ail-
leurs, rendue impossible par la masse même du cube qu'il faudrait enlever. Elle exigerait quatre siècles environ avec les moyens dont nous disposons.
La seule méthode à employer pour l'exploration de cette partie des ruines sera, après la fin des travaux àTAcropole, d'employer le matériel à l'ouverture de longues tranchées poussées jusqu'au niveau de la plaine, et de n'exploiter régulièrement que les parties présentant un intérêt spécial.
La Ville des Artisans, ou du moins la partie des ruines s'étendant à l'orient de la Ville Royale, couvre une superficie d'une centaine d'hectares, mais les tumuli.ne dépassent guère 15 à 18 m. de hauteur. A la surface, on ne rencontre que des débris de très basse époque (parthe, sassanide, arabe). On voit encore sur bien des points affleurer des murailles en briques cuites. Je ne puis savoir ce que renferment ces tells; il faudrait, avant de se prononcer, y pratiquer un grand nombre de sondages. Sous forme de tranchées de 10 m. de longueur, 5 m de largeur et d'une aussi grande profondeur possible.
La région des petits tells s'étend sur la rive gauche de la rivière Ghaour, depuis Suse jusqu'aux ruines dites Tépèh Sindjar, et occupe une longueur de 15 kilomètres environ. La principale de ces buttes est Tépèh Soleiman qui, probablement, n'est autre qu'une Ziggourtat] puis vient au nord Tépèh Sindjar lui-même, que je crois renfermer les ruines de la ville de Haltemachj cité détruite par Assour bani-pal.
Toute cette région est encore mystérieuse pour nous, car jusqu'ici la Délégation n'a pas été à môme d'y pratiquer des fouilles. Trouverons-nous
là les nécropoles de la grande ville, les hauts lieux des rois d*Elam profanés par les soldats ninivites, ou de simples ruines de villas ou de villages? 11 faudrait pour s*en assurer, y effectuer des centaines de sondages en coupant les buttes par des tranchées de peu de largeur.
Telles sont les ressources archéologiques que présente Suse elle-même; mais, dans ses environs immédiats, dans la plaine d'Anzan où le roi d'Assyrie se vante d'avoir détruit quarante villes, s'élèvent des centaines de tells. Les rives du Kâroun et de TAb-è-Diz en sont couvertes et, dans la plaine même, on rencontre partout les traces de canaux antiques conduisant à des ruines importantes.
Jusqu'ici nous n'avons pu faire la carte complète de ces ruines, relevé qui cependant serait du plus haut intérêt; mais le pays est si peu sûr qu'il ne serait pas prudent de s'y aventurer autrement que pour le traverser rapidement, et encore ne le peut-on pas toujours.
En dehors de la plaine, susienne, sur les confins de la Chaldée et de TElam, se trouvent en bon nombre des districts importants par les ruines qu'ils renferment.
Je citerai spécialement la plaine de Zohab où, au lieu dit Ser-i-Pouly s'élevait jadis la ville de Khal' /w^Ai; la vallée àwSeïii Mèrré [Haute Kerkah)({\x\2L\i\ la splendeur de Madaktou^ seconde capitale du royaume d'Elam; la plaine de Mouciàn, au pied du Poucht-é-Kouh dernièrement exploré par J.-E.
Gautier et G. Lampre, les dernières pentes du Poucht-è-Kouh du côté de la Chaldée; le district de Mâl'Emir, au pays des Bakiyaris, lieu célèbre par ses stèles rupestres ; les environs de Ram^
hormuz puis Dilman, l'antique Dilmoun, que la fantaisie incompréhensible d*un auteur autrefois cependant fort apprécié, a voulu placer dans Tîle de Bahrein ! etc., etc.
Cette rapide énumération des principaux sites chaldeo-élamites dont dispose la Délégation montre combien est vaste le domaine qui s'offre à nous. Entre la faculté de l'exploiter et la possibilité de le faire il y a malheureusement un grand écart, car la plupart des ruines que je viens de citer s'élèvent dans des pays où il ne serait guère prudent de s'établir en ce moment; beaucoup de ces sites n'ont été visités par nous qu'une seule fois, par suite de l'impossibilité d'y retourner.
Si nous gravissons les pentes de l'Iran pour atteindre le plateau, nous rencontrons en route, dans le Louristan, une foule de ruines situées dans des vallées que Ton peut à peine traverser aujourd'hui; puis s'offrent à nous les grands centres de la Perside et de la Médie : Persépolis avec ses ruines majestueuses dont bien des textes sont encore lourvnés la face contre terre ; Pasargade et la nuée des tells qui s'élèvent dans les vallées du gouvernement de Ghirâz. Ces ruines fourniraient à coup sûr, en dehors de nombreux documents sur l'époque achéménide,bien des renseignements sur cette dynastie princière qui régnait en Perside dès le temps des Séleucides et battait monnaie.
Ecbatane, l'antique capitale des Mèdes, visitée par Hérodote, s'élevait sur l'emplacement de VHama' dan moderne et^ malheureusement, ses ruines sont aujourd'hui recouvertes par les maisons. Mais, dans les environs mêmes de la ville, les tells ne manquent pas; peut-être y trouverait-on quelque notion sur
ce premier flot de la conquête iranienne, sur l'histoire des MèdeSy dont j'ai moi-même autrefois fait desTouraniens, sur la foi d'un auteurquejen'aurais jamais cru à cette époque capable d'une aussi grossière erreur.
UEcbatàne du nord, Takhtè Soleiman, n'di jamais existé que dans l'imagination du colonel Rawlinson. Ce n'est qu'un bouton de tuf, produit par une source thermale, portant des ruines arabes et une enceinte qui, par sa construction et les voûtes de ses portes, appartient, au plus tôt, à la fin de l'époque parthe ou mieux au début de celle des Sassanides. Je n'en parlerai donc que pour détruire la légende établie sur cette localité.
Mais Kenghaver et son magnifique monument de style grec, Assadabad où fut trouvé le grnnd eukratidas d'or de la Bibliothèque nationale, Dinaver, BisoiUouriy Kirmanchahy et tant d'putres, sont des sites méritant dètre examinés.
Dans le nord, les tumuli et les nécropoles abon> dent, les dolmens se rencontrent par milliers sur les flancs de TElbrouz; les tépèhs (buttes artificielles) s'élèvent aussi bien sur le plateau dans les environs de Téhéran que dans les plaines basses du Mazandéran. Rages [Chah Abdul Azim) ellemême mérite attention.
La steppe turkomane, au sud de TAtrek, dans la partie appartenant à la Perse, renferme un grand nombre de villes ruinées dont quelques-unes sont extrêmement importantes. Je citerai seulement : Soghùr tépèhy Tokhmakh tépèh, Altin tépèh (la butte d'or), Gûmich tépèh (la butte d'argent), comme étant les plus remarquables par la masse des débris accumulés. Ces villes sont attribuées
aux Scythes, mais nous ne pouvons rien savoir de l'exactitude de cette supposition, car leurs ruines sont encore vierges de tous travaux. II ne serait d'ailleurs pas aisé de les explorer.
Toutes les ruines dont je viens de parler, je les ai visitées, j'en connais l'étendue et l'importance. 11 n'en est pas de même pour les pays de l'Orient, de la Perse ; nos investigations n'ont pu encore s'étendre jusque là.
Je ne doute pas que ces pays ne renferment bien des ruines et d'intéressants documents ; c'est là qu'il y aurait lieu de rechercher les traces des relations qu'entretenait la Perse, dès le tempsdesAchéménides, avec les Indes et les pays de l'Asie centrale; c'est là qu'on trouverait les sources de l'histoire de tous les petits royaumes dont les souverains frappèrent au moyen âge d-es monnaies à légende pehlevies, bactriennes et indiennes. Nous sommes fort ignorants sur cette époque et puisque Balk et V Afghanistan nous sont fermés, c'est au Khoraçan , au Seistan, que nous aurions des^chancesde nous instruire. Le Kirman, quoique fort méridional, ne serait pas sans fournir des documents nouveaux.
Parmi les explorations en Perse, il en est une à laquelle je songe depuis des années et qui présente un caractère tout spécial d'intérêt : je veux parler de l'examen archéologique des côtes du golfe Persique. On rencontrerait certainement dans les îles, dans les baies, et près des embouchures des cours d'eau, des traces d'établissements antiques, des indications sur la voie commerciale suivie par les navigateurs élamites et chaldéens dans leurs relations avec rOrient. Ces voyages ne se faisaient pas sans de nombreuses escales et les points d ar-
rêt ont dû en conserver le souvenir. Ne voyons- Dous pas à Bender Bouchir môme, sur le bord de la mer, des ruines élamites contemporaines du roi Chilhak in Chouchinak ?
Le champ est vaste en Perse pour l'archéologue mais il est plus vaste encore pour le géologue et le naturaliste. J'ai moi-même effleuré seulement quelques-unes des questions du domaine de ces sciences, et tout ce que j'ai rapporté de mes voyages a été reçu par les spécialistes avec grand intérêt. Que ne ferait pas^ dans un tel pays, un naturaliste de profession, consacrant tout son temps aux études de sa spécialité? Tout reste à faire en Perse et dans le golfe Persique dont la faune et la flore sont presque entièrement inconnues.
Histoire de rÉIam.
Quelque dix mille ans avant notre ère, au temps où rhomme ne possédait pas encore Tusage des métaux et la connaissance de Técriture, le Golfe Persique s'étendait au loin dans ce qu'on nomme aujourd'hui la Chaldée.
Quelques grands fleuves, descendant des montagnes du Nord et de l'Orient, venaient apporter au fond du golfe les limons du haut pays et voyaient peu à peu leur estuaire s'avancer au milieu des flots.
Le fond de la mer se releva sous l'action de ces incessants apports et bientôt apparurent, çà, et là des îlots boueux, mobiles d'abord, et que les roseaux et les joncs rendirent stables.
Ces îlots furent les premiers points émergés de Chaldée; peu à peu ils s'agrandirent, marécageux sur leur pourtour et couverts de prairies en leur milieu.
Les inondations, apportant les limons sur les parties du sol déjà sorties des eaux, en relevèrent le niveau tout en augmentant l'étendue des terres. Avec les siècles, ces terres se joignirent, laissant entre elles de vastes marais et le passage nécessaire aux cours d'eau.
Ainsi la Chaldée, à son origine, se composait-
elle d'une multitude de petits districts, séparés entre eux par des nappes d'eau stagnante, ou par des fleuves les isolant les uns des autres.
Cette situation géographique favorisa le développement d'une grande quantité de sociétés distinctes dans leurs intérêts; elle fut la cause de la naissance en Ghaldée d*un régime féodal qui durait encore au temps où les causes de sa formation eurent disparu et où les communications devinrent aisées entre les divers districts. Quels furent les premiers hommes qui vinrent occuper cette région? A quelle race appartenaient-ils? Nous ne possédons encore aucun document positif sur ces époques très anciennes; l'histoire reste muette.
La légende chaldéenne nous apprend bien, il est vrai, les noms de quelques héros fabuleux, mais nous laisse ignorer à quel groupe ethnique ils appartenaient.
Parmi les savants de nos jours, deux théories sont en présence. Celle qui veut faire de la Chaldée un pays sémite, et celle qui suppose une population primitive non sémite déjà civilisée, conquise et absorbée par les Sémites du sud-ouest et de l'ouest.
En ce qui concerne le bassin de TEuphrate et du Tigre, nous devons nous contenter de citer les deux hypothèses sans avoir le droit de pencher vers Tune ou versTautre; mais^ en ce qui regarde la Susiane, nous sommes mieux renseignés.
Les Susiens n'étaient pas des Sémites leur langue le prouve. De très bonne heure Tînfluence sémitique pénétra dans les pays de la Kerkha et du Kâroun, mais elle ne parvint jamais à dé-
truire les caractères ethniques de la race, comme de la langue.
Les premières inscriptions susiennes que nous possédons sont, il est vrai, en langue chaldéenne, 1 mais certains noms propres demeurent anzanites. Il semblerait qu'antérieurement au xl' siècle avant notre ère, la race et la langue d'Anzan eussent été sur le point de succomber sous l'influence étrangère.
Puis vint la renaissance des éléments locaux : la Chaldée fut conquise, à son tour, par les rois d'Elam, et la langue anzanite reprit sa place dans les textesofficiels. Elle laconservajusqu'au temps des Achéménides.
A côté des caractères linguistiques du peuple élamite, nous possédons d'un élément non sémite des traces perpétuées jusqu'à nos jours. En effet, il existe encore en Arabistan bon nombre d'individus présentant tous les caractères de la race
négrito.
■^^st-ce à dire que ces négritos sont les derniers descendants des hommes qui parlaient Tanzanite? Nous ne saurions encore le dire de façon précise; mais la présence de cette race en Susiane remonte, à coup sûr, à des époques très reculées.
On sait que les Négritos les plus voisins de la Susiane sont ceux de l'Hindoustan; or, entre ces deux groupes, il n'existe pas aujourd'hui de témoins intermédiaires.
D'où vinrent les Négritos du sud de la Perse ? Nous l'ignorons; mais nous devons nous souvenir que la forme des continents s'est singulièrement modifiée depuis l'apparition de l'homme sur la terre et qu'il existait^ peut-être, autrefois, entre