‹ Histoire et travaux de la Délégation en Perse du Ministère de l'instructionChapitre 8 sur 27 · HISTOIRE ET TRA.VAUX · texte numérisé non relu

HISTOIRE ET TRA.VAUX

vaincu celles de la Chaldée. Nous ne savons pas si cette conquête fut durable,' nous n'en <îonnaissons pas l'étendue.

Dès les temps les plus anciens, le^ deux éléments ethniques sont en présence, les fortunes sont diverses ; parfois c'est l'Elam qui se courbe sous le joug, parfois aussi c'est la Chaldée qui obéit aux lois susiennes.

J'ai dit plus haut qu'à l'origine la Chaldée renfermait une multitude de petites principautés, indépendantes les unes des autres, et dont Timportance variait suivant l'étendue de terrain formant un district naturel.

Quelques-unes de ces principautés, favorisées par le sort et plus puissantes que leurs voisines, parvinrent à les maîtriser toutes et à les soumettre au joug d'un seul homme, véritable empereur dans le sens que présente ce titre lorsqu'on l'applique à Charlemagne ou à Louis le Débonnaire. Cet empereur était roi d'Agadê, de Kich, d'Our, etc. Mais il gouvernait aussi en suzerain ses féaux des Quatre Régions.

Tant que dura la féodalité indépendante, TÉlam resta en repos, éloigné des centres chaldéens ; séparé des royaumes naissants par d'immenses marais et par les fleuves, il se développa sur luimême ; les guerres ne débutèrent qu'au moment où la Chaldée entière fut réunie sous un même sceptre.

L'histoire de l'Elam, comme celle, d'ailleurs, de tous les pays chaldéens, débute par une liste de patésiSy princes sacerdotaux héréditaires de Suse.

Le premier patési de Suse dont nous connaissons l'existence est Ouriiim; il vivait au temps de Chargani-char-ali, roi d'Agadè, fils de Dati-Bôl

qui, au commencement de son règne, avait soumis l'Élam.

Le second des suzerains de Suse, connus jusqu^à ce jour est Naram-Sin, roi des Quatre Régions, fils de Chargani, qui, suivant Nabonide, vivait en 3750 avant notre ère.

Naram-Sin fut Tun des plus grands souverains de la Ghaldée, il parcourut à la tête de ses armées, accompagné de ses neuf grands vassaux, la majeure partie de TAsie antérieure ; suzerain du patési de Suse par les armes de son père, il étendit ses conquêtes dans les districts éîamites encore insoumis, s'empara du pays d'Apirak et fit prisonnier son roi Rich-Adad.

Si Tépoque de Naram-Sin fut brillante par les armes, elle ne le fut pas moins par les arts, car les monuments que nous possédons de ce souverain dénotent une connaissance très avancée dans la sculpture, tant au point de vue de la composition qu'à celui de l'exécution.

Une telle perfection dans Tart. ne peut se manifester que dans un milieu déjà très civilisé. Il est probable que la Ghaldée jouissait, à cette époque, des avantages que procure un gouvernement ferme et juste établi sur des traditions déjà très anciennes. Nous ne possédons pas les lois de cette époque, mais sûrement il en existait de bonnes, peut-être déjà codifiées.

Le peu que nous connaissons de Naram-Sin donne une très haute idée de la civilisation chaldéenne à cette époque et permet de se demander combien de milliers d'années ont été nécessaires pour développer les peuples jusqu'à un tel degré. Deux pays alors se partageaient la civilisation du

monde : la Chaldée sous Naram-Sin et TÉgypte sous les pharaons du milieu de TAncien Empire.

Malgré la puissance des grands rois de Chaldée, Suse semble avoir secoué le joug et repris son indépendance, car Alou-oucharchid, roi de Kich, doit recommencer la conquête de l'Elam. C'est vers cette époque qu'il faut placer Chim-bi-ichkhoaq, patési de Suse.

Au temps où Dounghi, roi d'Our, régnait en Chaldée, survint probablement encore une révolte, car il dut intervenir par les armes, accompagné de son. vassal Qoudea, patési de Sirpourla, et battit Anzan d'Élam.

Dounghi nous a laissé le souvenir de ses constructions à Suse, mais les principaux édifices de cette époque sont dus à Karibou-cha-Chouchinak, fils de Chim-bl-ichkhouq, patési de Suse. Ce seigneur, qui porte le titre de Chakkannak d'Elam, construisit un temple au dieu Chougou, des bassins, la porte de Chouchinak et creusa le canal de Sidour.

Malgré son asservissement TElam, se développait, les eaux empruntées au fleuve Kerkha irriguaient les campagnes des environs de Suse, grâce à de vastes réseaux de canaux dont on retrouve les traces, non seulement dans les textes, mais aussi sur le sol.

Karibou-cha-ChoucJiio ak passe pour avoir été législateur, et avoir réglé les affaires du culte. C'est la première fois que, dans les annales susiennes, nous trouvons la trace de travaux juridiques; les textes de ces lois n'ont d'ailleurs pas encore été retrouvés.

Le nom de Khoutran-kepti, patési de Suse, nous apparaît sans lien avec Karibou cha Chouchinak. Il

existe certainement une lacune entre ces deux princes ; puis vient Idadou I de la lignée de Khoutranteptiy son fils Kal Roukhouratir, Idadou II son petitfils, qui, tour à tour, occupent le trône susien à l'époque 'de Bour-Sin, roi d'Our et des Quatre Régions, suzerain d'Elam.

Enfin Ebarti Kin Daddou,... badidimma, Beli-a-(ou) roagal et Ourkîoum, dont les noms ne peuvent être placés sûrement dans les listes chronologiques, mais qui furent patésis de Suse^ le premier régna au temps de Ghimil-Sin, roi d'Ouretdes Quatre Régions, suzerain d'Élam, qui lui-même construisit à Suse. Le second fut contemporain de Idô-Sin, roi d'Our et des Quatre Régions qui, probablement pour calmer une révolte, envahit TAnzan et le dévasta.

Ce pays devait être puissant alors, car son palési épousa la fille du grand roi Idé-Sin.

Les trois derniers patésis cités plus haut semblent avoir gouverné TElam à l'époque des derniers rois d'Our.

C'est vers cette époque que nous devons placer la princesse Mékoubi, fille de Billama, patésid^Achuounnak et probablement femme d'un patési de Suse. Elle construisit dans cette ville.

Tels sont les renseignements que nous possédons aujourd'hui sur les origines susiennes, depuis les temps les plus reculés jusqu'au xxu® siècle avantnotre ère. Ils nous montrent la Susiane participant au mouvement général de la Chaldée, s'érigeant en principauté religieuse, possédant ses divinités locales, sa langue propre et, probablement aussi, ses coutumiers spéciaux.

Si nous en croyons les textes parvenus jusqu'à nous, les Élamites s'adonnaient à la culture, à Télé-

vage du bétail et vivaient simplement, réservant pour leurs temples tout le luxe et toutes les richesses.

A Suse nous n'avons jamais trouvé ji'inscription rappelant la fondation d'un palais; tous les textes ont trait soit à des fondations religieuses, soit à des travaux d'utilité publique, canaux, ponts, réservoirs, etc. La maison royale semble, dans les débuts surtout, n'avoir pas attiré les regards, / et les expéditions militaires, la gloire des armes sont à peine mentionnées.

Cette particularité sépare nettement les populations susiennes de celles de la Chaldée. Goudéa est fier de son palais de Sirpourla, il parle autant de lui-même que des dieux; les stèles chaldéènnes énumèrent les victoires, les pays vaincus, les richesses dérobées dans la guerre. C'est que les ! Chaldéens d'alors étaient des Sémites, qu'ils en ! possédaient la violence, la rapacité et l'amour du bien-être; tandis que les Éiamites, appartenant, en grande partie, à une tout autre race, étaient de paisibles cultivateurs, imbus du respect de la divinité.

L'invasion sémitique ne semble avoir apporté en Elam ni l'usage des métaux ni celui de l'écriture. Le cuivre et l'or étaient connus dès les temps préhistoriques; quant à l'écriture, nous la rencontrons à Suse sous deux formes qui, bien que contemporaines, diffèrent sensiblement : l'une d'apparence très archaïque, voisine des hiéroglyphes primitifs, paraît être propre à i'Élam; l'autre, plus développée, composée de signes cunéiformes linéaires, est purement sémitique et de provenance chaldéenne.

Les deux systèmes ont eu la même origine; mais

alors qu'en Ghaldée l'écriture se serait développée, elle aurait été figée en Élam, en sorte que, lors de de la conquête sémitique, les signes chaldéens n'étaient pas compris du peuple, auquel il était nécessaire de fournir d'autres textes écrits dans les seuls caractères qu'il connût. Nous possédons de ce système archaïque plusieurs inscriptions lapidaires et un grand nombre de tablettes que, jusqu'à plus ample informé, nous considérerons comme proto-éiamites.

La période des patésis dura, à Suse, vingt siècles au moins, car nous ne connaissons pas ses débuts ; elle fut pour TÉlam, comme pour la Ghaldée, une ère d'oppression politique. Mais les Susiens profitèrent de leurs malheurs : ils apprirent à résister aux conquérants, s'accoutumèrent à la guerre, leurs nombreuses révoltes en sont la preuve, et purent un jour, non seulement conquérir leur indépendance, mais réduire sous le joug leur anciens maîtres.

Vers 2280 av. J.-C. Koudour-Nakhkhountô secoue le joug des Sémites, envahit et soumet la Ghaldée, rapporte dans sa ville royale le butin des temples, les statues des dieux. L'ordre des choses est renversé : le roi de Suse devient suzerain de la haute et de la basse Ghaldée, il prend la place des anciens maîtres des Quatre Régions. Les titres eux-mêmes changent : au régime des patésis de Suse succède celui des Soukkal-mah; les premiers se disent patésis de Suse et Ghakkannak d'Élam; leurs successeurssontSoukkald'Elam, deSiparki et de Suse. G'est que Koudour-Nakhkhonntè venait de fonder l'empire élamitochaldéen et que, devenu grand roi, il avait confié Suse à un feudataire,

Certes, sous KoudourNaklikhoantè et sous ses successeurs, le vice-roi de Suse devait jouer un grand rôle dans TEmpire ; c'est à lui qu^était remise Tadministration du patrimoine élamite^ des pays d'où sortaient les armées capables de maîtriser les populations sémitiques de Chaldée, forcément hostiles à la domination étrangère.

Cette dynastie élamitaest probablement celle que Bérose désigne sous' le nom de Mède et, à laquelle il assigne, huit rois durant, un espace de 224 ans. Bérose aurait, dans ce cas, commis la même erreur qu'un assyriologue renouvela de nos jours en pre^ nant des Aryens pour des Anaryens ; mais il est excusable, car, à Tépoque où il écrivait, les traditions les plus lointaines, venues d'Orient, se rapportaient toutes aux Mèdes. Le linguiste, disposant de l'instrument le plus délicat en matière d'ethnographie, n'est pas excusable de s'être trompé.

Du vivant de Koadonr-Nakhkhountè, plusieurs vice-rois gouvernèrent en Êlam. Nous ne connaissons jusqu'ici que Chiroukdou, qui construisit à Suse, et Temti-Agoun^ fils de la sœur du précédent, qui éleva dans la ville un temple à Ichmi-Karab « pour la santé de Koutir-Nakhkhountè et des siens ».

Lila-irtacb, fils présumé du grand conquérant, occupa peut-être, à la mort de son père, le trône chaldéo-élamite ; c'est à son époque qu'il convient déplacer Temti khicha khanech, fils deTemti-AgouQ, au gouvernement de Suse. Chimebalar khouppak, descendant de Chiroukdou lui succéda ; il construisit un temple dans la capitale de l'ÉIam. Sa lignée semble s'être éteinte avec lui.

Le pouvoir à Suse échut alors à Ebarti, père de Cbilkhakha ou Silkhakha, et qui parait avoir fait

souche nouvelle ; Simti Chilkhak régnait alors en Chaldée.

Lankoukou, mari d'une sœur de Chilkhakha, lui succéda du tempsoùNour-AdadetRim-Anoum, rois de Larsa, étaient vassaux de Simti Chilkhak*.

Sous le même suzerainnous voyons encore Konk- Kirmech ou Kouk-Kirpiach, fils de Lankoukou et de la sœur de Chilkhakha, nommé grand Soukkal, Soukkal d'Élam^ Sipar et Suse, et construire un temple dans le chef-lieu de son gouvernement.

Attapakchou ou Attakhouchou est, d'après ses propres textes, fils de la sœur de Chilkhakha et pasteur du peuple de Suse. Il construisit plusieurs temples, dont un dédié à la déesse Naroute et établit un pont au voisinage de sa résidence. Koudour-Maboug, fils de Simti-Chilkhak était alors adda de rOuest et Emoutbal.

Kourigougou qui se réclame dans ses inscriptions d'être le frère de Temti Khalki, semble avoir dirigé ptsndant peu de temps le gouvernement de la Susiane, alors que Rim-Sin était roi de Larsa et de Kingi-Kibourbour ; Rim Sin était fils de Koudour Maboug et son vassal.

 la même époque se range Temti khalki, Tepti khalki ou Tep Khalki, fils de la sœur de Chilkhakha, grand Soukkal, Soukkal d'Élam, Sipar et Suse ; il laissa le souvenir de ses constructions.

KalUli, de sang royal, épouse une sœur de Chilkhakha et commande à Suse.

La série des gouverneurs élamites de Suse se termine, d'après les documents que nous possédons aujourd'hui, par Kouk-Nachôur « grand Suk-

1. Ce synchronisme et les suivants, jusqu^à Khammourabi ne sont que très approximatifs.

kal, Sukkal d'Elam, Sukkal de Siparru et de Suse, fils d'une sœur de Chilkhakha » qui régnait au temps d'Irî-Agoun (?) roi de Larsa (peut-être Rim- Sin) vassal de Koudour Lagainar(?).

* Vers 2056 avant notre ère, Khammourabi, roi de Babylone, d'abord feudataire du grand roi d'Élam et de Chaldée, secoua le joug et se rendit indépendant. Ses victoires, cependant, ne s'étendirent pas pour longtemps au pays d'Elam où se créa bientôt une puissante monarchie; mais la plaine chaldéenne tout entière forma Tapanage du nouvel empire.

A la féodalité d^antan succèdent deux puissants États, divisés par des différences de races opprimées tour à tour Tune par l'autre. Désormais ces deux puissances seront toujours en guerre jusqu'au moment où un danger commun, celui de l'Assyrie, viendra réunir leurs légions.

Trente ans du règne de Khammourabi s'écoulèrent sous la domination élamite. Le roi de Babylone eut tout le temps de fomenter la révolte en Chaldée. Lorsqu'il prit les armes, ce fut pour chasser les étrangers. La haute et la basse Mésopotamie se rangèrent sous son sceptre. Il s'intitula roi de Babylone, roi des Quatre Régions, roi de Choumer et d'Akkad, roi de l'Ouest. •

Khammourabi fut non seulement un grand conquérant, mais il fut aussi un habile administrateur; il codifia les lois ou, du moins, en donna une édition nouvelle.

Deux siècles d'occupation élamite avaient appris aux Chaldéens bien des choses que seul le malheur enseigne ; probablement avaient-ils été victimes des lois susiennes. Leur nouveau roi en

DE r.A DÉLÉGATION EN PERSE 85

promulgua de nouvelles, basées bien certainement sur les coutumiers sémitiques locaux, peut-être aussi sur d'autres codes plus anciens, datant de Naram-Sin ou de tout autre grand roi sémite.

Le code de Khammourabi est un ensemble de lois purement civiles, exemptes de tout règlement religieux. C'est un fait remarquable entre tous, car il dénote de la part des rédacteurs du code un esprit administratif, qu'on serait loin d'attendre dans le monde oriental de cette époque. L'Egypte était alors en pleine prospérité, les Ramessides allaient porter sajpuissance et sa civilisation à son apogée. Cependant nous a-t-elle laissé un seul document comparable aux lois babyloniennes ?

Dans le Nouvel Empire les fiefs d'autrefois sont transformés en gouvernements, la volonté du grand roi s'étend absolue sur tous ses domaines. Parfois- quelques anciennes familles conservent l'autorité dans les terres de leurs ancêtres, mais c'est seulement à titre de fonctionnaires du roi, de simples mandataires. Il a fallu plus de deux mille ans pour éteindre la féodalité de Torigine.

Pala-ichchan semble avoir été le dernier des grands rois élamites de la Chaldée; vaincu parle roi de Babylone, il se retira dans les terres de sa race. Son domaine comprenait alors une partie des pays situés sur la rive gauche du Tigre, au sud des ruines qui s'élèvent aujourd'hui sur le site de Ktésiphon. Vers la mer, il était limité par les marais; à rOrient, son autorité s'étendait sur les monts Baktyaris et une partie des rives du Golfe persique ; au Nord, il possédait le Poucht é Kouh, la vallée du Seïn Mèrrè et la majeure partie du Louristan. La Susiane était son centre, le pays le

plus riche, le plus peuplé de tout Tempire; c'est là que se trouvait le siège de sa royauté.

Babyloi.iens et Élamites ne pouvaient se rencontrer que dans les plaines de la rive gauche du Tigre. C'est là, probablement, que le second roi su sien Sadi ou Taki (?) fut défait par Ammi-Zadougga premier successeur de Khammourabi. Le roi d'Elam semble avoir voulu reconquérir les provinces perdues de l'empire chaldéo-élamite, mais il échoua dans son entreprise et se renferma dans les frontières assignées par la nature au peuple d'Élam ; protégés par des remparts naturels, les rois ses successeurs semblent avoir été, pendant longtemps, occupés seulement des travaux de la paix.

Iri-khalki, dont nous ne connaissons que le nom.

Pakhir-ichchan, fils du précédent, bâtit un temple.

Attar-Kîttakh, frère du précédent, bâtit également un temple et enrichit ceux qui existaient

avant lui.

Khoumban-oummenna, descendant de Ohilkhakha,

supplanta probablement la branche directe et s'empara du trône; nous ne connaissons de lui que des fondations pieuses.

Ountach-Gal, roi d'Anzan et de Su se, fils du précédent, épouse Napjr-ABou ; son règne nous apparaît comme une renaissance des arts. Ses constructions sont nombreuses, toutes consacrées aux dieux. Nous ne comptons pas moins de quinze divinités^ auxquelles ce roi consacra dans la ville de Suse des sanctuaires différents, soit qu'il les ait fondés, soit qu'il eût réparé ceux qui, construits parles anciens rois, tombaient en ruines.

Nous possédons, de l'époque de ce prince, une magnifique statue de bronze représentant la reine

Napir Asoa, œuvre très [remarquable tant par sa valeur artistique que par Texécution d'une pièce de cette importance.

La fin de son règne fut probablement troublée, car nous voyons Ountakhach-Qal, fils de Pakhirichchan, succéder et rétablir sur le trône la dynastie légitime. Le nouveau roi fit aussi quelques constructions pieuses.

Kidin Khoutran, paraît n'avoir eu qu'un règne de courte durée.

Khourpatila, roi de Suse, lui succéda, semble-t-il. Ce prince fut malheureux dans ses guerres contre laChaldée ; vaincu et fait prisonnier parKourigalzou, roi de Babylonie, il ne fut remis en liberté que contre une cession territoriale ; les Sémites, encore une fois, s'emparèrent de Suse ou Kourigalzou reprit une amulette au nom deDounghîdontKoutour NsJdikhounte s'était emparé jadis dans le pillage de la Chaldée.

Nous n'avons pas encore rencontré de textes relatant les faits d'armes des prédécesseurs de Khourpatila, mais, bien certainement, ces rois ne demeurèrent pas en paix. Pendant cette période la guerre fut continuelle entre les maîtres des deux royaumes, lesuns voulaient rétablir l'empire deNaram-Sin, les autres celui de Khoudour Nakhkhountè.

Kidin Ehoutroutach, roi d'Elam, emploie son règne à venger les défaites de son prédécesseur ; victorieux de Bôl-nadin-choum, roi de Babylone, il ravage la Chaldée, s'empare de Nipour, de Dour Ili et de E-Dimgar-Kalama; plus tard il prit la ville d'Isin sur les armées de Adad-choum-iddin, roi de Babylone

(ii83àll75av. J.-C).

Une révolution s'était passée en Chaldée : la dy-

nastie nationale renversée avait été remplacée par celle des rois Cassites envahisseurs à laquelle appartient Kourigalzou.

D'où venait cette innovation ? Il n'est pas possible de le dire aujourd'hui ; mais le fait même qu'elle a frappé la Ghaidée, sans troubler la Susiane, montre qu'elle ne venait pas du Sud-Est. Descendit-elle des montagnes du Poucht-é-Kouh, du Louristan et du Kurdistan méridional? Nous ne sommes pas encore éclairés à cet égard.

Les Gassites constituent un élément nouveau dans rhistoire chaldéo-élamite. Peut-être doit-on faire coïncider leur descente des montagnes avec les premiers mouvements des Ar)^ens iraniens dans l'occident du"pîàteau peTsair."Î5uoi qu'il en soit, ces peuples ne semblent pas avoir été apparentés aux Elamites, car les rois susiens continuent à guerroyer en Ghaldée.

Melichikhou (1144-1130) et Mardouk-apal-iddin (1129-1117) se succédèrent sur le trône babylonien, alors que Kalloutouch in Chouchinak occupait celui de l'Élam.

G'est à Tépoque de Zamâmà-choum-iddin (1116) et de Bél-Nadin-akhé (1115-1113), rois cassites, qu'apparaît Cboutrouk-Naklikhountè, grand roi susien célèbre enlre tous par ses fondations pieuses et sa gloire militaire.

Fils de Khalloutouch in Chouchinak, roid'Anzan et Suse, prince des Khapirti, Choutrouk Nakhkhouiitô continue les expéditions de ses prédécesseurs contre la Ghaldée ; il envahit la Babylonie, bat et tue le roi Zamâma-choun-iddin (1116); aidé de son fils Koutir-Nakhkhountô,il détruit la ville de Sippar, y enlève les stèles de Naram-Sin, le code du roi Kham-

mourabi, défait le roi d'Ichnounouk, dérobe ses statues, enlève une stèle de Mélichikhou au pays de Qarin, à Kich l'obélisque du roi Maoichtousou et sa stèle, des têtes de sceptres, au nom du roi cassite Bournabourlachy la table d'Agabtakha à Padanj les archives gravées sur pierre des propriétés princières cassites, les stèles de son prédécesseur et congénère Ountach-Gal, une foule de documents précieux dus aux ennemis de sa race comme aux grands rois élamites. Des fragments de stèles indiquent qu'il dévasta et pilla toute la Chaldée, s'eniparant d'un immense butin qu'il transporta dans sa ville de Suse. La guerre fut la principale occupation de ce grand monarque. Il abaissa pour bien.des années la puissance rivale, enrichit Suse et ses temples des dépouilles du pays des deux fleuves, construisit quelques édifices religieux et assura la paix en Elam.

Son fils KoutirNakhkhountè qui, dans ses guerres, avait été son lieutenant, lui succéda au trône. Son règne fut de courte durée. Nous ne connaissons de lui que la construction d'un monument et Térection de sa propre statue dans Tun des temples susiens.

Chi>khak-In-Chouchinak, frère du précédent, roi d'Anzan et de Suse, prince des Khapirti, bénéficia des campagnes de son prédécesseur. Les ressources de TElam n'étant plus absorbées par les guerres extérieures, il les consacra aux œuvres de la paix.

Il épousa NakhkbouQtè outou dont il eut de nombreux enfants, cinq fils et quatre filles, suivant les* inscriptions dans lesquelles il fournit leurs noms.

A Suse, et dans bien d'autres villes de son royau-

me, il reconstruisit les temples des dieux tombés en ruines, les décora richement d'émaux, de matières précieuses et de bronze dont quelques spécimens sont parvenus jusqu'à nous.

Ces temples avaient été édifiés par les souverains des anciens âges; Chilkhak-In-Chouchinak respecta leurs noms qu'il conserva sur les matériaux neufs. Tous les dieux eurent leur part, dans ses égards, même ceux des Sémites, tels que Beltiya et Tab Migirchou, Cette intrusion des divinités sémitiques dans le panthéon susien montre à quel point l'esprit chaldéen s'était infiltré dans la population susienne.

Depuis plus de trois mille ans ces peuples étaient en perpétuel contact pour la conquête comme pour le commerce; mais les Élamites de la plaine, environnés au Nord et à l'Est par leur congénères, n'ayant qu'une frontière commune avec les Sémites, celle de l'Ouest, conservèrent les éléments principaux de leur vie nationale.

S'il exista jadis en Chaldée des populations non sémitiques, elles furent rapidement absorbées, parce qu'envahies par les étrangers elles n'eurent pas près d'elles, comme l'Élam, de foyer national indemne pour se retremper.

Le règne de Chilkhak-In-Chonchmak nous a laissé un grand nombre de documents; stèles, briques émaillées, figurines, etc. Pour la première fois, à cette époque, nous voyons apparaître la céramique polychrome dans l'architecture. Les fragments que nous en possédons ont été pour la plupart rencontrés épars, aussi ne savons-nous pas encore la position qu'ils occupaient dans l'ornementation. L'émail était de plusieurs couleurs, il était appli-

que sur Textérieur des matériaux qui formaient de grands bas-reliefs couverts de textes ; d'autres émaux sous formes de plaques^ jadis incrustées dans les murailles^ représentent en couleur des animaux fantastiques ; enfin nous rencontrons fréquemmenty dans les fouilles^ des sortes de pommeaux lisses, ou couverts d'écriture, dont l'usage reste inconnu.

Ces vestiges montrent, à n'en pas douter, que l'ornementation architecturale fit, à cette époque de paix, de grands progrès ; ce fut pour Suse une ère de prospérité, les arts s'y développèrent avec des caractères spéciaux qu'on ne rencontre pas en Chaldée à la date correspondante. Il résulte de cette constatation que nous devons admettre l'existence en Élam d'un foyer artistique spécial.

Quelques débris de stèles de Chilkhak semblent porter les traces de récits militaires, mais tout porte à croire que la guerre ne fut, en ce temps, qu'une œuvre accessoire. Certainement ce long règne ne put être entièrement consacré à la paix ; le gouver- ' nement élamite dut veiller à la sécurité sur lesfrontières, réprimer quelques révoltes, mais il ne semble pas avoir fait de conquêtes.

Khouteloudouch-In-Ghoudiinak, fils aine de Chilkhak In Choachinak, qui succède à son père, ne nous est connu que par des constructions sans importance.

Vers l'époque de Ghilkhina khamrou Laqamar, deuxième fils de Chilkhak In Chouchinak, la guerre reprit avec la Babyloiiie dont Nabou-koudour-outaour I était alors souverain (vers 1030). Le roi d'Élam fut vaincu sur les bords du fleuve Oulaï, la Susiane dévastée et l'armée victorieuse reprit des dé-

pouilles enlevées jadis en Chaldée par les Élamites, entre autres la statue du dieu Eria de la ville de Din-Charri. Le fief de Namar fut enlevé du territoire susien pour être réuni au royaume babylonien.

Khoumbanimmena, successeur de Chilkhina kham* roQ Laqamar, ne nous est connu que par une fondation pieuse ;Ohoutrouk Nakhkhonntè II ou Ghouto'jr NakhkhouBtè, son fils, occupa le trône d'Êlam après lui. Ses inscriptions relatent la piété de ses entreprises; il recontruisit une partie du temple, Torna richement, releva les monuments des trois rois HQutelocdouch-In-Choiichinak, Chilkhina-khamrou Laqamar et Rhoumbanimmena, éleva sa statue en trente lieux conquis par ses armes sous le commandement de son ministre Ghontrouron.

L'histoire de cette époque est encore assez confuse, nous savons toutefois que, durant six ans, (939-934) régna sur la Babylonie un roi de race élamite dont le nom n'est pas connu. Ce fait semble indiquer que les Susiens vaincus sous ChiikhiDa^etc, ' ayant réparé leurs désastres^ auraient à nouveau envahila Chaldée, conquéteéphémèrequineduraque peu. Les victoires de Ohoutrouroa correspondent probablement à ces événements.

Chouchinak char-Ilani et Tepti-akhar, se succèdent ensuite sur le trône d'Elam, sans se faire remarquer autrement que par leurs constructions. Pendant ce temps la face des choses se modifiait complètement dans la vallée du Tigre ; le royaume d'Assyrie, devenu puissant, entrait en ligne. Ses armées jointes aux légions sémites de Mardouk-balatsou-iqbiy roi de Babylonie, attaquaient l'ennemi commun, le Susien non sémite.

Toukoulti-pal-Echarra II, roi d'Assour (824-812)

rencontrait sur le Daban les armées du roi d'Elam et les défaisait devant Dourpapsoukal (vers 810). Cette lutte, qui devait amener la ruine de Suse et la destruction de la puissance élamite, fut continuelle pendant un siècle et demi. Chaque année se passait en escarmouches sur les frontières , quand les Sémites étaient occupés ailleurs, et en campagnes ruineuses poUr TËlam, lorsque les peuples du Nord razziés laissaient en repos l'Assyrie.

Khouban, Kalloutouch-In-Chouchiiiak et Chilhak-In- Chouchinak, rois d'Anzan et de Suse, semblent être restés en repos; mais leur successeur Tepti-Khonban-in-Chouchinak guerroya.

Il est incertain si Indadari porta la couronne; eil tout cas son fils Choutour-Nakhkhountè monta sur le trône.

Les règnes de Takhkhikhi et de son fils Khanni sont douteux; peut-être ces personnages ne furentils que des princes locaux dominant sur le district qui, aujourd'hui, porte le nom de Mal-Emir, mais Oumbadarâ régna sur Ânzan et Suse vers 750, de même que son fils Khonmbanigach, qui monta sur le trône (742), la 5** année de Nabou-nauir roi de Babylone (747-734).

Désormais c'est à la monarchie assyro-babylonienne que les Élamites auront affaire. Ninive a conquis la prépondérance dans les pays du Tigre et de TEuphrate. En 729 Toukoulti-apal-Echarra III (745-727), roi d'Assyrie, s'intronise en Babylonie, mais ne paraît pas en Élam.

Charrou-oukln (722-705), entra en campagne contre Khoumbanigach, mais le sort de la guerre reste indécis pour* nous, car les diverses sources se contredisent.

La Ghaldée ne supportant qu'avec peine le joug assyrien, se révolta sans cesse.

Mardouk-apal iddin, usurpateur à Babylone (721- 709), se réunit à BJioumbanigaoh pour lutter contre Sargon, mais tous deux sont défaits. La Ghaldée, sans frontières naturelles du côté de T Assyrie, était vite tombée au pouvoir des armes d'Assour; elle ne se releva pour s'allier à* TElam que, lorsqu'étant révoltée de nouveau contre les gouverneurs ninivites, elle redoutait le poids de la colère de ses maîtres. L'Elam, mieux protégé par ses montagnes du Nord et ses marais de l'Ouest, était à même de résister plus longtemps. Toutefois, les rois ne négligèrent pas de fortifier sa frontière. BJioumbaDigachy construisit Naboû-damiqllâni. |

Babylone vaincue par Sargon, TElam terrifié par ses défaites, aucuh soulèvement ne se produisit tant que vécut le conquérant dont les coup« avaient été si durs pour les peuples du Sud. Mais, dès Tavènement de son successeur Sinakhe-irba (Sennachérib) (705-682), TÉlam releva la tête et le roi d'Assur, se souvenant de l'appui que jadis les rois de Suse avaient donné aux Babyloniens, marcha contre les Elamites.

Ghoatour Nakhkhountè (ou Ichtar'Khoandoii)(719- 701) occupait alors le trône d'Élam, il s'allia Daltâ, roi d'Ellip. Mais les armées combinées furent défaites par les Assyriens, à Maroubiohti.

Tout le haut Élam fut dévasté et le roi dut s'enfuir de sa seconde capitale Madaktou (dans la vallée du Sein Mêrré) pour gagner dans les montagnes sa résidence de Khaïdalou (dans le Louristan actuel). Suse ne fut sauvée que par les rigueurs de la saison qui forcèrent à la retraite l'armée ninivite.

Ces désastres eurent comme conséquence une révolution dans FElam, Kallouchou (ou Khalousi) frère du roi, le détrôna et usurpa le pouvoir (701-' 694). Son premier soin fut de se préparer à la guerre contre l'Assyrie et de s'allier au roi de Babylorie Mardoukapal-iddin ; mais les Assyriens vainquirent la coalition sous les murs de Kich.

A Babylone la politique intérieure n'était pas meilleure qu'en Élam ; Mardouk-zakîr-ohoum avait usurpé le pouvoir pendant un mois ; Mardouk-apaliddîn, l'ayant chassé avait repris le trône. Enfin le roi d'Assyrie, las de ces troubles, intronisa d'abord BêHbni (702-700), puis enfin son propre fils Achchonr-nadin çhoum (699-694).

Bien qu'ayant subi un échec dans la VP campagne de Sennachérib, Khallouchou s'avança jusqu'au •cœur de la Ghaldée, s'empara de Sippar et de Babylone, fit prisonnier son gouverneur, fils du roi d'Assour, et le remplaça par un homme à lui, Nergalouchezib. Après un règne de six ans, en 794, KliàllouchoQ mourait assassiné par ses propres compatriotes.

Ghoutour-Nakhkhountè lui succéda (694-693). Il allait entreprendre la lutte nationale contre l'As* syrie quand il fut, après dix mois de règne, tué dans une émeute.

BJioamban-Menanoii, frère du précédent, monta sur le trône (693-689). Son premier soin fut de secourir Chouzoub, qui venait de chasserles Assyriens et d'usurper le pouvoir en Babylonie; mais tous deux furent vaincus par Sennachérib à Khaloule. Khuuban-khaltachl, qui lui succéda (689-681), ne régna qu'environ huit ans et mourut dans un incendie.

BJiouban-khaltach II (681-675), accéda au trône-

d'Elam en même temps qu'Achchour-akh-iddin (Assaradon) (681-668), montait sur celui d'Assyrie. La •guerre continua entre ces deux princes, plus acharnée que jamais. Nabou-sir-napichti-lichir, roi de Babylonie, fils de Mardoak, luttait avec les armées susiennes contre TAssyrie. 11 fut défait et perdit le trône qui passa à son frère Na'id-Mardonk. En 680- 679 Khouban-khaltach II tua Zirou-kinichlichir, roi du pays maritime qui, pour une cause restée inconnue, s'était réfugié dans ses. Etats. Sur la fin de sa vie, il entra en Ghaldée et dévasta la ville de Sippar qui, probablement, était demeurée entre les mains des Assyriens.

Ourtakon, son frère, s'empara du trône d'Elam par l'assassinat (674-661). C'est pendant son règne qu^entrent en scène Achchour bani-apal, roi d'Assyrie (667-625), et son frère et'lieutenant en Babylonie Chamach-choum-oukin (667-647). La Chaldée, définitivement soumise, ne pouvait plus être d'aucun secours pour les Elamites. Bien au contraire, elle devenait le grand centre d'approvisionnement de ses ennemis.

Une disette sévissait en Elam et venait aggraver la situation de ce malheureux royaume épuisé par les troubles intérieurs et par les guerres extérieures; son roi tenta, cependant, un effort en Chaldée; il porta la guerre en Akkad, mais, repoussé par les Ninivites, il rentra dans ses États et mourut peu après.

Ourtakou ayant usurpé le pouvoir par le meurtre de son frère aîné Tep Khoumban (Téoummandes inscriptions ninitives), s'empara du pouvoir et voulut se l'assurer en mettante mort les fils d'Ourtakou et de Khoumban khaltach II ; mais ils s'enfuirent en

Assyrie, venant ainsi se mettre sous la protection du plus dangereux ennemi de leur oncle.

Vaincu et pris par les armes d'Achchour, l'usurpateur fut décapité par ordre d'Achchour-bani-apal. Il laissait deux fils : Oundachi et Tamrltou.

Profitant de l'occasion qui lui était offerte, le roi d'Assyrie partagea l'Élam en deux royaumes : Tun composé de TElam proprement dit fut remis à Khoumbanigach II, iils de Tep-Khoumban; l'autre, ayant pour capitale Ehidaloa dans les montagnes, devint l'apanage de Tamrltou, fils d'Oartakon. Ces deux rois étaient forcément hostiles Tun à l'autre, quoique cousins germains.

Khoumbanigach semble avoir exécuté loyalement ses engagements envers Ninive, car, appuyé par Chamach-choam-ukio, roi^ieutenant de BabyloAie, il lutta contre le roi de Khidalou et trouva la mort dans cette guerre. Tamrltou resta, dès lors, seul maître de la plaine et de la montagne de TÉlam.

Un de ses propres généraux Indabigach le chassa du trône à son tour et usurpa le pouvoir ; pour la seconde fois, Tamrltou se réfugia à Ninive.

Mais l'anarchie régnait toujours en Élam^ comme il arrive presque toujours dans les États subissant de grands désastres; Khoumban-aldasi, fils d'Attou metou, chef des archers, tue l'usurpateur et se substitue à lui. Khoumba kbaboua, homme d'origine inconnue, lève, lui aussi, l'étendard de la révolte et cherche à renverser Khouban-aldasi. Assourbanipal arrive; le premier usurpateur s'enfuit dans les montagnes, le second vers la mer. Tamrltou est replacé sur le trône.

La puissance élamite était à jamais terrassée; ce royaume passait au rang de feudataire ninivite, et

cependant tant de malheurs, fondant surce peuple, n'arrêtèrent pas la folie de ses chefs. Tamrltoa devint infidèle et fut renversé.

Khoumban-aldasi (vers 640) descendit alors des montagnes où il s'était réfugié et renversa un rival, Paé, qui s'enfuit à Ninive.

Il n'en fallait pas tant pour lasser la [patience du roi d'Assour. Achohoar bani-apal marcha contre TElam ; le roi de ce pays s'enfuit à son approche. 11 trouva le pays sans défenseurs, le dévasta dans toute son étendue, détruisit ses villes, ravagea ses campagnes.

Le récit que le roi de Ninive fait lui-même de la ruine de Suse est, à coup sûr, l'un des plus beaux morceaux de littérature que nous possédions des Assyriens, lé voici textuellement :

«... 3^ ai pris la grande ville de Chouchân, le siège de leurs grandes divinités ^ le sanctuaire des oracles.,, je suis entré dans ses palais et m*y suis reposé avec orgueil, j*ai ouvert leurs trésors, y ai pris l'argent, Vor, leurs trésors, leurs richesses, tous ces biens que le premier roi d'Elam et les rois qui t'avaient suivi, avaient réunis y et sur lesquels aucun ennemi n'avaient encore mis la main, je m'en suis emparé comme d'un butin,,,

... Lingots d'argent et d'or, trésors et richesses du pays des Soumirs et des Akkads et du pays de Kar-Douniach, tout ce que le premier roi d'Elam et ceux qui l'ont suivi avaient réuni et rapporté dans le pays d'Elam,,, de bronze,,, pien^es brillantes splendides et précieuses, trésors de la royauté; que les premiers rois d'Akkad et Chamachchoumoukin lui-même, avaient^ en témoignage d'alliance, donnés au pays d'Èlam : riches vêtements du trésor royal, armes de guerre pour servir dans les combats et appropriées à ses

mains^ ameublements de son palaisy tout ce qu'il renfermait et qui avait servi pour s'asseoir et se reposei\ pour manger et pour boirey pour verser^ pour oindre^ pesants chariots de guerre enrichis d'ornements de bronze et de peinture, chevaux^ bêtes de charge dont les harnais étaient d'or et d'argent, fai tout emporté au pays d'Assoury j'ai détruit la tour de la ville de Choùchan dont la base était en marbre, j'ai renversé son faite qui était revêtu d'airain brillant,,, j'ai envoyé tous les dieux et toutes les déesses^ avec leurs richesses, leurs trésorsy leurs pompeux appareils.,, trente-deux statues de rois en argenty en or, en bronze et en marbre provenant des villes de Choùchan, de Madaktou, la statue rf'Oummanigach fils cTOumbadara, la statue rf'Istar Nakhountè, la statue de Khaiousiy la statue de Tammaritou le second.,, j'ai emporté au pays d'Assour. J'ai biaisé les taureaux et les lions ailés qui veillent à la garde des temples, j'ai renversé les taureaux ailés fixés aux portes des palais du pays d'Elam et qui jusque-là n'avaient pas été touchés, je les ai retournés.,. Leurs forêts dans lesquelles personne n'avait encore pénétré, dont les limites n'avaient pas été franchies^ mes guerriers les envahirent, admirant leurs retraites, et les livrèrent aux flammes. Les mausolées de leurs 7*ois, tes anciens et les nouveaux, qui n'avaient pas craint Assour et et Istar mes seigneurs, et qui étaient opposés aux rois mes pères, je les ai renversés, je les ai détruits, je les ai brûlés au soleil. J'ai emmené leurs ossements au pays d' Assour, j'ai laissé leurs mânes sans refuge. Je les privai d^aliments et de libations. Pendant une marche d'un mois et vingt-cinq jours, j'ai ravagé les provinces du pays d'Élam ; j'ai répandu sur elles la destruction, la servitude et la famine. Les filles des rois, les épouses des rois, les familles des premiers et des derniers rois d'Élam, les préfets des pro^ vinces et les gouverneurs des villes,... tous les pionniers et

les ouvriers, gensy hommes, femmes, les grands et les peiitSy les chevaux, les mulets, les ânes, les hœufs^ les mou^ tons, fai tout emmené au pays d'Assour, »

La poussière de la ville de Chouchân^ de la ville de Madaktouy de la ville de Haltemach et le reste de leurs villes, fai tout remporté au pays d'Assour,

Pendant un mois et un joiir^ fai balayé le pays d^Elam dans toute son étendue. De la voix des hommes, du passage des bœufs et des moutons, du son de joyeuse musique je privai ses campagnes. J'ai laissé venir les animaux sauvages, les serpents y les bêtes du désert et les gazelles.

L'empire élamite tout entier serait devenu province assyrienne si Ninive elle-même n*avait succombé (607) sous les coups des Mèdes alliés aux Scythes.

Depuis des siècles déjà les Iraniens avaient envahi le plateau qui sépare la mer Caspienne du Golfe Persique, mais, protégés vers TOccident par les hautes chaînes bordières, ils avaient eu peu à souffrir du voisinage des Assyriens. L'invasion du plateau n'était pas terminée, les Mèdes n'en avaient été que le premier flot; vinrent ensuite les Perses qui, occupant toute la partie niéridionalç, orientale et septentrionale du pays, ne laissèrent aux premiers occupants que les districts montagneux de rOuest dans lesquels ils les refoulèrent. Mèdes et Perses étaient encore plongés dans la barbarie : ils ne connaissaient pas l'écriture, n'étaient ni architectes, ni généraux, mais leur nombre, suppléant à leur savoir, ils écrasèrent les maîtres des pays qu'ils voulaient occuper. Les Mèdes descendirent dans la vallée du Tigre et ruinèrent l'empire ninivite.

DE LA DÉLÉG'ATl'ON.EN:P£USfi,- •-':/-- 101

Naboû apal outsour (624-603), Nabou-koudour-outsour (603-560), AmU-Mardouk (562-560) et enfin Nabounaid (556-539), rois de Babylone, furent maîtres de la Susiane.

Les Parsu s'avancèrent dans l'Elam montagneux, en chassèrent les habitants, et ne s'arrêtèrent qu'aux limites de la plaine, accablés par les ardeurs du soleil.

L'Elam se trouva ainsi divisé en deux parties : le royaume perso-anzanite dans le haut pays, et la province babylonienne de Susiane; car la chute de Ninive avait rendu à la Chaldée un regain de pouvoir.

Chichpich, Kourach, Kambouziya(Gambyse) et enfin Kourach le Grand (Gyrus) furent rois aryens d'Anzan.

Cyrus détruisit le dernier royaume sémitique de la Mésopotamie et, dès lors, TAsie antérieure fut dévolue pour bien des siècles aux Aryens; ce n'est, en effet, que la conquête musulmane qui ramena pour peu de temps le pouvoir entre les mains des Sémites.

Après Cyrus, Thistoire de la Susiane est liée à celle de Tempire aryen de Perse dont elle n'est plus qu'une province. Son empire fut Tun des plus vieux du monde sinon le plus ancien; sa capitale, aujourd'hui butte de décombres, ne le cède en rien en âge aux plus antiques des cités.

J'ai sommairement retracé les grandes lignes de l'histoire élamite. Cette histoire était complètement inconnue il y a quelques années. Nous la devons aux fouilles de Suse. Elle renferme encore bien des lacunes; mais ces vides seront comblés, car nous ne disposons pas, aujourd'hui, du quart des docu-

102 •"•iJ^l'S^TXjïÉElD'Bi.icéÈLfcATION EN PERSE

ments renfermés dans les ruines de TAcropole.

Notre liste de rois est encore incomplète, nous ne connaissons les actions que d'un petit nombre de ces monarques. Les annales susiennes viendront contrôler celles de TAssyrie et de la Ghaldée ; enfin nous apprendrons sur les origines bien des faits dont nous ne soupçonnons même pas l'existence.

Ces pages qu'on vient de lire renferment en elles les résultats de tous nos efforts depuis huit années; l'histoire de l'Elam est sortie de terre et les collections qu'on peut voir au Louvre n'en sont que les pièces à Tappui.

Peintures.

Le visiteur qui, parcourant une salie de musée, examine les objets qu'elle renferme ne peut, à moins d^être un spécialiste, se rendre un compte exact des principes généraux découlant des monuments qu'il a 'sous les yeux. Chacun de ces vestiges du passé ne lui apparaît que comme une unité indépendante, la plupart du temps, des objets qui l'environnent. S'il pousse plus loin ses études, le cadre s'élargit mais les notions qu'il en retire demeurent forcément incomplètes, imprégnées qu'elles sont de nos usages modernes européens ; la tournure d'esprit imposée par notre éducation reste dominante et influe sur les conclusions que nous sommes à même de tirer.

C'est que bien des notions manquent à ce visiteur pour qu'il soit à même de se transporter par la pensée dans le milieu et aux époques dont les restes sont exposés devant lui. Eût-il des connaissances très approfondies de l'histoire et de la géographie, il ne lui est pas possible de faire abstraction de l'ambiance de la vie commune.

Ce phénomène est fatal : il influe non seulement sur le commun des hommes, mais aussi sur les savants eux-mêmes, qui, dans bien des occasions, montrent une ignorance très regrettable des pays

OÙ se sont passés les faits historiques dont ils ont à parler.

II n'est pas aisé de supprimer ces fâcheuses influences, mais nous pouvons du moins les atténuer dans une large part et c'est, à mon sens, ce à quoi doivent tendre tous les musées, toutes les expositions de documents antiques.

Les notions historiques, l'étude seule peut les donner et certes il ne manquent pas, les ouvrages, dans lesquels un esprit curieux peut s'instruire de la chronologie du passé.

Les notions géographiques sont de deux natures bien distinctes. Celles qui ont trait à la figuration mathématique du sol que fournissent les nombreuses cartes qui remplissent nos bibliothèques, et celles qui permettent de juger de l'aspect d'un pays, de sa richesse, des difficultés naturelles qu'on y rencontre, de son apparence riante ou triste, ensoleillée ou brumeuse. Ces éléments sont indispensables à celui qui désire se transporter par la pensée au cœur des pays dont les arts et l'histoire l'intéressent.

Tel lieu fameux dans les annales du monde, telle ville antique dont la renommée est parvenue jusqu'à nous^ apparaissent dans l'imagination de cent façons différentes, suivant Tétat d'esprit de celui qui cherche à se les représenter, et sur ces cent manières il en est bien rarement une qui soit exacte. Il est donc nécessaire de donner au public des notions précises et nettes tant par des cartes d'ensemble que par des plans de détail et par des vues exactes, authentiques^ colorées comme l'est le pays lui-même.

La photographie nous offre bien, il est vrai, son

concours, mais elle reproduit brutalement l'ossature de la nature, ne fournit aucune notion sur la transparence de Tair, sur la coloration des sites, sur la lumière qui a tant d'influence sur Tesprit humain.

Cette lacune dans les expositions que toujours nous offrons au public me préoccupait depuis de longues années; je sentais qu'à côté des restes des civilisations disparues il fallait procurer au visiteur la vision des pays où les événements s'étaient déroulés.

Qui comprendra Memphis sans avoir vu les limons noirs de la vallée du Nil, le feuillage sombre des dattiers, les sables dorés du désert et le soleil de feu éclairant cette nature calme quoiqu*étincelante ? Qui se transportera par la pensée à Babylone, à Ninive, à Jérusalem s'il n'a jamais été frappé par une vision de ces sites fameux? Il n'est pas à la portée de tous de parcourir les pays dont les annales excitent l'intérêt; notre devoir est de suppléer autant que possible à ces voyages dispendieux et compliqués.

A côté des monuments antiques, chaque musée devrait offrir ^u public les cartes des pays d'où proviennent ces objets, des vues des sites, voire môme des ruines, ayant trait aux collections exposées. Aucune description ne peut remplacer ce que les yeux embrassent d'un seul coup ; il faut que ces reproductions de lanature soient d'une rigoureuse exactitude, qu'elles prennent rang de document scientifique, que la fantaisie, le goût, l'amour du beau n'y occupent qu'un rang secondaire. L'art doit être en elles au service de l'exactitude, ce qui d'ailleurs ne les empêche pas d'être artistiques.

Quant aux restaurations, aux produits de Timagiiiation- moderne s*exerçant sur les restes du passé, nous n'avons pas le droit de les présenter au public sans qu'elles soient accompagnées de tous les documents authentiques ayant servi à les établir. Elles doivent occuper le rang très secondaire qui leur appartient, car, produit de déductions, elles sont livrées à la fantaisie qui souvent dépasse les bornes permises, et induisent le public en erreur.

J'estime même que si des essais de reconstitution ou de restauration sont à leur place dans des livres spéciaux, ils ne doivent pas figurer dans des collections dont le principal mérite doit toujours être l'authenticité absolue.

En visitant la salle ou sont renfermées les collections de la Délégation, on verra qu'enfin j'ai pu exécuter le projet que j'avais formé depuis si longtemps, d'offrir au public des vues du pays où se font nos travaux.

Ce projet, j'ai mis des années à le réaliser, car, d'une part, il fallait que je sois à môme de prélever sur mes crédits les ressources nécessaires, et, d'autre part, j'avais à trouver l'artiste qui, répondant aux desiderata, consentît à s'expatrier pour de longs mois sans autre intérêt que la réalisation de pensées abstraites.

Le choix de l'artiste auquel j'avais à donner ma confiance n'était pas aisé; il fallait, en effet, un homme jeune, habile dans son art, instruit et curieux d'apprendre, porté par ses goûts vers les choses de l'antiquité et assez maître de lui pour mettre Tart au service de la science, et non la science au service de l'art.

J*ai choisi Georges Bondoux, ancien élève de notre Ecole des Beaux-Arts*, ayant déjà reçu bon nombre de récompenses* et Tai provisoirement attaché à ma mission.

G. Bondoux, sorti de la routine, connaissait déjà rOrient : il avait visité en artiste TÉgypte, la Palestine, la Syrie, la Grèce, l'Italie, et si ses voyages dans les Flandres, la Hollande et l'Angleterre lui avaient appris à peindre les brumes du Nord, il possédait aussi dans son pinceau la lumière de rOrient.

Presque toutes les études de sa mission de Perse ont été faites sous mes yeux et j'en puis garantir l'exactitude rigoureuse comme dessin et comme couleur.

A l'occasion de l'ouverture de notre salle, j'ai exposé Tœuvre complète de G. Bondoux en Perse,, mais il ne restera définitivement que les peintures ayant trait à l'archéologie et à l'histoire. Les autres, sortant du domaine de notre exposition, seront rendues à leur auteur. J'ai pensé toutefois que le public me saurait gré de les lui présenter.

Deux grandes fresques ont été exécutées à Paris par G. Bondoux, d'après ses études faites sur la nature ; elles remplissent deux des cinq grands ' panneaux de la salle; en attendant que le destin permette que les trois autres voûtes soient, elles aussi, décorées de motifs archéologiques relevés en Perse.

La première de ces toiles montre les ruines de

i. De 1884 à 1890.

2. Mention honorable (Salon de 1890). — Médaille de 3« classe (Salon de 1893). — Médaille de bronze (Exposition de 1900). — Bourse de voyage 1893.

FAcropole de Suse telles qu'elles étaient en 1897 avant le commencement des travaux de la délégation : au premier plan la rivière Ghaour roule ses eaux paisibles; dans le lointain, la mosquée, tombeau supposé dû prophète Daniel.

La seconde toile est une vue d'une partie des chantiers de la Délégation dans TAcropole ; le mouvement des ouvriers, le roulementdes wagons, la poussière des travaux forment un contraste frappant avec le calme profond des ruines, avant que l'activité française soit venue retrouver dans ces décombres les trésors scientifiques qu'ils contenaient.

La série des études d'après nature occupe les embrasures des fenêtres ; elle est rangée suivant l'ordre dans lequel les peintures ont été exécutées. Dans la liste qui suit j'indique en caractères italiques, celles des études qui, présentant un intérêt historique, demeureront dans la salle.

Page 1