‹ Histoire étrange d'une fille du mondeChapitre 18 sur 47 · LE CHAPITRE DES LETTRES · texte numérisé non relu

LE CHAPITRE DES LETTRES

Du même au même.

f-^^ Frédéric, ô grand Frédéric, ô ami de Yol- ^^^ taire, continue à être mon ami auprès de « ma mère; dis-lui que je fais pénitence sous ce « rude climat de Paris ;' je suis allé ce matin à « la messe ; il est vrai que c'était une messe de « mariage. Prouve à ma mère que j'allais perdre « mes droits de Parisien si je n'avais fait une « station de quelques semaines aux Champs-Ely- « sées, au boulevard des Italiens, à l'Opéra et « ailleurs. La mode oblige comme la noblesse. « Mais en revanche, je jure de passer six se- « maines à MoutpeUier à lire les confessions de « Saint-Augustin et le Martyrologe. Je lui ai « écrit que j'avais vu le ministre, di^-lui bien que « c'-est sérieux.

« Et puis il lie faut pas qu'elle oublie que le

« château d'Amécourt est en plein désarroi depuis « le départ de ce voleur de Léonce. J'irai ce soir « pour y chasser un peu demain avec le garde- « chasse et le juge de paix.

« A te parler franc, il n'y aura pas de juge de « paix : je puis hien te dire à toi que j'emmène « quelques gais compagnons et quelques gaies « compagnonnes ; je suis irresponsable, c'est le « prince Worowski qui conduit la bande. Les « ancêtres vont s'indigner dans leurs cadres, « mais tu sais ce que je pense des ancêtres. Ils « en ont bien fait d'autres...

« Je dois avouer pourtant que si ma mère « devait retourner à Amécourt, je ne profanerais « pas cette solitude qu'elle a sanctifiée.

« Je fais cette remarque en passant, c'est que « nous pensons du mal de toutes les femmes, et « que nous pansons toujours que notre mère est « une sainte ; or, si toutes les mères sont des « saintes, comm^^nt toutes les femmes sont-elles « des pécheresses !

Page 1