‹ Histoire étrange d'une fille du mondeChapitre 23 sur 47 · CE QIE M. DE LA FERTÉ TROUVA DANS LA ROBE DE CHAMBRE DE GENEVIÈVE · texte numérisé non relu

CE QIE M. DE LA FERTÉ TROUVA DANS LA ROBE DE CHAMBRE DE GENEVIÈVE

1^^ ADEMOiSELLE ViNGTANs se radoucit.

^^1 — J'ai oublié, mon cher Horace, de vous

dire une chose qui vous fera plaisir.

— On oublie toujours de dire ces choses-là.

— Voilà ce que c'est; écoutez bien. Cette Théodule qui servait Geneviève et qui a disparu aussi a conté une histoire touchante qui ne m'a pas touchée du tout. Il parait que vous aviez été

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généreux avec Geneviève, car vous avez jeté des poignées d'or sur sa cheminée.

— C'était tout simple ; nous avions joué ensemble et nous avions gagné : je lui ai donné sa part.

— Eh bien, mon cher ami, cet or elle l'a donné aux pauvres.

— En vérité !

— C'est la légende delà rue de Ponthieu, reprit Mlle Vingtans. Dans tous les cabarets et chez toutes les portières on ne parle que de cette belle action.

— C'est bien, cela !

L'œil d'Horace brillait. Il était ému jusqu'aux larmes ; un peu plus il eût embrassé M''^ Vingtans pour lui avoir conté cette histoire.

La dame riait de toute cette folie.

Une troisième fois, Horace reprit les deux robes et les pressa dans ses bras.

Ce fut alors qu'il sentit quelque chose dans la poche de la robe de chambre ; il y mit rapidement la main, et en tira un mouchoir et une lettre.

Le mouchoir, il le porta à ses lèvres et le baisa.

— C'est à la violette, dit M"* Vingtans, qui avait le nez fin.

Horace avait lu le chift're : un G et un 0 entrelacés et surmontés d'une couronne de marquise.

— C'est bien cela, dit M"* Yingtans. Le G ça veut dire Geneviève, l'O ça veut dire un nom que je ne connais pas. La couronne, ça veut dire qu'elle jouait aux armoirii^s, comme toutes celles qui n'ont pas de nom.

— Qui sait, dit Horace. Elle avait grand air. H n'y a pas que les filles de portières qui ont des aventures.

Horace remit la main dans la poche de la robe.

— Il y a peut-être autre chose. Tout justement, voici une lettre.

Horace ne regarda pas cette lettre, tant il était ému et tant il avait peur de trouver un billet doux de quelque amoureux impertinent.

— Mais, cette lettre ne m'appartient pas.

— Allons donc, dit M"*-' Yingtans qui voulut saisir la lettre, vous l'avez pavée assez cher comme ça. Voyons, c'est amusant, lisons ce chefd'ojuvre.

Horace avait regardé la suscription.

— Ah ! vuilà qui est étrange, dit-il avec une pâleur subite ; mon nom est là-dessus !

— Kli bien ! raison de plus pour la lire.

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— Oui, mais il y a plusieurs Horace.

— Oui, dit la dame, il y a les trois Horaces, comme il y a les trois Curiaces ; mais je ne suppose pas que le billet doux soit pour un de ceuxlà ! Eli bien, vous ne l'avez pas encore ouvert?

— Je me demande si je rêve, ma chère amie. Horace prit son chapeau.

— Quoi ! vous vous en allez î

— Oui.

— Où? àCharenton.

— Je ne sais pas.

Et voilà Horace parti. M"^ Vingtans le poursuivit dans l'antichambre.

Mais il ne répondit pas et s'envola.

H marcha d'un pas rapide jusqu'aux Champs- Elysées, il s'isola sous le premier grand arbre venu et y lut la lettre de Geneviève, comme si c'eût été l'action la plus mystérieuse du monde. Cette lettre, c'était celle que nous avons lue déjà, mais nous allons la relire encore avec Horace.

« Quoi, Horace, vous êtes venu chez moi comme « chez la dernière des filles perdues ; vous n'avez « donc pas deviné qui je suis? — qui j'étais? « hélas ! — • Vous ne vous êtes donc pas souvenu ! « — Vous n'avez donc pas senti que je vous

« aimais? Horace, Horace, je crie votre nom « dans ma douleur, comme si j'appelais Dieu à « moi. Vous m'avez redonné la vie et vous me « donnez la mort! Votre premier baiser, je le « sens là, sur mon front, qui me brûle et me « glace. Si vous saviez quelle joie j'ai eue en vous « vovant ! Je ne sentais jusque-là que ténèbres « autour de moi. Je voulais descendre plus loin « dans l'abime, mais la vive lumière m'est reve- « nue quand vous m'avez parlé. Je me croyais « sauvée; me voilà plus perdue que jamais, si « vous ne revenez pas ; car je sens que votre « amour est ma dernière branche de salut. Vous « allez dire que je suis une folle et que je diva- « gue. Si vous étiez là, je vous parlerais mieux; « je trouverais le vrai cri du cœur, car c'est mon « cœur qui est frappé; mais je ne sais pas écrire, » si ce n'est des phrases toutes faites. Horace, « revenez, revenez bientôt, si vous ne voulez pas « trouver une morte.

« Geneviève. »

Horace n'était pas un pleurard ; mais en reconnaissant des traces de larmes sur cette lettre qui était un cri du creur, il versa lui-même deux belles larmes.

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Geneviève était devenue plus une âme qu'une femme pour lui.

Il retomba peu à peu sur la terre. Il reconnut qu'il était tout à fait fou. Il se demanda s'il n'était pas le jouet d'un rêve. Il n'était pas superstitieux, mais il croyait bien un peu aux sortilèges de l'amour. Comment une courtisane avait-elle, en un instant, troublé son cœur et son esprit ? Par quel charme inouï avait-elle vaincu son scepticisme? «Il y a là, dit-il, la force de l'Inconnu. »

Comment n'eut-il pas une seule fois le souvenir de Geneviève d'Ormo}', en pensant à Geneviève d'Or!

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