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N l'a dit de toute éternité, l'histoire du bonheur ne se raconte pas. Voilà pourquoi, dans les contes de fées, après toutes les aventures périlleuses et tragiques, quand on arrivait à ce mot : « lis furent heureux et ils eurent beaucoup d'enfants! » il n'}' avait pas un mot à ajouter.
Geneviève avait la lièvre dans son bonheur, elle croyait faire un beau songe et elle avait peur de se réveiller. Horace était charmant, toujours amoureux et toujours gai. Mais si Geneviève voyait chuchoter sa tante avec le curé, si deux domestiques parlaient mystérieusement, si
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le facteur arrivait avec des lettres de Paris, elle tremblait dans ce château de la Ferîé que le château dy sou bonheur ne fut renversé tout d'un coup .
Elle souffrait aussi de ne presque plu> voir son enfant.
Horace, qui avait tant aimé le chemin de Marville, paraissait ne plus vouloir aller de ce côté. C'était le parc de La Ferté qu'il indiquait toujours pour les promenades à pied. C'était la forêt d'Ourches qu'il préférait pour les promenades en A'ictoria parce qu'on était au cœur de l'été et que la forêt avait quatre admirables avenues ombreuses, où les brises secouaient les âpres arômes des grands arbres.
Un matin, la nourrice, qui s'ennuyait de ne pas voir Geneviève, vint jusqu'au château de la Ferté avec l'enfant dans ses bras. Elle venait de faire deux lieues à travers champs. Geneviève fut avertie par la voix de son fils. Elle s'habillait pour le déjeuner. Elle descendit à la hâte et courut embrasser l'enfant dans la cuisine, toute joyeuse de le voir riant et rose.
Par malheur, elle n'avait pas embrassé deux fois Horatio quand son mari la surprit. Ce fut comme un coup de théâtre, car elle crut une fois
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encore qu'elle était démasquée, mais elle se remit aussitôt.
— N'est-ce pas qu'il est joli, mon filleul?
— Très-joli. Mais venez déjeuner; on va faire déjeuner ici la nourrice et l'enfant.
Horace avait plusieurs fois embrassé Horatio à Marville; mais ce jour-là il ne l'embrassa pas, ce qui fit de la peine à Geneviève qui, en même temps, fut offensée par ces paroles : « On va faire déjeuner ici la nourrice et l'enfant. »
— Pauvre Horatio! pensa-t-elle.
Et après l'avoir encore embrassé, elle dit tout haut :
— Je suis sûr que M""^ de la Ferté serait charmée de le voir.
— Ma foil non, dit. Horace; c'est tout au plus si ma tante aimera mes enfants.
Geneviève suivit tristement Horace dans la salle à manger. Elle semblait avoir perdu l'appétit !
— Eh bien! lui dit-il au bout de quelques minutes, cette visite vous a donc coupé l'appétit ?
— Je n'avais pas faim, répondit-elle. Que voulez-vous, je m'étais habitué3 à jouer avec cet enfant, il me semble qu'il aura du chagrin pour avoir été si mal reçu.
— Allons donc, ma chère amie, il aime bien mieux un bonbon qu'un baiser.
— Horace donna l'ordre au valet de chambre de porter à l'enfant des macarons qui étaient sur la table.
— Oh ! j'y vais moi-même, dit Geneviève comme entraînée malgré elle.
Elle prit l'assiette de macarons et courut à la cuisine. C'était pour embrasser encore Horatio.
Quand elle reparut, Horace lui dit avec une pointe de mécontentement :
— Voyons, ma chère Martha, il faut garder votre amour pour vos enfants à vous.
— Vous avez raison, dit Geneviève, mais si je n'en avais pas!
— Eh bien! je suppose que vous n'adopteriez pas celui-ci?
Geneviève fit semblant de no plus penser à l'enfant ; mais comme elle fut triste quand il lui fallut, au sortir de table, monter en voiture pour faire une visite au château voisin ! Elle se risqua pourtant encore à embrasser une dernière fois Horatio, pendant qu'Horace était allé chercher ses çrants.
— Ne revenez pas, j'irai vous voir, dit-elle à la nourrice.
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Aussi quelques jours après, elle demanda à Horace la permission d'aller causer un peu avec la fermière d'Ormoy.
— Je te conduirai chez elle, dit Horace.
— J'aimerais mieux y aller seule, parce qu'il y a si longtemps que je n'ai passé une après-midi avec cette brave Elisabeth! Quand elle vient ici, elle n'ose plus me parler. Ce sera une fête pour elle de m'avoir pendant trois ou quatre heures.
— Eh bien ! ma chère amie, prends le coupé et vas-y. J'irai sans doute au-devant de toi.
On devine bien que Geneviève ne tenait tant à aller à la ferme d'Ormoy que pour voir son enfant. On fit mettre le cheval à l'écurie; le cocher ne demanda pas mieux que d'aller voir les filles de la ferme faner du foin, pendant que la jeune comtesse, entraînant la fermière, allait de son pied léger jusqu'à Marville où elle s'abandonnait bientôt à toutes ses effusions maternelles.
— Oh! que j'aime cet enfant, dit-elle en portant la main à son cœur, sans s'inquiéter de la présence de quelques commères du voisinage.
Elle l'aimait tant qu'elle oublia l'heure. Aussi, quand elle rentra à la ferme, elle y trouva Horace.
Elle vit bien tout de suite, à sa manière de ma-
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cher son cigare, qu'il l'attendait avec impatience.
— Figure-toi, lui dit-elle en lui prenant doucement la main, qu'à force de nous raconter raille riens, nous nous sommes égarées dans la vallée.
— Est-ce que vous êtes allées à Marville, par hasard !
— Nous sommes allées de ce cùté-là!
Le cocher avait attelé, Geneviève dit adieu à la fermière et monta dans le coupé avec son mari.
Comme ils causaient en route de choses et d'autres, Horace lui dit :
— Est-ce que tu n'as pas envie de venir passer quinze jours à Trouville? on dit qu'il y a tout le high-life parisien; l'air de la mer te ferait du bien.
Geneviève comprit qu'elle était perdue si les filles du demi-monde étaient là-bas.
— Certes non, je ne veux pas aller à Trouville ! Ce n'est qu'une exposition de robes et de chapeaux. Je te ruinerais. D'ailleurs j'aime la mer comme la forêt, dans la solitude. Conduis-moi, si tu veux, à une station abandonnée.
— Il ne faut pourtant pas avoir horreur du monde.
— Toi et moi, c'est l'univers !
Horace appuya Geneviève sur son cœur.
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— Oui, mais à force de vivre en sauvages, nous finirons par ne plus nous aimer.
— Eh bien ! allons à Biarritz par Montpellier.
— Non, puisqu'il est convenu que ma mère viendra ici le mois prochain, et que nous irons passer chez elle trois mois d'hiver.
— Tu t'ennuies déjà ?
— Non, mais nous resterons ici toute la période des chasses. Il ne faut abuser de rien. Je m'étonne que, belle comme tu l'es, tu refuses de montrer ton joli museau dans le monde. Ne crois-tu donc pas que je sois fier de toi?
— Et bien! nous en reparlerons. Tu sais bien que je ferai tout ce que tu voudras.
On était arrivé. Il se passa alors une scène imprévue.
Une des commères qui avaient assisté à l'entrevue de Geneviève et de son enfant attendait, devant le perron, M. de la Ferté pour lui offrir des rhododendrons et des magnolias à mettre dans la petite Provence du château. C'était un endroit abrité, le seul où les plantes délicates eussent droit d'asile.
Quand Geneviève descendit du coupé, cette bonne femme lui dit de sa voix de stentor :
— Eh bien! « mame » la comtesse, j'espère que
VOUS vous en êtes douné du plaisir tout à l'heure?
'Horace s'arrêta court, ne comprenant pas.
Geneviève voulut passer outre, comme si elle n'avait pas entendu.
— Ah! par ma foi! continua la commère, vous avez là un joli marmot ! c'est la passion de tout le village.
Horace comprit que sa femme avait été à Marville. n lui fut fort désagréable d'entendre dire : « Votre marmot, » non pas qu'il eût le moindre doute sur l'état civil de l'enfant, mais enfin il trouvait Geneviève quelque peu ridicule dans son adoration pour son filleul.
— Oui, oui, ajouta la paj'sanne, ce petit Horatio est la coqueluche de Marville.
' — Horatio! dit Horace en regardant Geneviève?
— Pourquoi pas ! Ne suis-je pas sa marraine? Geneviève dit cela si naturellement que sou
mari fut désarmé.
Mais à peine furent-ils dans l'antichambre qu'il lui dit froidement :
— Martha, tu enverras, si tu veux, mille francs à ton filleul, mais je ne veux plus en entendre parler.
moA^EmOlSÈLLK THÊO^ULE ■ Ci-devant Cuisinière, future Châtelaine.
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— Ah ! dit Geneviève en dévorant ses larmes, pourrai-je vivre" si je ne vois plus cet enfant!