II. regardait la jeune femme jusqu'au fond de l'âme
■ — Si c'était Geneviève d'Or?
La visite ne pouvait pas durer longtemps en plein boulevard Malesherbes.
— J'espère, dit la jeune femme à son beaufrère, que vous finirez par m'envoyer une lettre de faire part?
— Je vous croyais en Italie. Geneviève a dû vous écrire?
— Non, elle ne m'a pas écrit, parce que noivs sommes brouillées.
— Comment, s'écria Max, deux sœurs si belles n'ont pas pu vivre sous le même toit?
— Non, mais c'est ma faute, c'est ma faute, c'est ma très-grande faute. Geneviève est un ange et il parait que je ne suis qu'un démon. Adieu monsieur mon beau-frère, dites à Geneviève que je l'aime toujours. Je demeure là-bas, au n'' 50, tout près de l'église ; si elle ne veut pas venir chez moi, qu'elle vienne à Saint-Augustin, nous nous embrasserons devant Dieu et devant les hommes.
Martha accompagna ces derniers mots d'un beau sourire. Elle salua de son éventail. Les chevaux repartirent bruyamment.
Horace ne savait plus que penser.
d'une fille du monde. 331
— Eh bien ! vas-tu rester là planté comme un arbre du boulevard? lui demanda Max.
— Non, mais je voudrais bien continuer la conversation. Ne pourrais-tu pas retourner chez elle ce soir?
— Je vais à Versailles, mais tu iras bien tout seul. Adieu!
— Encore un mot! Est-ce que cette belle créature était à Paris l'hiver de ton premier duel?
— Je n'en sais rien, je ne l'ai connue qu'à son retour d'Italie.
— Tu n'as jamais soupe chez M'^" Vingtans?
— Non, je ne pratique que les femmes du théâtre.
On se salua et on se sépara. Horace pensait que tout cela était bien étrange. Il avait été frappé de la ressemblance des deux soeurs. Pourquoi accuser l'une plutôt que l'autre? Il se demanda s'il eût autant aimé celle-ci que celle-là.
Il lui paraissait plus naturel que la marquise Sforza, — qui semblait faite pour les grandes aventures, qui était partie sans fortune en Italie et qui était revenue marquise en France, qui avait l'air de rire de tout, même de Dieu, puisqu'elle avait parlé de l'église en riant — eût joué le rôle de Geneviève d'Or plutôt que sa sœur qu'il avait
332 HISTOIRE ÉTRANGK
vue d'abord jeune fille virginale à Ormov et qu'il avait retrouvée telle deux ans après. Mais pourquoi lui avait-elle dit qu'elle s'appelait Martlia?
Mais l'enfant! Autre mystère! Il résolut d'aller frapper le soir à la porte de la marquise. Oseraitil l'interroger? Et puis n'était-ce pas offenser à tout jamais sa femme?
Il regarda à sa montre et marcha rapidement vers le Grand-Hùtel, non pas qu'il voulût pardonner à Geneviève, mais enfin il espérait adoucir le coup porté. L'amour plaidait la cause de sa femme dans son cœur. « Pauvre Geneviève, ditil, si je m'étais trompé ! »
Quand il arriva au Grand-Hôtel, Geneviève venait de partir. Il sauta dans une voiture qui sortait de la cour et donna un louis au cocher.
Au chemin de fer, il se précipita sans prendre de billet dans les salles d'attente jusque sur la voie, sans écouter les contrôleurs. Et comme il cherchait du regard dans les compartiments des premières, le coup de sifflet se fit entendre.
Geneviève était partie.
Une tète de femme qui semblait regarder en arrière le frappa par sa pâleur Etait-ce sa femme?
Il agita son mouclioir en signe d'amour — ou en signe d'adieu!