XII INTRODUCTION
ment les hommes de la Plaine, venus, pour la plupart, de leurs départements avec rillusion que la nouvelle Chambre serait unie dans un sentiment commun de patriotisme, pleins d'admiration pour Téloquence de Vergniaud et de ses amis, et mal impressionnés par l'attitude tapageuse de l'extrême gauche. Mais les Girondins manquaient autant de sens politique que d'énergie. Ils ne virent pas qu'une majorité ne se forme et ne se maintient au profit d'un parti, qu'à la condition que les chefs de ce parti aient d'abord arrêté un programme et en poursuivent ensuite fermement l'application. En conséquence, ils n'appelèrent pas la Convention à se prononcer sur un plan de conduite, sur un ensemble de doctrines opposées à celles des Jacobins, et, d'autre part, ils ne lirent preuve d'aucune initiative, ne soutinrent pas ceux des modérés qui, de temps à autre, déposaient une proposition vigoureuse et se contentèrent de succès de tribune. Pendant que les Girondins gardaient ainsi la défensive, les Jacobins prenaient, au contraire, une offensive constante, qui ne tarda pas à entraîner les membres de la Plaine, d'autant plus que ceux-ci s'aperçurent vite qu'entre les conceptions des deux factions rivales, il existait dans le fond bien peu de différence, qu'elles étaient Tune et l'autre révolutionnaires, et que les Girondins étaient plutôt choqués de la brutalité des procédés recommandés et du langage tenu par les Montagnards, que révoltés de l'injustice de leurs projets.
Dès le Dix août, il s'était élevé une autorité rivale de celle de la représentation nationale : nous voulons parler de la Commune de Paris. Lorsque la Convention fut réunie, les périls que les entreprises de la Commune lui faisaient courir furent signalés avec courage par le ministre Roland et par le député Buzot. Mais, les Girondins n'osèrent prendre des mesures, ni contre la Commune, ni contre les sections parisiennes. Eux qui pourtant connaissaient la puissance des clubs, ils n'osèrent pas davan-
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tagc sévir contre la domination exercée par le club des Jacobins.
Ils crurent que le procès du roi leur oll'rait une occasion de regagner de la popularité et, dans ce but, ils se placèrent au premier rang des accusateurs du malheureux Louis XVI. Ils le condamnèrent à mort pour avoir trahi la patrie, mais ils auraient voulu que cette condamnation ne fût pas mise il exécution et qu'il y eût appel au peuple, lequel se serait vraisemblablement prononcé pour une peine moins rigoureuse. Cette tactique déloyale et malhabile échoua. L'appel au peuple fut repoussé, Louis XVI guillotiné et la conséquence en fut, ainsi que les (Girondins l'avaient annoncé au cours du procès du roi, que trois puissances s<' joignirent à celles qui étaient déjà nos ennemies : l'Angleterre, la Hollande et l'Espagne.
Dans les conditions où elle fut votée, la mort du roi fut un succès considérable pour les Jacobins, et ils en profilèrent pour accuser les Girondins d'être de faux ijatrioles, d'avoir voulu sauver les jours du tyran. En outre, comme les Girondins protestaient souvent contre les injonctions de la populace parisienne, les Jacobins prétendirent qu'ils aspiraient à l'établissement du fédéralisme. Chaquejourle fossé se creusa plus profond entre les deux extrémités de la Convention, mais ia Gironde se borna à discourir pendant que la Montagne agissait.
Lorsqu'au printemps de 1793, on commença dans les clubs à réclamer les têtes des principaux orateurs Girondins, le sentiment du danger qui les menaçait ne parvint même pas à leur inspirer des résolutions viriles et, les voyant si faibles, une parlie delà Plaine s'éloigna d'eux. Au mois de mai, la population saine de Paris, effrayée des sinistres visées des Jacobins, sut un instant se rendre maitresse des sections. C'était le moment ou jamais pour les Girondins de déjouer les projets de leurs adversaires, et ils le pouvaient, [car ils disposaient encore de la majorité dans
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la Convention. Mais ils ne prirent que des dispositions inefficaces et les journées des 31 mai et 2 juin marquèrent à la fois leur anéantissement et le triomphe de la démagogie. Jamais parti ne compta plus d'hommes brillants par la parole et moins d'hommes d'action.
La lutte ardente qui se poursuivait entre les groupes parlementaires pour s'emparer de la direction des affaires publiques, n'empêcha pas les Conventionnels de se trouver d'accord quand ils eurent à légiférer, soit en matière de finances, soit en toute autre matière. Cet accord ne se comprendrait pas, si l'on ne se rappelait que la Convention n'eut point, ainsi que nous l'avons dit, à opter entre deux programmes opposés : celui des Girondins et celui des Jacobins. En somme, les députés, à quelque parti qu'ils appartinssent, pensaient de même sur presque tous les points eu dehors de la politique pure.
C'est ainsi que convaincus de la nécessité d'opposer a l'ennemi le plus grand nombre possible d'hommes, ils rivalisèrent entre eux de zèle pour décréter de très importantes levées de volontaires, et pour accorder toutes h^s sonmies qui leur furent demandées pour les besoins des armées. Rien de mieux; mais il eût* été sage d'exiger des justifications préalables, et de veiller à l'utile emploi des crédits. Il ne suflit pas en effet de dépenser; il faut éviter le gaspillage des deniers publics : c'est un souci que n'eurent pas les Conventionnels.
Bien plus, ils se prêtèrent, par l'aiblesse envers les adeptes du jacobinisme, à la désorganisation de l'administration militaire, quoiqu'elle fût appelée à jouer un rôle d'autant plus considérable que la France avait plusieurs centaines de mille hommes à entretenir et à armer. Cette administration était depuis longtemps très fortement constituée, elle fonctionnait avec régularité, et au début de la campagne elle avait pourvu les troupes de tout ce qui leur avait été nécessaire. Mais à peine la monarchie a,vait-ello