INTRODUCTION \ V
été renversée, que de prétendus patriotes, taisant parade de leurs opinions révolutionnaires et forts de la protection des clubs et de la Commune, avaient commencé à envahir les bureaux du ministère de la Guerre. Bientôt ils y devinrent les maîtres et en expulsèrent les commis au courant de la besogne qu'ils avaient à accomplir. Alors, grâce à la connivence ou à lincapacité du ministre Pache, non seulement des marchés furent passés dans des conditions scandaleuses, attendu que ceux qui les souscrivaient nolTraient aucune garantie de bonne exécution, mais les principaux services, ceux des vivres, de l'habillement, des transports, etc., furent bouleversés et livrés à l'avidité de compagnies de fournisseurs inexpérimentés.
Les généraux se plaignirent, et les divers commissaires envoyés par la Convention soit à l'armée de Belgique, soit aux armées des Pyrénées ou des Alpes, reconnurent la gravité du mal. D'après leur témoignage, les soldats n'étaient ni vêtus, ni nourris, les hôpitaux présentaient le spectacle le plus lamentable, la cavalerie manquait de fourrage, et il était souvent impossible d'atteler les canons. Ainsi avertie du dénùment dont souffraient les défenseurs de la patrie, la Convention avait son devoir tout tracé : c'était de chasser les voleurs et de rétablir l'ancienne administration. Mais la Montagne s'y opposa, sous le prétexte que les agents qui la composaient étaient gangrenés de royalisme et de modérantisme. En vain les Girondins multiplièrent les attaques contre Pache qui, k leurs yeux, joignait au tort d'être un mauvais administrateur, celui d'avoir trahi leur parti depuis qu'il était parvenu au pouvoir. Us n'obtinrent son renvoi qu'au bout de plusieurs mois, lorsque les Jacobins trouvèrent expédient, en vue de leurs plans secrets, de le faire parvenir à la mairie de Paris, et son départ ne mit d'ailleurs pas fin aux désordres et aux malversations.
L'àpreté déployée par les .lacobins pour s'emparer des
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places gouvernementales ne fut pas moindre dans les autres administrations publiques, notamment dans celle des finances. Les modérés, en adoptant des lois qui imposaient à tous les fonctionnaires l'obligation de se munir de certificats de civisme, donnèrent sottement aux « frères et amis » le moyen d'évincer les anciens titulaires. Des fonctions qui, pour être bien remplies, eussent exigé des connaissances spéciales, furent occupées par des hommes dont le seul titre était d'être ou de se dire sans-culottes. L'État en souffrit, mais les députés de toute nuance trouvaient naturel que seuls les partisans les plus bruyants de la Révolution fussent appelés à la servir.
De même ils considéraient tous comme un mal irrémédiable le défaut de paiement des impôts. En vain, Clavière les avertit par des mémoires du 5 octobre et du 8 novembre 1792, puis par un autre du 25 février 1793, que le retard dans l'acquittement des contributions allait en s'aggravant ; en vain Cambon et d'autres rapporteurs confirmèrent le même renseignement : les Conventionnels ne firent aucune tentative pour réagir contre la résistance passive des contribuables. De même, ils furent unanimes pour accroître notablement les dépenses et voter de gros crédits, tantôt pour un motif, tantôt pour un autre. Il en résulta que le déficit mensuel prit des proportions inconnues jusqu'alors. Dans les trois derniers mois de 1792 il s'éleva à 116, à 83 et à le.j millions. Pour les trois premiers mois de 179.3, il fut de 137, 198 et 233 millions. Enfin, il atteignit 256 millions en avril et 355 en mai. Mais ce déficit total de plus de 1,500 millions en huit mois leur sembla chose négligeable, parce qu'ils y faisaient face avec le papier-monnaie.
Ils siégeaient depuis un mois à peine qu'ils décrétaient, le 24 octobre 1792, une création de 400 millions d'assignats ; puis, le 1" février 1793, ils autorisaient une nouvelle création de 800 millions d'assignats; trois mois suffirent à