‹ Histoire financière de la Législative et de la ConventionChapitre 13 sur 77 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

lets avait amené un renchérissement général de tous les objets nécessaires à la vie. Les salaires néanmoins n'avaient que peu aug-menté, parce que l'industrie et le commerce subissaient une crise terrible, et qu'en temps de crise une hausse dans le prix de la main-d'œuvre ne se produit guère. La misère sévissait donc parmi la population, et ce qui rendait sa situation encore plus pénible, c'est que, dans une foule de localités, mais surtout dans les départements méridionaux, les subsistances étaient très rares. En effet, la récolte n'avait pas été bonne dans le midi, et comme la circulation des céréales était partout entravée par des violences populaires, comme les routes, mal entretenues depuis plusieurs années, étaient devenues en maints endroits impraticables, ce qui rendait les transports très lents et très onéreux, comme l'administration militaire achetait à n'importe quel prix des quantités énormes de blé pour les besoins des armées, comme enfin les cultivateurs aimaient mieux garder leurs grains que de les vendre contre des billets nationaux dont la valeur allait toujours en diminuant et que, par suite, ils n'approvisionnaient plus tes marchés que d'une façon insuffisante, des craintes de famine se répandirent de tous les côtés. De nombreusesémeutes éclatèrent à l'occasion des subsistances, les journaux et les clubs révolutionnaires accusèrent les riches de vouloir faire mourir le peuple de faim elles Conventionnels, afin de prévenir de graves désordres, afin aussi de témoigner leur dévouement à la classe pauvre, furent, pour ainsi dire, contraints, au risque d'augmenter et de déprécier encore la circulation du papier, d'allouer au ministre de l'Intérieur et à de nombreuses villes ainsi qu'à plusieurs départements, des sommes importantes en vue d'achats de grains à contracter, tant à l'étranger qu'à l'intérieur de la République.

Ces dépenses venant s'ajoutera celles qu'occasionnaieni la guerre extérieure et l'insurrection de la Vendée, l'atten—

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lion des Conventionnels se perla forcément vers les moyens (le procurer un supplément de gage aux assignats, cette unique ressource de lÉlat. 11 y en eut un qui la séduisit tout dabord : ce fut dexploiler le succès de nos armées, en frappant de fortes contributions les villes ennemies où elles pénétreraient, en forçant les peuples qui nous accueilleraient comme des libérateurs, à recevoir notre papier national, en confisquant chez eux les domaines de la couronne, de lÉglise et des établissements publics, enfin, en procédant à des annexions là où elles seraient possibles, annexions qui nous vaudraient de nouvelles confiscations et qui étendraient le champ de la circulation des assignats.

Par application de ce système, Custine elles autres généraux qui envahirent les États de l'Allemagne reçurent l'ordre d'y lever des contributions ; une loi du 15 décembre 1792, contraire aux idées de Dumouriez, qui avait promis aux Belges de les traiter en amis et alliés de la France, attribua à la République les biens de l'ancien gouvernement autrichien, de ses partisans et des communautés laïques et ecclésiastiques, donna on Belgique cours forcé à nos assignats, et ordonna l'envoi dans ce pays de commissions chargées de le révolutionner et de susciter un mouvement annexionniste ; en même temps, prenant acte du vœu des populations, la Convention incorpora au territoire de la République la Savoie et le Comté de Nice. C'était désavouer les principes de désintéressement proclamés par la Constituante et par la Législative, lesquelles avaient solennellement déclaré que la France répudiait tout projet de conquête ; c'était, en outre, alarmer l'Europe. Mais la Convention alla plus loin; elle applaudit unanimement au langage de Danton, lorsque celui-ci émit, dans un discours du 13 janvier 1793, la théorie de nos frontières naturelles et soutint qu'aucune puissance au monde ne nous empêcherait de les étendre jusfiuau Rhin et aux Alpes.

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