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Lacretelle, Dix années d'épreuves

2. Corvesp. des amhass. véfiitiens, I, 343. — Dépêche du 10 octobre. — Le roi et la reioe blâmaient, on le sait, l'émigration qui, à leurs yeux, avait le double tort de diminuer en France le nombre de leurs partisans et de grossir celui des Français qui, à l'extérieur, suivaient la politique de Monsieur et du comte d'Artois. On lit, à ce sujet, dans une

DE LA LKGlSr.ATIVIi KT UL LA C.O.W E.MIO.N 21

Les (lépulés étaient indignés de la violence du mouvement d'émigration. Ce mouvement, il est vrai, avait l'avantage de les débarrasser d'adversaires irréconciliables du nouvel ordre de choses; mais il appauvrissait le pays par la sortie du numéraire que les émigrés emportaient avec eux, et surtout il renforçait les rassemblements armés que les princes avaient commencé à former dans la vallée du lihin. Ils jugèrent donc qu'il y avait des mesures à prendre contre les émigrés et la discussion sur ces mesures s'ouvrit le 20 octobre.

Elle se poursuivit pendant plusieurs séances, et dès le début plusieurs orateurs du parti jacobin émirent l'avis que, pour protéger la patrie contre les attaques des émigrés, pour attacher de plus en plus les habitants des campagnes à la constitution, il était juste de prononcer la confiscation des biens contre tout Français qui porterait les armes contre son pays. Cette idée n'était pas nouvelle et, depuis quelques mois, les journaux révolutionnaires l'avaient soutenue avec ardeur. Rangeant dans une catégorie à part les émigrés qui n'avaient fui à l'étranger que par crainte des troubles, par haine des réformes accomplies ou à accom-

lettre adressée le 31 octobre 1791 par Marie-Antoinette au comte de Ferseï) : « Nou^ gémissons depuis longtemps du nombre des émigrants ; nous en sentons l'inconvénient tant pour l'intérieur du royaume que pour les prince? eux-mêmes. Ce qui est alTreux, c'est la manière dont ou trompe et a trompé tous ces honn'-tes gens, à qui il ne re.-;tera bientôt que la ressource de la rage et du désespoir. Ceu.v qui ont eu assez de confiance en nous pour nous consulter nnt été arrêtés, ou du moins s'ils ont cru de leur honneur de partir, nous leur avons dit la vérité. Mais f|ue voulez-vous? Le ton et la manie est, pour ne pas faire nos volontés, de dire que nous ne sommes pas libres (ce qui est bien vrai), mais que. par conséquent, nous ne pouvons pas dire ce que nous pensons et qu'il faut agir ;'i l'inverse. » Dans cette môme lettre, la reine déplore < le danirer et l'e-xtravagance » du projet qu'ont les princes d'attaquer la France Fersen, Correap., 1, 207;. Précédemment, la reine avait écrit à l'Empereur : " Les émigrants rentrant en France en armes, tout est perdu. Il serait impossible de persuader que nous ne sommes pas d'accord avec eux. L'existence d'une armée d'éuiigrants sur la frontière suffit pour entretenir le feu et fournir un aliment aux accusations contre nous. In congrès faciliterait les moyens de les contenir. » (Ernest Daudet, Colilfntz, 113.)

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plir, ils admettaient qu'on pût les considérer comme innocents; mais, en ce qui concernait les autres, ils avaient affirmé qu'ils étaient des criminels et que la nation avait le droit de les punir, afin de se mettre à l'abri des attentats qu'ils préparaient contre elle. Or, un des moyens les plus efficaces de les châtier ne consistait-il pas à les dépouiller de leurs biens-fonds, qui viendraient ainsi augmenter la masse des domaines nationaux déjà possédés par TÉtat? Ces arguments avaient fait leur chemin, et ce fut en vain qu'au cours de la discussion, certains députés demandèrent que la loi en préparation se bornât à frapper d'une triple taxe foncière les immeubles appartenant à des émigrés, ou à placer leurs immeubles sous séquestre jusqu'à l'époque de leur retour. La Chambre ne voulut pas toutefois prononcer le mot de confiscation, et elle vota, le 9 novembre, un décret portant que les Français rassemblés en dehors des frontières étaient, dés à présent, déclarés suspects de conjuration contre la patrie; qu'ils avaient jusqu'au 1'^'' janvier 1792 pour se disperser; que, passé ce délai et faute de ce faire, ils seraient déclarés coupables et punis de mort; a que leurs revenus seraient, pendant leur vie, perçus au profit de la nation, sans préjudice des droits des femmes, enfants et créanciers » ; et que tous les fonctionnaires publics ayant quitté le royaume, ou n'y étant pas rentrés depuis le lo septembre 1790, étaient déchus de leurs places et traitements. Cette loi était rigoureuse et d'une application arbitraire, car comment distinguer parmi les milliers de Français, dont la conduite en pays étranger était inconnue, ceux qui faisaient partie de groupements armés et ceux qui se tenaient à l'écart de semblables groupements ? En fait, tous les émigrés étaient donc exposés à tomber sous le coup des pénalités édictées par le législateur. Aussi Louis XVI se refusa à les sanctionner et il opposa son veto au décret du 9 novembre. Il se crut d'autant plus autorisé à agir ainsi, qu'il avait

pris l'initiative, dans une proclamation datée du l 'i octobre, de blâmer en termes sévères l'émigration et d'inviter « tons les Français que l'esprit de parti avait poussés à abandonner leur patrie, à revenir dans son sein. » A la même date, il avait adressé aux officiers généraux et aux commandants des ports une circulaire où il engageait avec instance ces officiers « à rester fidèlement à leur poste, à ne pas se séparer de leur roi, et à ne pas désespérer du salut public. » Il avait même écrit à ses frères, leur ordonnant de venir le rejoindre et leur disant: « Si les nouvelles lois exigent des changements, j'attendrai que le temps et la réflexion les sollicitent; je suis déterminé à n'en provoquer et à n'en souffrir aucun, par des moyens contraires à la tranquillité publique et à la loi que j'ai acceptée '. »

Malheureusement le langage de Louis XVI, si sage et si net qu'il fût, n'avait exercé aucune action sur les résolutions de ses frères et sur celles des gentilshommes qui con-

1. C'est sur les conseil? de Montmorin. de ^loloville et des antres ministres, que Louis XVI leur avait prescrit de rédiger et avait signé ces différentes pièces. « Il fallait emploj'er tous les uieyens d'augmenter la popularité du roi. Le plus efficace et le plus utile de tous dans ce moment, était de rappeler les émigrés. Leur retour, généralement désiré, aurait fait revivre en France le parti royaliste, que l'émigration avait entièrement désorganisé. Ce parti, fortifié par le discrédit de l'Assemblée et recruté par de nombreux déserteurs du parti constitutionnel et par tous les mécontents, serait devenu bientôt assez puissant pour rendre décisive en fnveur du roi l'explosion plus ou moins prochaine à laquelle il fallait s'attendre. » (Bertrand de .Molcville, Hist. de la liécol., VI. 42 . — Dans un m^'uioire, en date du Itj novembre, rédigé par Louis XVI pour le baron de Breteuil, son représentant à l'étranger, on retrouve l'expression des mêmes sentiments : « Toute la politique doit se réduire à écarter les idées d invasion ([ue les émigrés pourraient tenter par eux-mêmes.... l'n congre?! atteindrait le but désiré, il pourrait contenir les émigrés et effrayer les factieux.... Le roi ne peut ni ne doit revenir par lui-même sur ce qui a été fait. Il faut que la majorité de la nation le désire ou qu'il y soit forcé par les circonstances et, dans ce cas, il faut qu'il acquière confiance et popularité en agissant dans le sens de la constituliou, en la faisant exécuter littéralement, surtout '-u écartant les inquiétudes rpie donnent les émigrés. S'ils font une irruption sans des forces majeures, ils perdront la France et le roi. » Le coml<- il<' Ferseii ri In coin- de France, I, 231. 232.)

linuaient journellement de passer la frontière. En conséquence, lorsque les ministres vinrent annoncer à la Chambre, le 14 novembre, que le roi refusait sa sanction au décret sur les émigrés, et qu'ils essaj'èrent de donner lecture d'une nouvelle proclamation royale contre Témigration, les députés refusèrent de les entendre, le président fut sommé de leur retirer la parole^, et il ne resta aux ministres d'autre parti à prendre, que de faire paraître dans les journaux la proclamation du roi, ainsi que deux lettres par lui écrites le 11 novembre à Monsieur et au comte d'Artois pour les prier, « la révolution étant finie, la constitution achevée », de revenir auprès de lui. Quelques jours plus tard, ces deux princes répondirent à Louis XVI que ses ordres n'étant pas « l'expression libre de sa volonté », ils ne s'y conformeraient pas, et la presse jacobine l'accusa de trahison en affichant des sentiments constitutionnels qui étaient loin d'être les siens. De leur côté, les clubs cherchèrent à exciter un soulèvement populaire en prétextant que le veto était la preuve de la complicité du roi avec les émigrés. Mais la nouvelle assemblée, dont les délibérations étaient aussi vides que tumultueuses, n'avait encore acquis sur l'opinion aucun ascendant, et le peuple vit sans regret le roi se refuser à approuver un de ses décrets \

A la question de l'émigration se rattachait celle des relations de la France avec les puissances étrangères. Tout en poursuivant des buts opposés, les journaux révolutionnaires et les feuilles royalistes étaient d'accord pour les représenter comme détestables et sur le point d'aboutir ;i une rupture ouverte. Les premiers en concluaient que les

1. Corresp. des Ambass. vénit., 3157. Lettre du 14 uov. — L'Assemblée reçut loutelois un certain nombre de protestations et d'adresses contre li^ refus de sanction de la loi sur les émigrés. Plusieurs de ces adresses font remarquer qu'en usant de son droit de veto, Louis XVI a du moins montré qu'il jouit de sa pleine liberté, et que les aristocrates ne pour ront plus prétendre qu'en ratifiant les lois, il agit contraint et forcé

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citoyens ne devaient avoir confiance que dans la vigilance et la fermeté de leurs représentants; les secondes, que l'espoir des émigrés détro soutenus par les armées d'une nation européenne étail à la veille de se réaliser. M. de Montniorin, miiiistr»' des Affaires étrangères, s'efforça, dans une communication qu'il fit à la Chambre le 31 octobre, de remettre les choses au point. Il ne cacha pas que la grande majorité des cabinets avait « accueilli très froidement launonce officielle qui leur avait été adressée de l'acceptation de la constitution par le roi », mais il ajouta que cette acceptation ne leur enlevait pas moins tout prétexte de s'immiscer dans les affaires intérieures du royaume, et qu'aucune cour n'était disposée à le faire*. Relativement aux émigrés, il observa que leurs rassemblements étaient mal armés et qu'ils étaient beaucoup moins nombreux qu'on ne le disait et qu'ils cherchaient à le faire croire. Mais il eut le courage de déclarer qu'il existait partout « une extrême défiance à l'égard de la France », défiance qui avait pour origine la propagande des principes révolutionnaires. « Les rapports des nations supposent, dit-il, des égards et un respect mutuels pour leurs différentes

formes de gouvernement On nous accuse de chercher à

soulever les peuples contre les autorités qui les gouvernent, .le sais que ces accusations sont injustes, si on les fait porter sur la nation et le gouvernement ; mais il n'est que trop vrai que des individus, même des sociétés, ont cherché à établir, dans cette vue, des correspondances chez

1. Cette affirmation de Montiiiorin était parfaitement conforme à la vérité. La déclaration de Piinitz du 27 août i7'Jl n'avait que la portée d'une démonstration platonique en faveur du rétablissement de l'ordre et de la monarchie en France, et si l'on excepte le roi de Suède et le roi d'Espagne, plein? de bonne volonté, mais impuissants, les autres souverains, spécialement l'empereur Léopold et l'impératrice Catherine, étaient bien décidés à ne rien entreprendre contre nous. La déchéance de la France leur paraissait en quchpio sorte un fait accompli, dont l'Autriche et la Russie sauraient tirer un jour de notables profits. (Voir Albert Sorel, L'Europe et la Ih'-volulion /'ranraisr, t. ] .

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des peuples voisins de nos frontières; il n'est que trop vrai que presque tous les princes et presque tous les gouvernements de l'Europe sont périodiquement insultés dans les journaux incendiaires. Croyez que ces journaux et ces libelles rendent odieux le nom français dans les pays étrangers. Si la France se maintenait dans une position qui serait regardée comme injurieuse par la plus grande partie des puissances de l'Europe, il serait impossible de ne pas prévoir des malheurs, et pour nos relations commerciales, et même pour notre tranquillité. » En terminant, Montmorin exprima son espoir dans le maintien de la paix et engagea les députés à la consolider par la sagesse de leurs décrets ^

S'ils n'avaient consulté que l'intérêt du pays, le maintien de la paix eût assurément été le but vers lequel aurait tendu leur politique. Tout leur en faisait une loi : l'état de pénurie du Trésor, que la rentrée des contributions n'alimentait plus que d'une façon très insuffisante depuis le début de la Révolution; la désorganisation de l'armée et de la marine, amenée par ladésertiondes officiers et par l'indiscipline des soldats et des marins ; la perte de tout crédit, due au déficit trop connu des recettes ordinaires sur les dépenses de même nature ; la crise monétaire, que la mise en circulation d'un milliard et demi d'assignats avait aggravée encore plus que les exportations de numéraire faites par les émigrés; le ralentissement du commerce et de l'industrie, imputable à la diminution que les désordres des trois dernières années et les réformes brusquement introduites par la Constituante avaient fait subir à toutes les fortunes ; l'indécision qui ré-

1. Il aunonça, en outre, que le roi, auquel il avait offert sa démisîiion dès le mois d'avril, venait enfin de l'accepter. M. de Lessart fut, par intérim, chargé de son portefeuille et il le remplaça drlinitivement vers la fin de novembre au ministère des Affaires étrangères. M. Catiier de Gerville, ancien avocat au Parlement, succéda à M. de Lessart au ministère de l'Intérieur. Cahier de Gerville était un fervent constitutionnel.

gnait dans toutes les branches de radniinistration, par suite de l'inexpérience, de la timidité ou du mauvais vouloir des autorités départementales et communales ; le besoin de repos qu'éprouvait la majorité de la population, après tant et de si violentes agitations; entin, la quasi certitude d'une vaste coalition des cours de l'Europe contre la France, si celle-ci se lançait dans une guerre qui semblerait menacer tous les trônes. Mais les hommes de parti, égarés par leurs passions, l'ont bon marché de l'intérêt général, et les plus honnêtes d'entre eux, l'idenliliant avec celui de leur secte, croient le servir, alors qu'ils ne poursuivent que la satisfaction d'ambitions ou de rancunes personnelles. Ainsi s'explique l'atlitude prise par les Clirondins dans la question de paix ou de guerre.

Pour eux, le seul point important était d'assurer le triomphe de la Révolution', et tout était subordonné à l'obtention de ce résultai. Or le roi et la reine n'avaient pas été sincères, à leur avis, en acceptant la constitution ; ils s'y étaient ralliés avec le secret désir de la détruire, grâce au concours des émigrés et des puissances étrangères. C'est ce qu'il fallait empêcher, et pour cela il était nécessaire que la France déclarât la guerre aux princes qui affichaient le plus d'hostilité à l'égard de la Révolution française. La duplicité du roi éclaterait alors, s'il se refusait à prendre les mesures que comportait cette grave détermination, et le parti politique

1. L'n an plus tard, lorsque la l{t''publif|uc eut été proclauiéo, ils pivtendirent avoir poussé à la guerre, alin d'amener la chute de la '.nouiirchie. " C'était l'abolition de la royauté que j'avais en vue en faisant déclarer la guerre », écrivit Brissot dans une brochure qu'il publia au mois d'octobre 1192, sous ce titre : A tous les rèjiuhlicains de France, sur la Société i/es .Inrohins île Paris. lirissot nous parait prêter à son parti des intentions qui n'étaient pas les siennes une année auparavant. Nous croyons que Lafayetle est, au contraire, dans le vrai, quand il dit dans ses Mémoires (t. 111, 299} que la politique belliqueuse des Girondins, à la lin de 1191. avait pour but de leur fournir une occasion d'atlarpier avec avantage le parti constifutiuunel et « de tendre des pièges au roi, pour manifester sa mauvaise foi et ses liaisons avec les princes émigrés ».

qui réclamerait ces mesures, qui s'érig-erait en défenseur de la patrie et delà liberté, qui encouragerait Télan patriotique sur lequel on pouvait compter d'un bout du royaume à Tautre, le jour où Tennemi menacerait à la fois l'indépendance nationale et les réformes réalisées depuis 17S9, arriverait au pouvoir malgré les vaines résistances de la cour. Il était possible, à la vérité, que celle-ci cherchât son point d'appui dans le parti constitutionnel et persistât à n'appeler au ministère que des Feuillants. Mais les Girondins, connaissant la faiblesse de leur caractère, qui était plus grande encore que la modération de leurs opinions, comptaient sur le concours des Jacobins pour leur rendre le gouvernement impossible et ils espéraient rallier, sans trop de difliculté, ces derniers à une politique belliqueuse. Ils avaient donc démasqué leurs batteries avant même que Montmorin n'eût entretenu la Chambre de la situation diplomatique. Le 20 octobre, Brissot avait prononcé un grand discours, dans lequel il avait relevé « les attentats » contre la dignité de la France commis depuis quelques mois par les cours de Vienne, de Madrid, de Turin, de Stockholm et de Saint-Pétersbourg, la protection dont elles couvraient l'émigration, la haine qu'elles manifestaient pour la constitution. Il avait parlé avec mépris de la plupart des souverains et déclaré qu'aucun d'eux n'était en état de lutter contre un peuple libre, que le temps était venu « d'etTacer l'avilissement, où soit insouciance, soit pusillaminité, on avait plongé la France, de lui donner l'attitude imposante qui convient à une grande nation, delà replacer au rang qu'elle doit occuperparmi les puissances. » Ce discours avait eu un immense succès. A la séance du 23 octobre, Condorcet et Vergniaud avaient également tenu des propos menaçants pour les princes qui continuaient de favoriser les projets des émigrés. A l'instigation des Girondins, la Chambre était, en conséquence, disposée à exiger, même par la force, la dispersion des rassemblements de Coblentz, de Spire et de

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Worms, lorsque le ministre des Affaires étrangères vint l'engager à se montrer prudente, et elle n'écouta pas ce sage conseil.

En elTet, le 8 novembre, un rapporteur du comité de législation lui ayant dit que lo comité était convaincu que les puissances limitrophes, qui permettaient aux émigrés de s'attrouper en armes sur leur territoire, manquaient à leurs devoirs envers la nation française, elle décréta aussitôt et sans discussion que son comité diplomatique aurait à lui proposer les mesures que le roi serait prié de prendre à l'égard de ces puissances. Le rapport du comité diplomatique fut lu à la séance du 22 novembre, et il conclut à ce que le pouvoir exécutif fût invité à agir le plus promptement, et le plus efficacement possible, pour faire cesser les rassemblements, attroupemements et enrôlements des fugitifs français, dans les Cercles du Haut et du Bas-Rhin. La discussion sur ce projet de décret ayant été ajournée, un fougueux Jacobin, le député Basire, fît voter le 25 novembre, la création d'un comité de surveillance dont la mission serait de recueillir toutes les dénonciations et toutes les preuves de nature à établir la réalité des conspirations et des trames dont la France et l'Assemblée étaient environnées; puis, le 29 novembre, à la suite d'une proposition de Daverhoult tendant à ce que les Électeurs de Trêves, de Mayence et l'Évoque de Spire fussent mis en demeure d'avoir à disperser dans un délai de trois semaines les corps d'émigrés, proposition qu'appuya le girondin Isnard dans un discours enflammé', les députés

1. La harangue disnard exerça une influeuce considérable sur l'opinion publique et prépara les esprit? à l'idée d'une prochaine entrée eu campagne. Quelques extraits permettront d'en juger la morgue démocratique et le ton déclamatoire " Le Français est devenu le (leuple le plus marquant de l'univers: il faut que sa conduite réponde à sa nouvelle destinée. Sous Louis XIV, le plus lier des despotes.il lutta avec avantage contre une partie de 1 Kurope; aujourd'hui que ses bras sont déchaînés, craindrait-il l'Europe entière".' Le peuple se couvrirait d'une honte inetiaçable si son premier pas dans la brillante carrière que je

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décrétèrent, à une grande majorité, qu'une députation de 24 membres se rendrait auprès du roi pour appeler son attention sur les dangers qui menaçaient la patrie, pour l'engager à intervenir auprès des princes de l'Empire et « à rassembler les forces nécessaires pour contraindre, par la voie des armes, ces princes à respecter le droit des gens», enfin, pour lui demander d'introduire dans le personnel diplomatique des hommes imbus des doctrines de la Révolution. En outre, on adopta, au milieu des plus vifs applaudissements, une adresse au roi, où on lui tenait ce langage: « Les préparatifs hostiles des émigrés, leurs menaces d'invasion commandent des armements qui absorbent des sommes immenses, que la nation aurait versées avec joie à ses créanciers. C'est à vous. Sire, de les faire cesser. Dites aux puissances étrangères que partout où l'on souffre des préparatifs contre la France, la France ne peut voir que des ennemis. Dites-leur que si des princes d'Allemagne continuent à favoriser des préparatifs dirigés contre les Français, les Français porteront chez eux non pas le fer et la flamme, mais la liberté. C'est à eux à calculer quelles peuvent être les suites du réveil des nations... La nation attend de vous des déclarations énergiques. Qu'elles soient telles que les hordes des émigrés soient à l'instant dispersées. Prescrivez un terme prochain, au delà duquel nulle

vois s'ouvrir devant lui était marqué par la l.iclieté ; je voudrais que ce pas fût tel qu'il étonuàt les nations, leur donnât la plus sublime idée de l'énergie de notre caractère, leur imprimât un long souvenir, consolidât à jamais la Révolution et fit époque dans l'Histoire.... Disons aux ministres que jusqu'ici la nation n'est pas très satisfaite de leurs services, que ce n'est pas en vain qu'ils oseraient se jouer d'un grand peuple, et que par le mot responsabilité nous entendons la mort. Disons au roi qu'il est de son intérêt de défendre de bonne foi la constitution, que sa couronne tient à ia conservation de ce palladium.... Disons à l'Europe que les Français voudraient la paix; mais si on les force à tirer l'épée, ils en jetteront le fourreau bien loin et n'irout le chercher que couronnés du laurier de la victoire.... Disons-lui que des millions de Français embrasés du feu de la liberté, armés du glaive de la raison, de l'éloquence, pourraient seuls, si ou les irrite, changer ia face du monde et faire trembler tous les tyrans sur leur trône. »

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réponse dilatoire ne sera reçue ; que votre déclaration soit appuyée par les mouvements des forces qui vous sont confiées, et que la nation sache quels sont ses amis et ses ennemis. Nous reconnaîtrons à cette éclatante démarche le défenseur de la constitution. » Louis XVI répondit à la députation qu'il prendrait en très grande considération le message de TAssemblée, et donna ainsi à entendre qu'il adresserait aux Électeurs la sommation que celle-ci réclamait.

Les Girondins amenèrent rapidement, on le voit, la Chambre et le Gouvernement à prendre, sur le terrain diplomatique, une attitude qui devait fatalement aboutir à la guerre. Aucun orateur n'osa en dévoiler les dangers et soutenir (jne la pai\ s'imposait à une nation ruinée comme l'était la France, sans argent, sans crédit, dont l'armée et la flotte étaient fort loin d'être prêtes au combat. Les députés constitutionnels et royalistes se bornèrent à dire que les rassemblements d'émigrés, dont on parlait tant, n'étaient pas à craindre, parce qu'ils manquaient d'armes, d'artillerie, de munitions et surtout de soldats, les gentilshommes voulant luus être officiers, mais bien peu parmi eux consentant à porter le fusil. Yergniaud, lui-même, fut forcé d'en convenir, et dans son discours du :2o octobre il fit cet aveu : Les Français réunis à ^Yorms et ailleurs « ne sont point redoutables ; ces factieux sont aussi ridicules qu'insolents ; chaque jour leurs ressources s'épuisent ; les roubles de la fière Catherine et les millions de la Hollande se consument en voyages, en négociations, en préparatifs désordonnés, et ne suffisent pas d'ailleurs au faste des chefs de la rébellion. ))

Mais puisque les agissements des émigrés étaient considérés par Vergniaud comme inodensifs et que les grandes puissances, au dire de Biissol, ne voulaient pas attaquer la France, pourquoi les provoquer? C'est parce quindépendamnient des motifs de politicpie intérieure que nous avons

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indiqués, les Girondins espéraient que la guerre resterait localisée en quelque sorte, et que grâce aux sentiments pacifiques de l'Empereur Léopold et aux lenteurs, aux rivalités de la Diète germanique, elle ne prendrait pas d'autres proportions que celle d'une querelle entre la France et les petits princes de la vallée du Rhin, querelle où la disproportion des forces nous assurait la victoire. Les événements prouvèrent combien ce point de vue était faux ', et il rest"'^'' toujours à leur charge d'avoir été les premiers instigateurs des luttes qui, une fois engagées, se prolongèrent pendant plus de vingt ans et firent couler des flots de sang.

La situation intérieure de la France était pourtant telle qu'elle aurait dû suffire à absorber les préoccupations de la représentation nationale. Presque toutes les provinces étaient en proie à l'agitation religieuse; dans plusieurs, des désordres éclataient, dûs au manque de subsistances ou aux passions politiques ; enfin, le Trésor public, par suite des retards qu'éprouvait la rentrée des impôts, menaçait d'être bientôt vide.

L'Assemblée Constituante, convaincue que sa tâche était d'effectuer des réformes et pleine de défiance vis-à-vis du pouvoir exécutif, ne lui avait, à aucun moment, fourni les moyens d'assurer le maintien de l'ordre. Aussi des troubles

1. Marie-Autoinettte se montra plus perspicace. Le 9 décembre, elle écrivit à Fersen : « Je crois que nous allons déclarer la guerre, uou pas aune puissance C[ui aurait des nioyeos contre nous, mais aux Électeurs et à quelques princes d'Allemagne, dans l'espoir qu'ils ne pourront pas se défendre. Les imbéciles ne voient pas que s'ils font telle chose, c'est pour nous servir, car enfin il faudra bien, si nous cominen(;ons, que toutes les puissances s'en mêlent pour défendre les droits de chacun. Mais il faut qu'elles soient bien convaincues que nous ne faisons ici qu'exécuter la volonté des autres et que, dans ce cas, la meilleure manière de nous servir estde bien nous tomber sur le corps ». {Le comte de Fei'sen et la Cour de France, 1, ■l'\.)

DE LA LKGISLATIVE KT DE LA CONVENTION .'{.'î

(le toute espèce avaient-ils constamment eu lieu, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, et il en lut ainsi jusqu'au ternae de la session de la Constituante'. La Législative lut à peine réunie, qu'elle apprit que la tranijuillité publique continuait d'être troublée.

Depuis le jour où la constitution civile du clergé avait été mise en vigueur, où on avait imposé aux prêtres le serment civique, où l'on avait bouleversé l'organisation ecclésiastique et où l'État avait prétendu imposer aux populations des prêtres assermentés-, les lidèles avaient, en grande majorité, surtout dans les campagnes, senti qu'une atteinte était portée à leur foi, et en maint endroit ils avaient manifesté, par des actes de violence, leur hostilité pour les prêtres jureurs. A la séance du 0 octobre, Gensonné fit un rapport sur les troubles qui, dès cette époque, s'étaient produits en Vehdée, et après avoir signalé « la constance du peuple de ce département dans ses affections religieuses et la confiance illimitée dont jouissent les prêtres auxquels il est habitué », il ajouta : ^' Il est aisé de concevoir avec (juelle activité des prêtres ou égarés ou factieux ont pu mettre à profit ces dispositions du peuple à leur égard. On n'a rien négligé pour échauiïer le zèle, alarmer les consciences, fortifier les caractères faibles, soutenir les caractères décidés. On a donné aux uns des inquiétudes et des remords, on a donné aux autres des espérances de bonheur et de salut. Plusieurs de ces ecclésiastiques sont de bonne toi; ils paraissent fortement pénétrés et des idées qu'ils répandent, et des sentiments qu'ils inspirent. D'autres sont accusés d(; couvrir du voile de la religion des intérêts plus chers à leur coMir: ceux-ci ont une activité politique qui

i. Consulter ii ce sujet noire llisl. fin. de l'Assemblée Constiliuntte. passiin.

1. Sur les considérations d'ordre financier et politique qui déterinin.'-renl la Constituante ù voter la constitution civile du clergé et le serment des prêtres, et sur les conséquences de ces deux mesures, voir op. cit., II. 202 et suiv., 312 et 3:i6.

s'accroît ou se modère suivant les circonstances. » Ce que Gensonné disait du département de la Vendée, était tout aussi vrai de la plupart des autres départements.

Les évêques chassés de leurs sièges pour avoir refusé le serment à la constitution civile, étaient restés en relations avec l'ancien clergé, quoiqu'ils eussent presque tous quitté le royaume pour échapper à la persécution. « Ils jugèrent que si les prêtres non assermentés exerçaient leurs fonctions dans les mêmes églises que les prêtres assermentés, les deux cultes viendraient bientôt à se confondre; que le peuple entendant les mêmes prières, voyant les mêmes cérémonies, cesserait d'établir entre eux une différence assez grande pour s'inquiéter beaucoup de celui des deux qui serait le meilleure « Les évêques élus à leur place et les curés ou vicaires constitutionnels n'étaient-ils pas d'ailleurs, à leurs yeux, des intrus, des schis«natiqaes? Les prélats réfractaires, comme on les appelait, interdirent donc aux prêtres restés dociles à leur voix de célébrer la messe dans les églises paroissiales et les engagèrent à la dire dans d'autres locaux. En outre, ils firent répandre des instructions portant que les paroissiens qui se rallieraient au clergé assermenté commettraient un péclié mortel, que les baptêmes, les mariages célébrés par celui-ci seraient nuls, et que c'était s'exposer aux malédictions du ciel que d'assister aux cérémonies du nouveau culte. Ces excitations, propagées par les prêtres non jureurs et par les catholiques fervents, rendirent très difficile et parfois dangereuse la position des curés constitutionnels. Dans de nombreux villages, même dans les villes, les habitants les chassèrent ou ne leur permirent pas d'accomplir les fonctions ecclésiastiques; en certains cas, la garde nationale, sur la réquisition des autorités, prit leur parti et il en résulta des conflits avec la population. A l'occasion des messes dites

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