Schmidt, Tableaux de la liéuolal. franc., 1, 74 et suiv
exerce sur tout rKinpiro un véritable ministère sans titre
et sans responsabilité, nous ne pouvons nous dissimuler
qu'un pareil établissement dont aucun siècle, aucun pays n'offre encore le scandale, pervertit la morale publique avec
la plus effrayante rapidité Applaudir au meurtre ou le
conseiller ne nous parait offrir aucune diflerence ; calomnier tous les dépositaires de l'autorité, avilir tous les organes de la loi, nous semble la provocation la plus directe à la désobéissance. »
Kn dénon(;ant en ternies aussi nets le club des Jacobins, en montrant la funeste influence que les discours incendiaires qui y étaient tenus exerçaient dans la capitale et dans les provinces, le directoire du département de Paris indiquait la vraie source où prenaient naissance la plupart des troubles dont souffrait le royaume. 11 shonorait en ayant le courage, dans un temps où les bonnètes gens tremblaient, de signaler au ministre de l'Intérieur que s'il voulait rétablir l'ordre, il devait commencer par dissoudre l'association jacobine. Mais comment espérer que les ministres sévissent contre une association qui était leur ferme soutien et qui dictait ses volontés à la Chambre?
Depuis qu'il avait appelé des Girondins au ministère, Louis XVI prévoyait qu'il lui arriverait malheur, et aux hommes qui avaient sa confiance il parlait avec sang-froid de sa mort, comme d'un événement au(|uel il s'attendait'. Sa bonté naturelle le portait à dissinmler k Roland et à Clavière ses sentiments à leur égard; mais, associé malgré lui à une politique qu'il réprouvait, il alfectail de s'en désin-
1. Diitijouricz, Mih/ioir.-s, II, i:!'.i. — Dans une lettre que Pcllenc, Tani-ien secrétaire de .Mirabeau, érrivait le 11 mars au comte de I.a Marrk, il lui donnait le même renseignement : « On «lit que le roi se conduit dans son intérieur comme un homme qui se prépare à la mort. » {Carresp. du comte de La Marck, III, 298).
De son côti-, la reine élait attristée et inquiète. « Notre position n'est plus supportable », t'crivait-elle le lo avril au comte de Kersen Kersen, L'onenji., Il, 230 .
téresser et d'y prendre le moins de part possible. « Chaque conseil ressemblait plus à des causeries qu'à des délibérations d'hommes d'État... Le roi lisait la gazette, faisait à chacun des questions sur ce qui lui était personnel, raisonnait en bon homme sur les affaires en général, et protestait à tout propos, avec l'accent de la franchise, de son désir de faire marcher la constitution... Quant aux grands objets de la politique, le roi en éludait souvent l'examen, en détournant la conversation sur des sujets variés ou particuliers à chacun. A l'occasion delà guerre il parlait de voyages; à propos d'intérêts diplomatiques, il citait les mœurs, ou faisait des questions sur des localités du pays dont il s'agissait ; il questionnait Roland sur ses ouvrages, Dumouriez sur des anecdotes et ainsi du reste. Il n'y avait point de registre des délibérations du Conseil. On sortait de là après trois ou quatre heures de séance, sans avoir rien fait que quelques signatures'. » Les ministres ne tardèrent pas à être blessés de cette attitude du roi, et ils en conclurent qu'il n'était pas de bonne foi dans ses protestations constitutionnelles. La reine, au surplus, ne savait pas cacher sa haine et son mépris pour eux, et tout ce qui se disait dans le palais des Tuileries était su des Jacobins, car ils comptaient des partisans et des espions dans la domesticité du château-. Aussi les pamphlets redoublèrent-ils contre Marie-Antoinette; elle ne pouvait pas paraître en public sans être insultée, les journaux révolutionnaires poussèrent le peuple aux pires excès, et dans l'Assemblée le parti Girondin, afin d'intimider la cour, résolut de sévir contre les aristocrates.
Beugnot ayant dénoncé, le 3 mai, un odieux article de Marat qui avait paru dans le n" du 'M) avril du journal : L'ami du peuple, et qui accusait les généraux de trahison,
i. M"" Roland, Métnorres, I, 308, ;}09, 314. — Cf. Ferrières, Mém.t m, 00, 56.