INTRODUCTION V
dence à la Chambre, si le roi se fût franchement rapproché du parti appelé constitutionnel, parce qu'il était à la fois dévoué au trùne et à la constitution libérale de 1791. Mais Louis XVI croyait la constitution mauvaise, il n'avait pas plus de confiance dans ceux qui en étaient partisans que dans ceux qui aspiraient à la détruire, et il ne comprit pas qu'après y avoir adhéré, il ne lui restait qu'à se confier à ceux qui étaient disposés à la défendre. Il appela, au mois de mars, les Girondins au ministère, et un mois plus tard la guerre était déclarée h l'Empire.
Grâce aux assignats, les députés étaient bien résolus à la faire, sans avoir a recourir ni à des emprunts, ni à des augmentations d'impôt. Ils attribuaient, en effet, aux domaines nationaux qui servaient de gage au papier-monnaie, une valeur telle quelle leur paraissait ne pas devoir être absorbée avant longtemps. Dans un rapport dont il donna connaissance à la Chambre au mois d'avril 1792, Cambon, qui passait bien à tort auprès de ses collègues pour un grand financier, parce qu'il s'était fait une spécialité de questions qu'ils ignoraient el qu'il en parlait avec assurance, Cambon, disons-nous, déclara que les biens nationaux, non compris ceux qui étaient déjà vendus et payés, valaient plus de deux milliards et que si on ajoutait à cette somme la valeur des forêts nationales, le montant des contributions arriérées et un certain nombre de créances possédées par iKtat, celui-ci avait une valeur d'environ quatre milliards et demi à mettre en regard des assignats émis ou à émettre. Les députés estimaient donc que le papier-monnaie était amplement gagé, et ils ne s'expliquaient sa dépréciation que par les manœuvres de l'agiotage et la perfidie des contrerévolutionnaires.
Mais le public appréciait mieux qu'eux la gravité réelle de la situation. Il se rendait compte que toute émission d'assignats augmentait la dette publique, qu'elle constituait une sorte d'emprunt forcé et que les dépenses dépas-