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Schmidt. Tahlcàn r de la liévolid. fruu

2. Voici roiniiient elle se terminait : « La Commune de Paris se hâte d'informer ses frères de tous les départements qu'une partie des conspirateurs ft'-roces détenus daus les prisons a été mise ù mort par le peupl". actes de justice qui lui ont paru indispensables pour retenir par la terreur ces légions de traîtres^ cachés dans ses murs, au moment ou il allait marcher à l'enneuii-.et sans doute la nation entière, après la longue suite de trahisons qui Font conduite sur le bord île rabînie, s'empressera d'adopter ce moyen, si nécessaire, de salut public et tous les Français s'écrieront, comme les Parisiens : « Marchons ù l'ennemi, mais ne lai>3ons pas derrière nous ces brigands pour égorger nos femmes et nos enfants. >. La circulaire du 3 septembre fut envoyée dans les départements sous le couvert du ministre de la Justice, Danton, ipii avait dans si-s attritmlirins la prouuilgation des lois.

ordonné leur transfert k Saumur : le duc de Brissac, ancien commandant de la garde constitutionnelle du roi, MM. de Lessart et d'Abancourt, anciens ministres, M. de Castellane, évèque de Mende, bref quarante-six personnes périrent dans cette lugubre tuerie, que ne parvinrent pas à empêcher les courageux efforts du maire et de plusieurs ofiiciers municipaux de Versailles. Presque à la même date, dans la nuit du 9 au 10 septembre, la population de Lyon força les portes de deux prisons dans lesquelles étaient enfermés des officiers de cavalerie et quelques prêtres réfractaires, et, malgré la protection dont cherchèrent à les couvrir divers membres de la municipalité accourus pour les protéger^, elle tua huit ofiiciers et trois ecclésiastiques'. Dans les campagnes et dans les villes de province, on assista à une recrudescence des désordres qui s'étaient déjà si souvent

1. Parmi les journaux révolutionnaires, pas un seul ne s'éleva contre les actes sanguinaires qui désolaient alors la France. La presse Jacobine n'eut pas un mot de pitié pour les victimes et elle s'attacha à représenter les massacres des prisons comme une rigueur légitime, attendu que les royalistes emprisonnés après le 10 août avaient comploté de livrer Paris aux Prussiens et de délivrer Louis XVI. En racontant, dans le numéro 165 des Rdvolulions de Pai-ifi, les événements des 2, 3 septembre et jours suivants, Prudhomme trouve vingt fois roccasion de louer la justice, la clémence, la clairvoyance, l'honnêteté du peuple, « qui, comme Dieu, voit tout, est présent partout et sans la permission duquel rien n'arrive ici-bas. » Dans le numéro 166 de son journal, le même écrivain devient lyrique : « Peuple de Paris et de Versailles, tu as immolé les prisonniers au repos public. Cette mesure de sûreté générale se refuse au raisonnement, mais l'humanité ellemême n'a pu se refuser d'y applaudir tout bas et en détournant la vue. Le sang a coulé encore, uiais en bien moins de quantité, à Meaux. à Sens, à Gaen et dans plusieurs autres endroits Ces sanglantes exécutions n'ont pas du tout nui à Tordre public, pas plus que quand la guillotine exécute les jugements des tribunaux criminels. Eh ! qu'importe par qui justice soit faite, pourvu qu'elle se fasse! Peuple frau(;ais, reste à cette hauteur... Tu es dans une attitude respectable et imposante, garde-toi d'en changer. » A propos des massacres de Lyon, il dit : « Des têtes ont été promenées, des prêtres fanatiques ont été immolés, mais le peuple qui ne se trompe pas dans ses vengeances, a su distinguer les innocents et leur a rendu la liberté. Gomme à Paris et dans tous les lieux où la justice populaire a été exercée, l'or, l'argent, les bijoux des prisonniers ont été lidélement remis entre les mains des magistrats. »

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produits, mais ils atteignirent un dogré particulier de gravité et de généralité.

Ils avaient commencé peu après le 10 août. Les prétendus patriotes avaient assassiné à Chantilly et à Auxerre des hommes notés d'incivisme, parce qu'ils ne partageaient pas leurs opinions ; 3,000 paysans s'étaient soulevés dans le Finistère, aux environs de Carhaix, et ils ne s'étaient dispersés (ju'après un vif combat avec la troupe de ligne et la gendarmerie ; un soulèvement plus important encore avait éclaté dans les cantons de Bressuirc et de Chàtillon, département des Doux-Sèvres, et plus de 500 révoltés avaient été tués, blessés ou faits prisonniers ; à Rouen, la garde nationale ayant été attaquée par la populace, elle avait été obligée de faire usage de ses armes et avait tué ou blessé plusieurs émeutiers ; à Toulon, les clubistes, forts de la complicité de la municipalité, avaient commencé par sabrer et pendre, le 2S juillet, le procureur syndic, le vice-président et trois administrateurs du département, puis, ils en avaient fait autant à l'accusateur puljlic, à un administrateur du district et k un négociant; ils avaient ensuite mis eu liberté tous les soldats détenus pour faits d'indiscipline, et {)endant le mois d'août, ils avaient successivement massacré M. Senis, membre du Directoire, M. Désidery, capitaine de vaisseau, M. de Sacqui, M. de Rochemaure, major-général de la marine, M. de Flotte, vice-amiral, sans parler des expéditions qu'ils avaient dirigées dans la banlieue pour piller les maisons de campagne, et des rançons qu'ils avaient prélevées sur les citoyens aisés.

Fn septembre, ce fut pis encore, en ce sens que l'ordre l'ut troublt'; k peu près partout. 11 y eut des émeutes : telle celle de Vcsoul qui dura trois jours, du 7 au 9 septembre; il y eut des soulèvements, tel celui de plusieurs milliers de paysans bretons près de Pontrieux, dans les Cùtes-du- Nord. Mais il y eut surtout une foule d(! crimes isolés. A (iisors, .M. de Larochefoucaud est massacré par des gardes

nationaux c4 des volontaires ; le lieutenant-colonel Imonnier, puis M. Chanlaire, vieillard octogénaire, subissent le même sort à Châlons-sur-Marne; à Chaileville, M. Juchereau, commandant de place, a la tête coupée et son corps est jeté dans la Meuse: à Orléans, le peuple s'assemble, s'empare d'un marchand de grains, lui tranche la tète, la promène dans les rues, pille des magasins et incendie plusieurs maisons ; à Tullins, le lieutenant-colonel Spendeler meurt victime des passions sanguinaires de la basse classe ; à Marseille, M. Jourdan, officier ministériel à Aubagne, est saisi et tué par des ouvriers du port ; à Lorient, un riche négociant, M. Gérard, est emprisonné par les magistrats municipaux, afin de le soustraire à la rage de la foule qui l'accuse d'exporter des armes, mais elle brise les portes de la prison et le perce de coups ; à Reims, c'est le meurtre d'un vieil officier démissionnaire, de six prêtres insermentés, du directeur de la poste et d'un de ses commis ; à Meaux, les portes de la prison sont forcées et une bande de volontaires massacre sept prêtres et six prétendus aristocrates qui y sont enfermés ; à Sens, deux jeunes gens sont égorgés pour s'être moqués de l'arbre de la liberté; à Caen, une foule surexcitée tue le procureur-syndic du Calvados ; à Alençon, elle en fait autant à un capucin ; à Clermont, à un marchand de poisson; à Saint-Âmand, à un jeune homme, fils du maître de poste ; à Montélimar, on pénétre dans la prison et on y égorge des prêtres, des détenus. Dans combien d'autres endroits des faits semblables ont été accomplis !

Ce n'est pas tout, les visites domiciliaires auxquelles on procède de toutes parts, afin de rechercher les armes cachées, donnent lieu aux abus les plus graves. Il arrive fréquemment que ceux qui sont chargés de les effectuer et ceux qui se joignent à eux font des arrestations à tort et à travers, brisent le mobilier, enlèvent l'argent qu'ils découvrent, boivent le vin dans les caves et imposent des amendes plus

OU moins fortes. Parfois, ils emmènent les femmes et les enfants et les gardent comme otages, jusqu'à parfait paiement des sommes auxquelles des propriétaires ont été arbitrairement taxés. Des centaines de châteaux sont envaliis, saccagés, incendiés; dans le seul département de l'Oise, les châteaux de Chantilly, de Fitz-James, de Xointeh etc., sont mis au pillage et en partie démolis, les arbres de leurs parcs sont coupés et enlevés. Ailleurs, par exemple, à Arcy et à Coucy, la foule s'en prend aux propriétés d'anciens députés à la Constituante et les dévaste. Dans le midi, spécialement dans l'ancienne Provence et dans le Comtat d'Avignon, des bandes armées venant de Marseille et composées de véritables brigands parcourent les campagnes, lèvent des réquisitions, font des expéditions contre les petites villes ou les villages dont les habitants passent pour de tièdes révolutionnaires, prennent l'argent dans les caisses publiques, bref se conduisent comme en pays conquis '.

Enlin, les prêtres insermentés sont traités presque partout avec autant d'inhumanité que de mauvaise foi : quand ils demandent des passeports en vertu de la loi qui les bannit, on leur en refuse sous prétexte de les empêcher d'aller grossir à l'étranger le nombre de nos ennemis ; et comme l'exportation des matières d'or et d'argent est interdite, on les fouille et on les dépouille du numéraire qu'ils peuvent avoir sur eux -.

\. Pour plus de détails voir Taine, La Révolulion, II, .339-361; Morli mer-ïernaux Hist. de la Terreur, IIl, 321-3U2; Guilloa de Montléou, Mém., I, 126-Iii9; voir aussi les procès-verbaux des séances de la Législative des 16, 29, 31 août; 1,4. 14, 16, 20 septembre, et ceux des séances de la Convculion des 22, 27 septembre, 14, 18, 19 octobre.

2. l'our se faire une idée des brutalités exercées contre les prêtres qui aimaient mieux s'expatrier que de prétor un serment contraire à leur conscience, lire dans ïaine {La Révolulion, I, 4.-iC et suiv.) l'épisode des trois bateaux sur lesquels plusieurs centaines d'ecclésiastiques s'étaient, à la fin d'août, embarqués à Rouen et auxquels les habitants de Quillcbeuf ne permirent pas de descendre la Seine.

Comme si les haines sociales et la passion anti-religieuse ne sulfisaient pas à enflammer la fureur populaire, des craintes de famine se répandirent dans plusieurs départements'. Il en résulta que la question des grains excita des troubles pendant l'automne de 1792, comme elle en avait excité pendant Thiver de cette même année et au cours des années précédentes.

Dès le mois d'août, on arrête sur le canal du Midi des bateaux chargés de blé à destination de l'Hérault et du Gard. Puis, comme le directoire départemental de l'Aude veut assurer le départ des convois de grains, 6,000 hommes se rassemblent en armes, se rendent maîtres de Carcassonne, menacent le directoire, le forcent à taxer le pain et le blé au-dessous du cours, s'emparent des fusils et des canons renfermés dans l'hôtel de ville, chassent les administrateurs, tuent le procureur-général-syndic et blessent l'inspecteur des rôles. Des mouvements analogues, mais moins sanglants, éclatent dans la Nièvre, le Rhône, la Loire, l'Orne, la Seine-Inférieure, etc. L'Assemblée, toujours faible, espère calmer les populations par une mesure de clémence et elle vote, le 3 septembre, un décret éteignant tous les procès criminels et jugements intervenus depuis le 14 juillet 1789, pour violation des lois sur la libre circulation et la vente des grains. Le lendemain, au cours d'une discussion sur le plus ou moins d'abondance de la récolte, il est nettement établi qu'elle a été généralement bonne et qu'elle n'a manqué que dans quelques départements. Mais, fait observer Emmery, aucun négociant n'aura le courage de se livrer à l'importation des grains, parce que « ce com-

1. Il résulte d'une communication faite par Roland h la Chambre le 15 août, qu'en vertu de la loi du 9 mars 1792 qui avait alîeclé dix millions a des achats de grains, le gouvernement en avait acquis à l'étranger pour 11.668.000 livres et que les achats avaient porté sur 200.000 setiers de blé eno.OOO de seigle, 180,000 setiers de blé et 60.000 de seigle avaient été distribués dans les départements, et il restait 23.000 setiers de grains dans les ports.

merce pourrait le l'aire passer aux yi'ux du peuple pour un accapareur »>. Aussitùl, la Cliambrc met douze uiillions à la disposition du Minisire de llntérieur, alin qu'il fasse des achats de blé à rélranjier. Puis, le 1» septembre, afin do faciliter le transport des grains et le battage des récoltes, elle décrète que les ministres veilleront au respect des lois qui garantissent la libre circulation des céréales, que les municipalités sont autorisées à retenir le nombre d'ouvriers nécessaires au battage des grains el à la culture des terres, ^l que les directoires de district surveilleront Tapprovisionnenient des marchés, pourront réquisitionner des grains et auront le droit d'ordonner aux propriétaires ou fermiers d'en porter aux marchés de leurs arrondissements.

Ce décret ne faisait guère qu'en reproduire d'autres semblables dont l'expérience avait montré l'inefficacité, car en mettant les cultivateurs à la discrétion des autorités administratives, en les exposant à des réquisitions, à la visite de leurs greniers, à des enlèvements et à des taxations de grains, ils les avaient inquiétés et, par suite, excités à peu l'réquenter les marchés et à demander des prix élevés. Aussi le décret du *.) septembre \'i)-l ne réussit pas mieux ([ue les précf'dents à assurer dans do bonnes conditions l'alimentation publique, et la Législative ne tarda pas à prendre des mesures encore plus draconiennes, encore plus contraires, par consc(iuent, au but qu'elle se proposait d'atteindre. Par un décret du 10 septembre, elle donna l'ordre aux directoires de département de faire procéder immédiatement dans chaque conmmne au recensement des ci''reales,et dedtHerminer, par des arrêtés pris sans délai, la «piantité de grains que chaque commune serait tenue de porter aux marchés. Elle spécilia dans le même décret que tout cultivateur, propriétaire ou marchand de blé qui n obéirait pas à l'arrêté du directoire ou aux réquisitions de sa municipalité, verrait ses grains confisqués et serait puni d'un au de prison, lùiliu, comme certains corps adminis-

tralifs et quelques commissaires du pouvoir exécutif s'étaient permis de prendre, pour les besoins de telle ou telle ville, du blé ou de la farine dans les magasins nationaux, elle disposa qu'ils devraient les restituer dans la huitaine, sous peine de trois mois da prison, et que ceux qui commettraient un semblable délit à l'avenir seraient punis de mort. L'Assemblée, qui voyait partout l'autorité do la loi méconnue, cherchait donc à ramener, par la rigueur des peines, les citoyens et les fonctionnaires à l'obéissance; mauvais moyen s'il en fût, car des châtiments qui dépassent la gravité du délit ne sont pas appliqués.

En tout cas, les lois que nous venons de rapporter n'empêchèrent pas la continuation des désordres occasionnés par la rareté ou la cherté des vivres. Il s'en produisit même dans les grandes villes. Nous avons déjà parlé de l'émeute qui, au mois do septembre, éclata à Orléans; à la suite des actes de violence auxquels elle donna lieu, la municipalité, afin d'éviter de plus grands malheurs, dut abaisser d'un sixième le prix du pain. — A Tours, la municipalité, désireuse de venir au secours de la classe ouvrière qui était réduite à l'indigence par la fermeture des manufactures de soieries, avait taxé le pain à trois sous la livre et prévenu les communes rurales du voisinage, que si elles n'approvisionnaient pas le marché de la ville, elles y seraient contraintes par la force. Les gens du peuple exigèrent davantage, et comme les administrateurs de Tours ne pouvaient faire plus, ils s'ameutèrent au nombre de plusieurs milliers, envahirent l'hôtel de ville, et contraignirent la municipalité à abaisser le prix du pain à deux sous la livre. Les officiers municipaux donnèrent leur démission, mais le peuple déclara qu'il ne rentrerait dans l'ordre que si le blé, l'huile et les chandelles étaient taxés. En exposant ces faits à l'Assemblée Législative, les membres du directoire et le procureursyndic du département signalaient que le prix du pain étant trop bas, les cultivateurs n'apporteraient plus de grains au

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marché; ils ajoutaient que les sections de la ville se préparaient à aller en prendre de force dans les communes voisines, et qu'il allait en résulter une grande fermentation. — A Lyon, le conseil de la commune avait également taxé le pain, mais la crise industrielle ayant répandu une misère générale dans la ville, il no s'en était pas tenu là et il avait en outre taxé le vin, la viande, le beurre, les o'ufs. Si réduits que fussent les prix de ces denrées, ils parurent encore trop élevés et des groupes de femmes pillèrent des magasins. Des affiches, signées Lps rUoijcnncs de Lyon, établirent un nouveau tarif pour les comestibles, à moitié au-dessous de leur valeur marchande. La municipalité et le directoire du département écrivirent au ministre de l'Intérieur que des exigences aussi excessives ne pouvaient avoir i)our conséquence que d'entraver l'approvisionnement de la ville, mais, en même temps, ils avouaient qu'ils n'osaient pas y résister et qu'ils se sentaient sans force pour se faire obéir.

A Paris, les vivres ne manquaient pas, car le gouvernement avait toujours veillé avec soin à ce que les marchés fussent bien garnis. Mais l'absence de police, la prépondérance de la Commune et la terreur dont étaient frappés les éléments modérés de la population, permirent aux faits les plus anarchiriues de se produir(^ pendant les trois semaines qui ])récédèrent la réunion d(3 la Convention. Des rapports que Roland adressa à la Chambre avec une sincérité courageuse, nous renseignent amplement à ce sujet.

On sait que les barrières de Paris avaient été fermées au moment des massacres du 2 septembre. Le 8, Roland demanda fiu'elles fussent ouvertes de nouveau et que la circulation des personnes fût rendue libre dans tout le royaume. La source fut chargé du ra|)port sur cette proposition, et il reconnut qu'il était impolilique de retenir dans Paris les personnes qui voulaient en sortir. « Il y a, dit-il, dans cette ville beaucoup de femmes, d'enfants, de vieillards, de gens faibles, timides, lâches, poltrons, peut-être aussi quelques

mal intentionnés, qu'il faut s'empresser de laisser partir, car ils seraient ici plus dangereux qu'utiles. » En conséquence, un décret rendu le jour même décida que les portes de la capitale seraient rouvertes, « moyen le meilleur, porte le préambule, d'assurer la défense et la tranquillité de Paris et d'y maintenir l'abondance des approvisionnements de toutes espèces, et principalement des subsistances ». Pouvoir quitter une ville où depuis douze jours on était soumis aux visites domiciliaires en vertu du décret du 28 août, fut un soulagement pour des milliers de familles. Mais les Parisiens qui restèrent eurent à regretter de ne pas pouvoir s'éloigner.

En effet, ils furent exposés à se voir enlever en plein jour et en pleine rue leurs montres, leurs boucles d'argent et leurs pendants d'oreilles. Le ministre de l'Intérieur s'en plaignit au maire et il signala le fait à l'Assemblée le 14 septembre. Il ajouta que la garde nationale assistait impassible à ces vols, sous le prétexte qu'elle n'avait pas reçu d'ordres pour les empêcher. On voit à quel point l'esprit de la milice parisienne avait changé, depuis qu'on avait destitué ses officiers et qu'on y avait introduit tous les citoyens. Les jours suivants Roland eut, d'ailleurs, l'occasion de signaler les conditions déplorables dans lesquelles la garde nationale faisait son service, les postes qu'elle occupait étant à l'abandon et les patrouilles ne comptant que quelques hommes.

Depuis le Dix août le palais des Tuileries était placé sous la surveillance de la Commune. Or, d'après Roland, elle s'acquittait bien mal de cette mission de confiance. « Au château des Tuileries et ailleurs, il se présente continuellement des hommes en écharpe se disant officiers municipaux; ce sont tous les jours de nouveaux visages donnant de nouveaux ordres, faisant de nouveaux enlèvements. . . Je ne discuterai pas les droits de la Commune de l^aris; il me semble cependant qu'elle n'en a pas plus sur les ellets nationaux que

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la commune do Perpii;nau ou celle de Gravelines : il me semble encore que récliarj)»' ne saurait autoriser aucun déplacement, aucun enlèvement, d'autant plus qu'on abuse étrang-emenl. en droit et en fait, de ce signe municipal. » Ce rapport de Roland est du 15 septembre. Le lendemain il en fit un autre pour se plaindre de faits plus graves encore. Il raconta que, d'après le bruit public, les prisons étaient aussi pleines qu'elles pouvaient l'être avant d'avoir été vidées de la manière que l'on sait. Il avait voulu s'assurer de la véracité de ce bruit, et il avait découvert qu'elles contenaient de 'lOO à 500 personnes qui avaient été arrêtées tantôt par ordre de la municipalité, tantôt par ordre des sections, parfois même par ordre de simples particuliers, que la plupart des emprisonnements n'étaient pas motivés et que dans les prisons on ne tenait ni registres ni écrous. Le 17, il annonça à la Cliambre qu'un vol de diamants et d'objets précieux avait été commis au garde-meuble et il ne cacha pas que la ville était « remplie d'agitateurs >■ , que dans l'assemblée électorale on avait dirigé contre le pouvoir exécutif de violentes dénonciations, qu'un orateur y avait proposé la loi agraire et que des affiches engageaient le peuple à se soulever de nouveau, à assassiner les partisans de Lafayette. Enlin, le 19 septembre, il exposa que Palloy, qui s'était fait une spécialité de patriotisme en exploitant les pierres provenant de la démolition de la Bastille, avait abusé de la mission qu'on lui avait confiée après le Dix août d'arrêter l'incendie des petits bâtiments situ(''S près des Tuileries, qu'il en avait abattu plusieurs que le feu n'avait pas atteints, causant ainsi à la nation pour plus de 800.000 livres de dommages, qu'il était parti pour la frontière à la tète d'une compagnie « de vainqueurs de la Bastille », sins payer ses ouvriers, que ceux-ci réclamaient le prix de leurs journées, et qu'ayant reçu l'ordre de la municipalité de démulir un bâtiment qui dépendait du Louvre, ils refusaient de cesser ce travail, malgré la défense que le ministre leur

avait adressée de le continuer. « Mon action est paralysée » constatait Roland avec tristesse. Il ne suffisait pas de gémir; il aurait fallu agir. Mais, d'une part, Danton protégeait ouvertement les fauteurs de désordre et, d'autre part, l'Assemblée n'osa pas une seule fois, par crainte de la Commune, prendre uue résolution énergique.

Ainsi, lorsqu'elle apprit que des centaines d'arrestations arbitraires avaient de nouveau rempli les prisons, son plus grand orateur, Vergniaud, s'écria : « Les Parisiens aveugles osent se dirent libres! Ah! ils ne sont plus esclaves, il est vrai, de tyrans couronnés, mais ils le sont des hommes les plus vils, des plus détestables scélérats. Il est temps de briser ces chaînes honteuses, d'écraser cette nouvelle tyrannie ; il est temps que ceux qui ont fait trembler les hommes de bien tremblent à leur tour ». Ces paroles furent applaudies avec enthousiasme par la grande majorité des députés, mais, au lieu de décréter la mise en liberté des citoyens illégalement incarcérés, elle décréta seulement que les membres de la Commune seraient responsables sur leur tête de la vie des prisonniers. De même, quand elle connut le vol du garde-meuble, elle se contenta de mander devant elle le maire et le commandant de la garde nationale, elle entendit Pétion se plaindre des excitations sanguinaires, des appels à l'insurrection qui étaient sans cesse adressés au peuple, elle entendit Santerre attribuer les troubles de la capitale aux manœuvres de l'aristocratie, et sans même leur demander s'ils s'étaient concertés en vue de prévenir les entreprises des factieux, sans leur donner à cet effet ni ordres ni instructions, elle se fla aux vagues promesses que lui firent l'un et l'autre de veiller au maintien de la paix publique.

Les derniers temps de l'existence de la Législative furent donc marqués par un redoublement d'anarchie. La loi était sans force, des crimes atroces se commettaient impunément, l'entretien et le renforcement des quatre armées du

Nord, du Kliin, du Contre et du iMidi occasionnaient des dépenses ininienscs, les impôts rentraient moins que jamais, la dépréciation des assignats faisait de nouveaux progrès ', enlin, les armées prussienne et autrichienne avaient envahi notre territoire et ravageaient le pays qu'elles occupaient. Jamais la France ne s'était trouvée dans une situation aussi terrible. Et cepemJant il était à prévoir quelle deviendrait pire, quand le pouvoir passerait entre les mains de la nouvelle Assemblée qui allait succéder à la Législative.

Les élections s'étaient faites, en effet, sous la jjression des démagogues les plus forcenés, et ceux-ci avaient été aidés par les commissaires que la Commune de Paris avait envoyés, au nombre de plus de 300, dans tous les départements, après les événements du Dix août. Ces commissaires, tous fougueux jacobins, avaient pour mission olTicielle de stimuler le zèle patriotique et de presser les enrûlemenls ; mais leur but véritable était de préparer un gouvernement asservi aux meneurs des clubs. Dans toutes les localités oîi ils se rendirent « ils disaient que la Commune de Paris réunissait tous les pouvoirs, qu'elle seule avait sauvé le peuple; que l'Assemblée Législative, les ministres, les généraux le trahissaient. Ils se rendaient aux sociétés populaires : là, citant à leur tribunal tous ceux qui se montraient étrangers à leur faction, ils forçaient les uns à se démettre des places qu'ils occupaient, exigeaient des autres des sommes considérables, se concertaient avec les chefs pour faire nommer des hommes attachés à leurs principes, pour exclure ceux dont les intentions leur étaient sus[)ectes. Ils invitaient la populace au meurtre, au pillage, assurant que c'était au peuple à se faire lui-même justice ^. » De son côté, le pouvoir exécutif avait expédié des commissaires dans les départements, afin de lui faire des rapports sur l'opinion et les

t. Le cmirs dr;s assignats, pondant le mois de septembre 1792, oscilla autour .le 60 0,0. Ils penlaieiit «loue 40 0,0. ■2. Ferriéres, A/é//i. III, JKi, IM.

actes dos autorités administratives, et aussi afin de vanter^ tant auprès de ces autorités que des populations, les événements du 10 août. Recommandés par les Jacobins et ag^réés par Danton, ils ne valaient pas mieux en général que lescoinmissaires de la Commune, et parmi eux s'étaient glissés jusqu'à des voleurs, ainsi que le reconnut Roland devant la Chambre, à la séance du 18 septembre. L'influence de tous ces hommes sur les votes du corps électoral fut d'autant plus déplorable, que la presse la plus violemment révolutionnaire avait seule la faveur des masses, appelées pour la première fois à participer à la nomination des députés.

On avait d'ailleurs trouvé un moyen bien simple d'écarter du vote les électeurs paisibles, libéraux et timides: c'était de dresser dans presque toutes les villes, et de rendre publiques, des listes de citoyens douteux et de citoyens suspects, que l'on opposait aux listes des citoyens patriotes. Afin de ne pas figurer sur les deux premières, qui avaient chance de devenir bientôt des listes de proscription, les électeurs en question évitaient tout acte, toute parole qui put les compromettre et se réfugiaient prudemment dans l'abstention. Avec des élections ainsi faites, les candidats du parti jacobin, « les braves sans culottes », comme on les appelait, étaient sûrs à peu près partout de la victoire.

Dans leur propre intérêt, les Girondins et les membres très nombreux du centre auraient dû rappeler le plus tôt possible les centaines de commissaires qui parcouraient la province. Mais, par peur de la Commune, ils ne l'osèrent pas. Roland finit pourtant par trouver que leur intervention rendait tout gouvernement impossible, et il écrivit le 13 septembre à l'Assemblée que les délégués de la municipalité de Paris exerçaient dans les départements une autorité qui excitait de l'inquiétude, et qu(\ si on les laissait en fonctions, il ne pourrait pas « supporter la responsabilité des événements ». A l'appui de cette menace de démission,

il donnait dos exemples des abus de pouvoir dont s'étaient rendus coupables les commissaires de la Commune. Ainsi mise en demeure de prendre un parti, la Chambre adopta deux décrets, l'un relatif aux commissaires du pouvoir exécutif, lautre à ceux de la Commune de Paris. Vergniaud en fut le rapporteur. En ce qui concerne les commissaires choisis par les ministres, il énonça que l'Assemblée avait été saisie de plaintes nombreuses contre eux, qu'ils avaient outrepassé leurs pouvoirs et exercé des fonctions dont ils n'étairnt point chargés. Mais il expliqua ces écarts de conduite '■ par un excès de zèle que le salut de la chose publique pouvait excuser». En ce qui concerne les commissaires de la Commune, son langage fut encore plus timide. Il déclara que « la commission était loin de croire à la parfaite exactitude de toutes les plaintes dont ils avaient été l'objet » et que, s'ils avaient commis des fautes. « il ne faudrait voir en cela que des foulures du (•or[)S politique, qu'il laudrait plutôt songer à guérir qu'à irriter «. Quoi qu'il en soit, des deux décrets du 14 septembre, l'un subordonna les commissaires du pouvoir exécutif aux autorités constituées des lieux où ils auraient une mission à remplir, et leur interdit de prononcer aucune suspension ou destitution contre les fonctionnaires publics ; l'autre défendit aux municipalités d'expédier des commissaires en dehors de leur territoire, et aux corps administratifs ou militaires d'obéir aux réquisitions de semblables commissaires. Ces dispositions auraient été très bonnes, si elles eussent été prises un nioi& plus tôt; adoptées par la Législative à la veille de sa séparation, elles étaient dépourvues de toute eflicacité, car le mal qu'elles auraient [»u empêcher était fait.

Si, lorsqu'ils cédèrent la place à la Convention, les membres de l'Assemblée Législative se demandèrent quelle avait été leur reuvre |)cnflanl les onze mois et demi <pi'avail duré leur sossinii. grandes (lurent ('In' leur iuiiiiiliaiioii et jcni tristesse.

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Xon seulement ils ne pouvaient se vanter d'aucune réforme, mais ils n'avaient même pas su tirer parti de l'organisation que leur avait laissée l'Assemblée Constituante.

Pleins de défiance envers le pouvoir exécutif, ils avaient annihilé complètement faction gouvernementale, au point que les désordres n'avaient jamais été plus violents et plus nombreux qu'aux époques où le ministère fut occupé par des représentants de la majorité.

Quoique la plupart d'entre eux ne fussent pas partisans de la république, ils avaient renversé le trône et jeté le roi en prison.

Au point de vue linancier. ils n'avaient pas essayé d'établir l'équilibre entre les recettes et les dépenses ; ils avaient assisté, sans y chercher de remède, au dépérissement de plus en plus accentué des impôts ; de nouvelles émissions d'assignats étaient devenues pour eux le moyen normal de se procurer des ressources, et alin d'augmenter le gage du papier-monnaie, ils avaient prononcé la confiscation des biens des émigrés, des fabri(jues, des séminaires, des confréries et des congrégations.

Dans leur haine de la religion, ils avaient redoublé de persécutions contre le clergé, au risque d'allumer la guerre civile.

Ils avaient dressé la guillotine sur les places [tubliques de Paris, alin de frapper et d'intimider leurs ennemis politiques, et ils laissaient sans châtiments les forfaits les plus abominables commis par leurs partisans.

Par crainte des démagogues, ils avaient toléré que la Commune de Paris s'érigeât en autorité rivale de la leur, et que les élections se fissent avec une absence complète de liberté.

Enfin, ils avaient lancé la France dans une guerre qui ne pouvail manquer de l'épuiser d'hommes et d'argent.

Il était difficile d'accumuler tant de fautes en aussi peu de mois.

Certes, la royauté en avait commises do son côté. Elle avait, comme les années précédentes, manqué de franchise, de résolution et de clairvoyance. Mais son rôle avait été nul, tandis que les actes, qui compromettaient la patrie, émanaient do la Législative.

Aussi est-il juste de dire que cette Assemblée a été une des plus néfastes qu'ait connues la France.

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