CHAPITRE VI
1. Comment se font les élections pour !a Convention; proportion des abstentions (239). — Composition de la Convention (241). — Décrets rendus le 21 septembre (242). — Gravité des décrets, en date du 22 septembre, sur le renouvellement des corps administratifs et des tribunaux, et sur l'admission de tous les citoyens aux emplois judiciaires (243^. — Rapport de Roland, le 23 septembre, sur l'état de la France (245). — Séance des 24 et 25 septembre; les Girondins disposent de la majorité, mais ne savent pas la diriger (246). — Décret du 29 septembre sur l'incompatibilité des fonctions de ministre et de représentant du peuple; dans quelles conditions Roland conserve le portefeuille de l'Intérieur (247). — Décret du 30 septembre ordonnant à la Commune de Paris de rendre ses comptes (248). — Manœuvre qu'elle emploie pour se soustraire à son exécution (249). — Elle n'exécute pas davantage un décret du 10 octobre, relatif à des dépôts d'objets précieux (249). — Faiblesse des modérés à l'égard de la Montagne (251). — Ils ne font pas aboutir le projet de formation d'une garde de la Convention (252) — Ils n'obtiennent pas que Danton rende compte des sommes par lui dépensées pendant qu'il était ministre de la Justice; intervention des sections de Paris (253':.. — II. Rapport de Cambon, le 23 septembre, sur l'actif du Trésor (256). — Mémoire de Clavière, le 5 octobre, sur la rentrée des droits arriérés, sur la perception des contributions et la menace d'un gros déficit (257).— Insuffisance de receltes de 145 millions en septembre (262). — Décret du l""' octobre, autorisant le ministre de la Guerre à faire des dépenses sans consulter préalablement la Chambre (263). — Rapport de Cambon, le 17 octobre, sur une création de 400 millions d'assignats; il indique qu'il en a déjà été émis pour 2,600 millions, qu'il a été vendu pour 617 millions de biens nationaux, et qu'il reste plus de 2,500 millions de domaines à vendre (264). — Vote, le 24 octobre, d'un décret créant 400 millions d'assignats, et portant à 2,400 millions la limite de leur circulation (265). — Nombreux et importants crédits ouverts par la Convention (266). — Suppression des rentes apanagères dues aux princes français et réduc-
UISTOIKE FINANCll.RE DE LA CONVENTION 239
tion à 1,000 livres du maximuiu des pensions ecclésiasti(|ues (26"). — Suppression du cauip sous Paris ^2tJ8) — Remboursement des billets de confiance 270). — Lois des 8 et j4 novembre, sur le paiement du déficit laissé par le remboursement des billets de secours; elles admettent des taxes progressives ,272).— A fin de procurer des ressources ù l'Ktat, la Convention vote des lois rigoureuses contre ['('■migration (274 . — Loi du li octobre, sur la vente du mobilier des émigri''s 276). — Loi du 30 octobre, sur les gardiens de scellés des meubles et immeubles d'émigrés (276). 111 Le calme renaît en province, et le cours des assignats remonte au début de la Convention '277 . — Elle ne semble pas alors favorable à un système dimpùts portant exclusivement sur les classes aii^ées (278). — Rapport de Roland, du 29 octobre, sur la situation de Paris; il y attaque la Commune et les partisans des massacres de septembre (279). — Dénonciation de Louvet contre Robespierre; faiblesse des Cirondins ; séance du 4 novembre; décret du 30 octobre contre des détournements commis par la Commune (281).
Terrorisée comme elle était depuis le lU août, la France n'était pas en état de désigner librement ses représentants à la Convention Nationale. Quand même des précautions «ussent été prises pour que les élections pussents'acconiplir avec calme et régularité, il était certain que la grande masse du corps électoral, composée d'hommes timides, les uns désabusés, les autres ell'rayés, par tout ce qui se passait, se réfugierait dans l'abstention. 11 n'était pas moins certain que bien rares seraient les candidats assez hardis pour se déclarer partisans do la constitution monarchique, et pour s'exposer par suite aux pires violences. Les deux partis révolutionnaires, celui des Girondins et celui des Jacobins, avec l'aide des clubs qu'ils avaient organisés de toutes parts, étaient donc sûrs de triompher. Mais la certitude du succès ne leur suflit pas. Avec ime intolérance qui prouve qu'il ne suflit pas de proclamer la liberté dans un pays pour qu'il en jouisse, ils éloignèrent parleurs menaces, des assemblées électorales, tous les citoyens qui ne pensaient
pas comme eux, et dans plusieurs départements ils exigèrent en outre que le scrutin fut public '.
Dans la capitale on ne se contenta pas de violer le secret du vote ; on refusa le droit de suffrage aux signataires de la pétition dite des 2(),0U(), et aux anciens membres des clubs modérés ou monarchiques. Aussi «à Paris les assemblées furent inabordables aux bons citoyens. Les suffrages s'y donnèrent à haute voix, et toute l'intrigue consista dans l'audace. Les électeurs ainsi nommés, élurent de même, dans la salle du club des Jacobins, 24 députés à la Convention Nationale; choix liorribles, à quelques-uns près... Combien de noms qui ne signifiaient que brigandage, ambition, crapule et froide férocité ! C'étaient Robespierre, Danton, Marat, d'Orléans et leurs plus viles créatures-. Robespierre, pour signaler hautement son influence personnelle, fit nommer jusqu'à son frère, personnage presque inconnu dans la province même qu'il habitait, et dont l'existence était à peine soupçonnée la veille par les électeurs parisiens, dont il obtint les suffrages''. « On savait si bien partout que,
1. -Ne pas on])lier d'ailleurs que le décret du 10 août précédent, en conférant indistinctement le droit de vote à tous les I^'rançais et en abaissant l'àgu de l'élecluraL de 25 à 21 ans, en rendant par suite électeurs les jeunes gens, les indigents, les domestiques, les hommes qui avaient subi des condamnations, donnait par cela même à la portion du peuple la plus ignorante et la plus portée aux violences le mo^'en d'influencer grandement les élections. Ce décret, comme l'a écrit un Conventionnel, rendit >< tous les prolétaires de France, qui n'avaient ni biens ni consistance, bipartie dominante dans les Assemblées électorales. Ils envahirent aussi les clubs, où ils servirent à tyranniser
toute la France Dans les départements, les élections se firent à
l'avenant des circonstances, qui en rendirent maître les divers clubs. >> (Durand de Maillane, Mémoires, 30, 31), Lire dans cet ouvrage la façon dont se passa l'assemblée électorale des Bouches-du-Rhône, opprimée par 3 à 400 Marseillais, qui « ne permettaient à personne d'élever la voix contre la leur. » Dans cette assemblée, « oîi il fallait hurler avec les loups, pour son salut », passèrent les motions les plus illégales sans aucune opposition, parce qu'il « y aurait eu le plus grand danger à s'y montrer contraire. » (31-33.)
2. Collol d'Herbois, Billaud-Varenue, Camille Desmoulins, Legendre, l^anis, Sergent, Fréron, l'"abre dÈglantine, Osselin, Lavicomterie, etc.