Daunou, Mémoires
faites dans ces conditions, les élections étaient une pure comédie, que les neuf dixièmes des électeurs n'y prirent aucune part. On ne compta qu'environ 700,000 votants sur 7 millions délecteurs. A Paris même il n'y eut (jue 14.000 suilrages exprimés, sur 100,000 inscrits. Ainsi que l'a remar- <iué Taine', les départements dans lesquels allaient éclater et durer si longtemps des insurrections royalistes, ceux de la Vendée, des Deux-Sèvres, de la Loire-Inférieure, du Morbihan, du Finistère, de la Lozère, etc., n'eurent pour représentants que de farouches républicains, élus évidemment par une bien faible minorité de leurs concitoyens. Pour la première fois (ju'il fonctionnait, le suffrage universel a donc été frelaté, et il a remis un pouvoir sans contrepoids entre les mains d'une Chambre beaucoup plus passionnée que le pays lui-même : c'est ce qu'il ne faut pas oublier, si l'on veut sainement apprécier les événements de cette époque tragique.
Composée au début de 7i8 députés, dont 186 avaient appartenu à l'Assemblée Législative et 77 à l'Assembh-e Constituante, la Convention comptait, on le voit, près de deux tiers d'hommes nouveaux. La plupart avaient été choisis dans la catégorie des hommes de loi. Ils étaient adversaires déclarés de la constitution de 1701 et résolus à en donner une nouvelle à la France; mais d'après quels principes et de quelle façon ils organiseraient le gouvernement, bien peu s'en étaient préoccupés. Aucun programme politique n'avait en effet présidé au choix des députés. Nommés sous l'inllueuco des clubs et desjournaux révolutionnaires, ils manquaient presque tous d'indépendance. Quelques-uns étaient animés de passions exaltées, et prêts à vaincre par tous les moyens, fût-ce les plus terribles, les résistances qu'ils pr<''voyaient. Les autres, de beaucoup les plus nombreux, tremblaient intérieurement devant des passions