Séances Jes 16 et 2'.i janvier
marchés conclus directeiiient par Dumouriez pour ralimenter. Aussi les commissaires de la Convention n'hésitaient pas à écrire : « L'intérêt de la nation a été sacrilié à l'intérêt particulier du directoire des achats ». Condamné en termes^ aussi formels, l'organisme impuissant et malhonnête que Pache avait créé pour complaire aux Jacobins et aux faiseurs protégés par eux, n'allait pas tarder à disparaître. Mais,. en attendant, une chose n'était que trop visible, c'est que le sort de nos soldats était misérable et qu'on ne pouvait pas leur demander tous les services qu'ils auraient pu rendre, s'ils eussent été pourvus de ce qu'il faut k des troupes en campagne.
A l'intérieur les motifs d'inquiétude n'étaient pas moins graves. Dans toute la France le procès du roi entretenait une très vive surexcitation, mais à Paris surtout les menées du parti de Marat et de Robespierre répandaient la terreur parmi les députés, aussi bien que parmi les citoyens. Les pires violences semblaient à craindre, et la Chambre ordonna à la municipalité de lui rendre compte de l'état de la capitale. Le maire Chambon se présenta devant elle le 5 janvier et voici le tableau qu'il en traça : Les subsistances sont toujours un sujet d'alarmes, quoique l'approvisionnement de Paris soit assuré ; les ouvriers manquent d'ouvrage, et « inquiets sur les besoins de la vie, ils oublient quelquefois ce qu'ils doivent à la tranquilité publique » ; les secours accordés aux femmes et aux enfants des citoyens qui ont volé aux frontières se distribuent lentement, ce qui fait naître de nombreuses plaintes; la police arrête un grand nombre de citoyens, mais la plupart restent impunis ; les citoyens riches se dispensent du service de la garde nationale, les pauvres s'en acquittent seuls, mais ils en sont, fatigués, et les vols sont fréquents ; « tout ce qu'il y a de mauvais dans les départements afflue à Paris » ; cette ville est calomniée dans les départements, où on la représente comme aspirant à dominer la France, mais elle s'est sa-
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crifiée à la Révolution ot ne veut que son triomphe. Kn province les corps constitués étaient restés aussi dévoués à la cause révolutionnaire que la municipalité parisienne, mais ils savaient que la Convention, effrayée parles menaces constantes dos tribunes, de la Commune, des sections et des clubs, ne délibérait pas librement, qu'une faction puissante lui dictait ses votes, et la plupart souhaitaient qu'elle échappât à cotte honteuse sujétion. Aussi plusieurs directoires départementaux : ceux du Finistère, de la Haute-Loire, du Calvados, du Cantal, du Var, etc., lui envoyèrent des adresses pour l'exhorter à s'affranchir du joug de kl Montagne, pour lui offrir l'aide de bataillons de fédérés et pour l'engager à consolider la liberté, à traiter en «anarchistes », en « contre-révolutionnaires » les Marat, Robespierre, Danton, Chabot et leurs complices. Les encouragements ainsi envoyés à la Convention prirent une telle extension, que la Commune de Paris craignit qu'ils ne donnassent à la majorité des députés quelque énergie, et, à la séance du 11 janvier, elle osa dénoncer à la Chambre qu'il s'élevait « une nouvelle conjuration » et que les départements préparaient la guerre civile. Couthon demanda aussitôt que leurs adresses séditieuses fussent soumises au comité de sûreté générale. Buzot réclama au contraire le secours des fédérés. « Dans les départements même les plus éloignés, on a très bien r;iisonné, dit-il, sur la position où nous sommes. Ils n'ont pas eu besoin d'instigations étrangères; il leur a suffi de connaître par vos décrets l'état affreux où est Paris. 11 résulte de vos décrets que les autorités constituées n'y sont pas respectées, et que vous ne pouvez pas y faire exécuter vos lois... Je vous demande comment il se fait qu'une poignée d'hommes turbulents domine cette ville; que, dans une section qui contient ;{ à 400 citoyens, 25 seulement ont formé dernièrement l'assemblée générale de la section... Si c'est par ce petit nombre d'hommes que la Convention nationale est obsédée.