‹ Histoire financière de la Législative et de la ConventionChapitre 49 sur 77 · niSTOIRE FINANCIÈRE · texte numérisé non relu

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tantôt par leurs pétitions extravagantes, tantôt par celles des autorités qui ont la faiblesse de leur céder; si des provocations au meurtre frappent tous les jours nos oreilles, et j'en atteste tous mes collègues; quand 30 à -40 hommes au plus, flétris ou ruinés, qui ont besoin de troubles pour vivre, composent ou dirigent dans chaque section les assemblées permanentes; quand ces assemblées sulfisent pour remuer tout Paris ; quand nous sommes environnés sans cesse de ces coquins, peut-on croire à notre liberté?» Cette fois encore Buzotne fut pas soutenu parles Girondins, auxquels l'appui des départements eût pourtant été si utile, s'ils avalent eu réellement la volonté de lutter contre la tyrannie de la Montagne. La Convention se borna à repousser la proposition de Couthon,et l'extrême gauche put se féliciter de la manière dont le débat avait tourné. Mais l'intervention des directoires départementaux ne prouvait pas moins que la province commençait à être mécontente de voir ses députés asservis aux démagogues parisiens.

Elle avait, d'ailleurs, bien d'autres sujets de mécontentement, et le ministre de l'Intérieur en fit connaître quelques uns à la Convention dans un rapport du 9 janvier. Après avoir signalé que beaucoup de lois étaient « incohérentes et vicieuses », que leur exécution laissait de plus en plus à désirer et que « des événements plus ou moins désastreux venaient tous les jours présenter le funeste tableau d'une anarchie prochaine », il ajouta : « Les opinions les plus extravagantes s'accréditent; on fatigue, on effraie les citoyens, les riches surtout, par le projet du partage des terres. Les agitateurs égarent la classe indigente par l'espérance de la loi agraire. » Suivent quelques exemples, puis Roland reprend : « Le nombre et l'extravagance des faits que j'aurais encore à citer sont au delà de toute idée. Au milieu de ce chaos politique les bons citoyens gémissent. Ils veulent la République, mais ils ne veulent pas moins fortement un gouvernement soumis à des lois immuables,

SOUS l'éiiido desquelles il leur tarde do mettre leurs personnes et leurs propriétés. » Kn attendant ils sont découragés et se tiennent à récart;dans beaucoup de communes, même dans certaines villes, comme Issoudun et Eibeuf, on ne trouve personne qui veuille se charger des fonctions de maire, de procureur-syndic ou d'officier municipal. Cela tient à ce que les uns, *> plus soucieux de leurs intérêts particuliers que de ceux de la République, ont refusé des places où il faut penser et agir » ; à ce que les autres, voyant les troubles occasionnés par les subsistances et par le fanatisme, les dangers auxquels on est exposé quand on accepte les fonctions municipales, « sont retenus par une crainte pusillanime ».

La bourgeoisie n'aurait sans doute pas en 1793 reculé, autant qu'elle le fit, devant la responsabilité qui résulte des fonctions électives, sans la répugnance que lui causaient les persécutions contre le clergé. Le rapport de Roland du 9 janvier, conçu d'ailleurs en termes acerbes contre les prêtres, qu'il appelle « des serpents » et « de dangereux fauteurs de troubles », permet de voir à quels indignes traitements ces malheureux étaient livrés. Le ministre de l'Intérieur estime que 10 à 11,000 ecclésiastiques ont été chassés de France ou en sont sortis volontairement. « Beaucoup, dit-il, m'ont écrit ou fait écrire pour rentrer en France. Ils disent qu'ils ne sont sortis que pour échapper au couteau qui était levé sur eux, et ils protestent d'êlre de bons citoyens et d aimer la Révolution ». Mais il ne faut ni les croire, ni leur permettre de rentrer dans leur patrie, car ils fanatiserai''nt « leurs crédules victimes ». A propos de la loi qui ordonnait d'exiler tout prêtre dont la déportation était réclamée par six citoyens, Roland s'exprime ainsi : « Je ne dois pas taire qu'elle a occasionné beaucoup de réclamations, qu'on la nomme arbitraire, inquisitoriale, et fournissant aux haines et aux passions particulières le moyen de se satisfaire presque avec impunité. Un voudrait

que les dénonciateurs fussent tenus de donner des motifs, et que l'ecclésiastique dénoncé pût y répondre et se justifier, » Toutes ces réclamations ne doivent pas être écoutées, et les corps administratifs ne sauraient exiger une trop stricte exécution de la loi. Telle était l'opinion de Roland, mais on conçoit que, sans être religieux, beaucoup de braves gens ne voulussent pas prêter la main à l'application de mesures aussi rigoureuses.

Après trois mois de session et au début d'une nouvelle année, la Convention allait-elle chercher à connaître, d'une façon au moins approximative, létat des finances de la République? Elle avait, sans doute, la conviction que cette situation était mauvaise et elle en conclut que mieux valait ne pas l'exposer publiquement. Les lois financières qu'elle vola n'eurent donc le caractère que de lois de détail. La plus importante porte la date du A janvier 1793 : elle supprima la caisse de l'Extraordinaire et la réunit à la Trésorerie nationale. Dans son rapport sur ce projet, Cambon rappelle qu'elle avait été établie par l'Assemblée Constituante, afin de recevoir les assignats donnés en paiement des domaines nationaux, la contribution patriotique et les recettes extraordinaires; puis, qu'elle avait été chargée du paiement de la dette publique et enfin des versements successifs à faire dans le Trésor pour compenser la moins-value des impôts, ainsi que pour acquitter les dépenses extraordinaires. Il montre que l'intervention de la Caisse a entraîné de grandes complications, que son rôle est devenu inutile, qu'il faut « en revenir au principe que la multiplication des caisses est un obstacle réel à l'établissement de runiformité, qui est la principale base d'une bonne administration », et que la Trésorerie nationale comprend un assez grand nombre de bureaux pour pouvoir elfectuer à la fois toutes les recettes et toutes les dépenses. Il indique que la Trésorerie nationale disposera, à l'avenir, de la caisse à trois clefs, destinée à recevoir les assignats au fur et à mesure de leur

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fabrication, et que. pour leur t^ntrée et leur sortie, on n'aura ^'à suivre les mêmes formalités qui étaient usitées k la. caisse de l'Kxtraordinaire. Le projet ainsi élaboré par le «omité des linances ne donna lieu ù aucune observation, et, •en efl'et, il eût été diflicile de prouver que le rouage institué parla Constituante conservait une utilité quelconque.

Le lu janvier, Cambon rapporta devant la Convention un autre projet de loi; il était relatif au déficit du mois de décembre. Cambon exposa que le déficit en question montait à 105 millions, dont 9 millions provenant de l'écart entre les dépenses et les recettes normales, environ 6 millions d'avances consenties aux départements et prés de loO millions de dépenses extraordinaires. Sur ce dernier chiffre, 1:28 millions étaient applicables à l'entretien des armées, et le rapporteur ne cacha pas son regret, alors que l'on faisait pour elles de si gros sacrilîces, « d'entendre tous les jours dire qu'elles mancpiaient de tout ». Il ajouta qu'il ne restait que 1 i-S inillions en assignats dans la caisse à trois clefs et qu'il serait, par suite, nécessaire d'autoriser une nouvelle création de papier-monnaie. « Il en coûte à tout le monde, dit-il, d'entendre parler de création d'assignats, et il en coûte beaucoup à nous d'avoir à vous annoncer ces créations; mais il ne nous reste pas d'autres ressources. -) Ni les emprunts, ni les contributions ne pourraient fournira nos dépenses, et, dès lors, il importe d'augmenter la garantie des assignats. Pour cela il est nécessaire que les Belges nous donnent en gage leurs biens nationaux. « Nous pourrons, sur un tel gage, créer des assignats... Si nous portons aux peuples la liberté, nous devons être

dédommagés Il faut bien se pénétrer de cela, puisque

c'est là qu'est le nœud de la guerre. C'est à l'argent que l'Angleterre nous attend, c'e>»t à l'argent ([ue les puissances étrangères nous attendent. Il faut tV»ujours faire voir nos ressouices. Nous avons 2,:2(K) miliions de disponibles; nous avons, di' plus, les ressources des i)»'nj)l('S (pii vont devenir

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