Séance du 2 janvier
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au renouvellement du bureau qui eut lieu le 10 janvier, tous leurs candidats furent élus, Vergniaud ayant été nommé président et trois membres de son parti secrétaires. Mais ils commirent uno série de fautes et de lâchetés qui aboutirent à la fois à la condamnation à mort de Louis XVI, sans appel au peuple, et à leur propre défaite. En effet, c'est sur la proposition de l'un d'.'ux, Boyer-Fonfréde, que la première question posée à la Convention fut celle de savoir si le roi était coupable de conspiration contre la liberté de la nation et d'attentat contre la sûreté générale de l'État. Une énorme majorité, dans laquelle ils figurèrent tous, la résolut affirmativement'. Cette majorité tourna contre eux, car si les députés étaient presque unanimes à proclamer la culpabilité de Louis XVI, si les deux crimes qui lui étaient reprochés étaient si évidents, à quoi bon consulter la nation? C'est sans doute la réflexion que firent beaucoup de représentants : l'appel au peuple fut en effet repoussé par ■423 voix contre 286-.
L'échec était grave pour la Gironde. Un député courageux, qui ne faisait pas partie de leur groupe, Lanjuinais, leur offrit le lendemain le moyen d'échapper aux conséquences désastreuses qu'il pouvait avoir pour le roi et pour eux : il demanda qu'une peine ne put être prononcéee contre Louis XVI qu'à la majorité des trois quarts des voix, proportion exigée par la loi sur le jury : « Soyez, dit-il, d'accord avec vous-mêmes. Vous invoquez sans cesse le code pénal; vous dites sans cesse : nous sommes jury. Eh bien, c'est le code pénal que j'invoqui', ce sont les formes du jury que je demande, et auxquelles je vous supplie de ne pas faire d'exception... Vous avez rejeté toutes les formes que peut-êtr»,* la justice et certainement
1. Sur 721 députés ayant pris part au vote, 6'.t2 reconnurent Louis coupable. (Séance du 15 janvier.)
2. .Même «éance. — Les cliitTres que nous indiquons sont ceux xquels ont cru devoir s'arrêter, après de minutieuses vérilications, i rédacteurs des Archivr^s parlementaires. (!■■• série, t. LYII.)
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l'humanité réclamaienl : la récusation et la forme silencieuse du scrutin, qui seule peut garantir la liberté des suffrages. On parait délibérer ici dans une Convention libre, mais c'est sous les poignards et les canons des factieux... Je demande, aux termes de la loi, qu'il faille les trois quarts des suffrages. » Danton combattit, sans la réfuter, l'opinion de Lanjuinais; il rappela que la Convention avait voté l'établissement de la République à la simple majorité absolue, et qu'elle adoptait toutes les lois dans les mêmes conditions. Aucun orateur de la Gironde ne lui répondit que s'agissant d'un jugement à rendre, d'une condamnation à prononcer, il était juste de suivre les règles du code pénal, et on écarta par l'ordre du jour la proposition de Lanjuinais.
Enfin lorsque commença l'appel nominal sur la question de savoir quelle peine avait encouru le dernier roi des Français, on vit presque au début du scrutin Vergniaud, président de l'Assemblée, voter pour la mort *. La veille encore, il allait répétant qu'il ne la voterait pas; son changement d'opinion, l'exemple qu'il donnait en sa qualité de président de la Convention, furent de nature à impressionner bien des hésitants et des timides. La plupart des députés du parti modéré joignirent leurs voix à la sienne en faveur de la peine la plus rigoureuse, et en définitive, le majorité absolue des votants étant de 361, le nombre de députés qui condamnèrent Louis XS^I à mort atteignit exactement ce chiffre de 361. 26 autres, il est vrai, opinèrent encore pour la mort, mais en se réservant d'examiner s'il serait politique de presser ou de retarder l'exécution. 334 voix se prononcèrent au contraire pour la mort avec sursis ou pour d'autres peines, telles que le bannissement ou la détention, et nul doute que si les chefs des modérés,
1. Los députés votaient par département. Ceux de la Haute-Garonne et du Gers furent appelés les premiers, puis vinrent ceux de la Gironde, et Vergniaud émit sou avis le premier d'entre eux.
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Pétion, Vergniaud, Buzot, Ri-becqui, Isnard, Dncos, Barbaroux, Gensonné, Lasource, Carra et autres avaient cf usi» d'uair leurs suffrages à coux des révolutionnaires, la majorité n'oùt été déplacée. Ce n'était vraiment pas la peine d'avoir, au cours de la discussion, insisté sur les périls que feraient courir au pays le triomphe de la politique jacobine et la condamnation à mort de Louis XVI parla Convention, pour capituler au moment du vote. La conduite honteuse des Girondins leur enleva le peu d'autorité qui leur restait sur les peureux de la Plaine, et on peut dire qu'en envoyant le roi de France à l'échafaud, ceux qui représentaient dans la Convention les idées relativement sages ont préparé leur propre s pplice et l'asservissement de la France aux rénergumènes de la Montagne.
Le résultat de la séance permanente des 10 et 17 janvier éteignit d'ailleurs chez eux toute velléité d'indépendance. On put s'en apercevoir le 17 janvier lorsque l'on discuta une proposition tendante à ce qu'il fût sursis à l'exécution de Louis XVL A la vérité quelques Girondins, Buzot, Brissot, Dufriche-Valazé, établirent qu'il serait impolitique et dangereux de procéder immédiatement à cette exécution, mais ils ne furent pas soutenus par leurs amis, et si 310 députés votèrent pour le sursis', 3801a rojetèrent. Cette fois encore, Vergniaud, Barbaroux, Lasource, Isnard, Ducos, Gorsas, Bébecqui, etc., firent partie de la majorité.
II n'était pas besoin de beaucoup de perspicacité pour prévoir que les Jacobins seraient dorénavant les maîtres de
I. Il fallut un certain couragn .'i ces 310 députés pour appuyer de leurs sulTrages la proposition de sursis. Les journaux révolutionnaires lufuacaieut, en etl'et, de la vengeance populaire ceux qui s'opposeraient iV ce que le roi fût ujfs à mort sans délai. Quand on connut les noms des députés qui avaient formé la minorité, et parmi eux figuraient certains (iirondins notables, tels(jiie Fétion,Louvet et Birotteau, les menaces et les injures redoublèrent contre eux. o Ils étaientsignalés comme royalistes et comme suppôts de la tyrannie; ils s'attendaient li être assassinés. » (Uertraml de" Molcvillc, lli.si. de la iiévoL,
la République. Le ministre de l'Intérieur en fut si bien con vaincu, qu'il se démit de ses fonctions.
La position de Roland devenait intenable, du moment que les modérés s'efTaçaient et que l'influence allait appartenir aux pires révolutionnaires. Il était l'adversaire déterminé de ceux-ci, et tout récemment, le 16 janvier, il avait adressé à la Convention une lettre très vigoureuse contre leurs agissements. L'Assemblée l'avait consulté pour savoir s'il était vrai qu'un grand nombre d'habitants de Paris quittaient la ville, où les sections s'étaient réparti des canons que Pache leur avait livrés, et où le bruit courait que les barrières étaient sur le point d'être fermées. Il répondit en ces termes : « Assurément, depuis un mois, beaucoup de personnes, indépendantes par leur état et leur fortune, abandonnent une ville où l'on ne parle, chaque jour, que de renouveler des proscriptions dont le souvenir fait horreur et dont l'attente est affreuse... Qu'y-a-t-il donc d'étonnant à ce que l'on fuie? N'est-ce pas le comble de l'audace ou de l'aveuglement, que de dénoncer cette fuite comme contraire à l'ordre public et de proposer de fermer les barrières pour la tranquillité de Paris? Les assassins en sont-ils donc au point doser se servir de l'effet même de leurs trames, pour en assurer les derniers succès ? Fermer les barrières d'une ville agitée, d'où l'ordre et la sûreté sont bannis, pour mieux retenir et choisir les victimes qu'on se propose d'immoler !... Je sais que la Commune et Santerre assurent que Paris est tranquille ; je sais qu'ils l'assuraient aussi au 2 septembre... La même faction existe, les mômes malheurs nous menacent. J'userai de toutes mes facultés pour les conjurer. »
Après avoir parlé en termes aussi indignés des Jacobins quiiterrorisaient la capitale, Roland ne pouvait pas conserver le ministère, lorsqu'ils eurent remporté la victoire dans le procès de Louis XYI. Le 23 janvier il envoya donc à la Convention sa démission. 11 la motivait par son dissentiment avec Pache, par l'impopularité que lui avait value sa résis-
tance aux entroprisos des désorg-anisateurs, parles attaques passionnées et de mauvaise foi journellement dirigées contre lui à raison de son amour de la liberté, enfin, par la fatigue sous laquelle il succombait après plusieurs mois de l'administration la plus dillicile '. Sa démission fut aussitôt acceptée, et dans le parti auquel il appartenait, qu'il avait servi de son mieux et pour lequel son départ allait être une nouvelle cause de faiblesse, il ne se rencontra pas un orateur pour exprimer à son égard un regret ou un éloge "-.
Roland fut immédiatement remplacé par Garât, qui échangea le portefeuille de la Justice pour celui de l'Intérieur, et qui inspirait bien à tort confiance aux Girondins.
Profondément sceptique, plein d'un optimisme de commande qui le poussa à toujours nier l'existence des complots tramés par les partisans de la Commune, ayant pris pour règle de conduite de ne jamais s'opposer aux entreprises du parti qui lui paraîtrait le plus fort, Garât fut en effet pour les modérés un adversaire d'autant plus redoutable qu'il était leur ennemi caché.
Or, le parti le plus fort, c'était incontestablement celui des Jacobins. Tous les moyens, même les plus déloyaux, leur étaient bons pour parvenir à leurs fins, et grâce à l'intimidation qu'ils exerçaient sur les députés de la Plaine, ils
). Dans une notelai.s?ée par Hnlaud sur les causes de sa dr^nission, il ne cache pas qu'une de riMles qui le décidùrent à abandonner le pouvoir, fut le d'''goùt qu'il éprouvait;! voir que ses amis n'osaientpas prendre sa défense lors de? dénonciations dirigées contre lui. « Les uns, dil-il dans cette note, craignaient les poignards dont j'étais uioiraôme menacé h chaque instant: les autres, se croyant quelque popularité, craignaient de la conipro'.nettre ; ou prétextait quelquefois la nécessité de conserver son iniluence pour des circonstnnces importantes; quelquefois aussi on affectait de dire ou ou le disait de bonne foi : « Qu'importe? Il w faut pas les irriter, ils se font connaître, ils s'usent. i> 11 n'est pas d'ineptie ou de faiblesse dont je n'aie été témoin «t patient. » Mme Holand. Mémoires, II, 303.)
2. Toutefois, un décret, rendu malgré l'opposition de l'extrême gauche, ordonna que la lettre du ministre démissionnaire serait envoyée aux 84 départcnients, et il faut reconnaître (ju'il eût été dillicile de rien ajouter au panégyrique (jue Holand faisait de lui-même.
faisaient adopter par la Convention les décisions qui leur plaisaient. En voici deux exemples. Le 21 janvier, vers la fin de la séance, Basire déclara que le comité de sûreté générale, tel qu'il était composé, n'avait plus la confiance « des bons citoyens », et qu"il fallait le renouveler. Fabre d'Églantine ajouta que ce comité était trop nombreux, et il demanda qu'il fût réduit à douze membres. Les Girondins avaient un grand intérêt à ce que la motion fût écartée, car le comité de sûreté générale avait été réélu le 9 janvier, et ses quinze membres étaient tous des modérés. Cependant ils ne combattirent pas les propositions de Basire et de Fabre, et il fut décrété, dune part, que le comité ne compterait plus que douze députés, d'autre part, que Ton procéderait à leur nomination au cours de la séance du lendemain. Mais à peine celle du soir fut-elle ouverte, qu'un Montagnard, Choudieu, réclama le renouvellement immédiat du comité. La Chambre était fort loin d'être au complet, car l'ordre du jour ne comportait rien dimportant. En vain Vergniaud, qui présidait, fit observer que, quelques heures auparavant, l'élection avait été fixée au 22 janvier. Les Jacobins l'accusèrent de despotisme, et ils insistèrent avec tant de violence que la majorité consentit à choisir de suite les nouveaux membres du comité de sûreté générale. On s'aperçut alors que les Jacobins, pour le cas où leur manœuvre réussirait, avaient préparé une liste de candidats. Grangeneuve et Defermon essayèrent aussitôt de faire ajourner le scrutin, par le motif que n'ayant pas été prévenu, leur parti n'avait pas composé de liste. On passa outre à leur protestation, et les douze candidats révolutionnaires furent élus '. A peine nommés, ils prennent la résolution de signaler leur zèle. Sous prétexte de découvrir et, en tous cas, d'intimider les royalistes, ils font cerner, le 27 janvier, le Palais- Boyal et ses abords par la garde nationale, et on s'empare
r. Sur 299 votants, ils n'obtinrent qu'un nombre de voix variant entre 174 et 106. Or, la Convention se composait de 749 députés.
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de toutes les personnes qui s'y trouvent. On opère ainsi 6,000 arrestations, et comme elles sont faites au hasard, presque aucune nest maintenue. Un résultat est pourtant atteint : « c'est de montrer à la population parisienne que le régime des mesures arbitraires n'est pas encore passé, que ia Commune et le nouveau comité de sûreté générale sont disposés à renouveler les scènes des derniers jours d'août, si cela peut être utile aux desseins secrets de leur politique '. » En même temps, le comité lait jeter en prison un journaliste nomuié Nicole, qui a osé écrire que le comité se compose « d'hommes de sang, qui disposent souverainement de l'honneur, des biens et de la vie des citoyens », et qui rappellent le conseil des Dix de Venise. Le lendemain, Buzot dénonce tous ces faits à la Convention ; il montre la liberté individuelle et la liberté de la presse gravement violées, il prononce ces paroles : « Si vous tourmentez les citoyens, si vous les aigrissezcontre la Révolution, qui paiera les impôts ? Où trouverez-vous des hommes pour faire la guerre? Ils vous diunanderont : pour qui allons-nous nous battre ?... On parle d'union, et tous les citoyens se regardent avec défiance. Chacun craint d'être envoyé à l'Abbaye où les souvenirs du 2 septembre l'attendent. » Au milieu des plus grossières interruptions, Buzot poursuit son discours, et il conclut en demandant l'annulation du décret en vertu duquel le comité de sûreté générale a été renouvelé ainsi que l'élargissement de Nicole. On vote, et ces deux propositions sont repoussées. Les (rirondms peuvent s'apercevoir que la Convention est définitivement asservie à leurs adversaires.
Une des conséquences que, suivant Vergniaud, Brissot et autres orateurs un la (lironde, devaient amener la condam-