M'irliiiior Tcrnaiix, llisluire de In Terreur, Vf
nation et l'exécution de Louis XVI, ne tarda pas à se produire. En effet, le ministre des Affaires étrangères informa la Convention, le 30 janvier, que le cabinet Britannique venait de remettre ses passeports à notre ambassadeur, M. de Chauvelin, et lui avait enjoint de sortir d'Angleterre avant huit jours. Lebrun ajouta que les Anglais poussaient leurs armements avec un redoublement d'activité. Un décret fut immédiatement rendu, pour autoriser le pouvoir exécutif à prendre d'urgence toutes les mesures qu'exigerait la sûreté de l'État, et le surlendemain, l"'' février, Brissot fit un rapport, au nom du comité de défense générale, tendant à ce que la guerre fût déclarée au roi d'Angleterre et au stathouder de Hollande. Dans ce rapport, Brissot avoue qu'il n'y a pas à se dissimuler les dangers de cette nouvelle guerre. « C'est l'Europe entière, dit-il, ou plutôt ce sont tous les tyrans de l'Europe, que vous avez maintenant à combattre sur terre et sur mer. Vous n'avez point d'alliés, ou plutôt tous les peuples le sont; mais ces peuples ne peuvent rien pour vous : ils sont dans les fers... Il faut que votre sol, votre industrie, votre courage suppléent à tout ce que la nature et les circonstances vous refusent; il faut que le capitaliste consacre enfin ses fonds à soutenir les assignats et à subvenir au besoin du numéraire; que le propriétaire et le laboureur, renonçant à toute spéculation, portent l'abondance dans nos marchés... Il faut que la grande famille des Français ne soit plus quune armée, que la France ne soit plus qu'un camp, où l'on ne parle que de guerre, où tout tende à la guerre. Il faut surtout s'attendre aux revers, se préparer à l'infortune par les privations, par une vie simple et frugale. » Les privations, la guerre, avec toutes les charges qu'elle entraine pour la collectivité, toutes les infortunes dont elle est la source pour les particuliers, allaient en effet être pendant des années le régime auquel en serait réduite la France. Et voilà ce qu'elle gagnait à tolérer que la Révolution devint
violente, sanguinaire et conquérante. Brissot ne doutait point toutefois du succès liiial, il promettait que nous saurions abattre l'Angleterre, « ce colosse plus imposant que terrible », et qu'avant un an « la Banque royale de Londres serait anéantie ». Personne ne prit la parole pour s'opposer à la déclaration de guerre, et elle fut votée par un décret précédé de longs considérants, destinés à établir que la responsabilité des hostilités incombait tout entière au cabinet britannique, ainsi qu'à celui de La Haye qui s'était allié à lui contre la République française '.
N'ayant plus de ménagements à garder envers les puissances étrangères, la Convention n'hésita pas à se lancer dans la voie des annexions. La veille même du jour où Brissot donna lecture de son rapport, elle avait été informée que les Liégeois s'étaient prononcés, par plus de 9,000 voix sur 9,700 votants, en faveur de leur réunion à la France- Aussitôt Cambon, grand partisan, au point de vue financier, des agrandissements de territoire, avait insisté pour que la Chambre incorporât sans retard le pays de Liège à la France, et comme une pétition des habitants du ci-devant comté de Nice, demandant que cette province fût érigée en département français, avait été communiquée à la Convention le 15 janvier, il avait en outre réclamé qu'il fût immédiatement fait droit à cette pétition. A Innaniniilé. la Convention avait accuf'illi la proposition de Cambon, et un décret avait
1. Quelques semaines plus tard, la guerre fut également déclarée au roi d■R^pagnp,cn vertu d'iiii ilécret du 1 mars rendu sur le rapport de Barère. Dans son rapport, Barère reprochait au roi dlispagne de ne pas vouloir reconnaître la Uépubli lue lrau(;aise et d'avoir procéda à «les armements dont le seul but -'tait de forcer la Ilépiibli(iue à lui adresser une déclaration de guerre, afin « d'éviter Tapparence d'une agression dèsMongtcmps préparée, et de pouvoir accuser la ConventioM auprès du peuple espagnol pour nationaliser la guerre •>. Il faisait remarquer que les finances de la monarchie étaient en déficit, que son crédit était nul, que le gouvernement de .Madrid ne parvenait à recruter ni soldats, ni matelots, et que «:jU,000 esclaves enrégimentés n'étaient pas dangereux pour les Français libres ». Nous n'allions pas moins avoir à livrer de rudes combats sur la l'ronlière des Pyrénées.