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Actes du Com. de subit puhlic, IV, ;}o

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l'emporter, grâce à la supériorité du talent oratoire de ses chefs et à la peur qu'iuspiraient ses adversaires. Mais l'existence de la Commune donnait aux Montagnards une véritable suprématie de fait, et il nous reste à montrer, aussi rapidement que possible, comment l'alliance de la faction -démagogique de la Convention et de la Commune de Paris parvint, en écrasant la Gironde, à établir en France le régime connu suus le nom de la Terreur.

Depuis quelque temps déjà, la Commune se préparait à une action révolutionnaire. Le 1^"^ avril, en effet, elle avait encouragé la fondation d'un comité central, composé des principaux agitateurs des sections, qui devait tenir ses séances à l'Archevêché et elle lui avait alloué des frais de bureau. Elle possédait ainsi sous la main un instrument •dont elle pourrait se servir, le moment venu, pour préparer et exécuter des coups de force. Les échecs que les Jacobins subirent, dans beaucoup de sections, au commencement de mai, la déterminèrent à agir. Donc, le 13 mai, après avoir •entendu un rapport de son administration de la police sur l'état de Paris, rapport où il était dit que l'audace des aristocrates inspirait aux patriotes qui allaient partir pour la Vendée les plus légitimes inquiétudes sur ce qui se passerait dans la capitale quand ils ne seraient plus là, et que *< le riche égoïste, le sybarite voluptueux » devaient subvenir aux besoins du peuple privé de travail par la Révolution, elle ■décida l'organisation, à bref délai, d'une armée révolutionnaire soldée qui serait composée de sans-culottes, ainsi que le désarmement et l'arrestation des suspects. Dès le lendemain, en vertu de cet arrêté de la Commune, les administrateurs de la police invitèrent les comités révolutionnaires des sections à funner une assemblée à la mairie à l'effet de prendre des mesures de salut public et notanmient de dresser une liste des suspects. La majorité des sections envoya, en effet, des commissaires à la mairie et ils y tinrent des séances secrètes, dans lesquelles on proposa d'empri-

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sonner, même de « septembriser » 22 députés modérés.

Le bruit se répandit alors dans Paris que les Jacobins, d'accord avec la Commune, tramaient un complot contre la représentation nationale et, à la séance du 18 mai, Isnard, alors président de la Convention, annonça que les ennemis de la France, reconnaissant qu'ils ne pouvaient pas en triompher autrement, étaient parvenus à fomenter une insurrection qui était sur le point d'éclater, afin d'anéantir la Convention. Marat déclara que le seul complot dont on dût se préoccuper était celui que les hommes d'Etat avaient formé contrôla patrie; mais Guadet exposa nettement les projets des anarchistes et conclut, d'une part, à ce que la municipalité de Paris fût cassée, d'autre part, à ce que les députés suppléants fussent immédiatement convoqués à Bourges. L'urgence de la première de ces propositions était évidente et les Girondins auraient dû faire tous leurs efforts pour qu'elle fût votée. Cependant, ils tombèrentdans un piège que leur tendit Barère. Celui-ci, tout en avouant, au nom du Comité de salut public, qu'un mouvement se préparait depuis quelques jours dans le but d'épurer la Convention, combattit les deux motions de Guadet et demanda simplement la nomination d'une commission de douze membres, qui serait chargée d'examiner les arrêtés pris, depuis un mois, parla Commune. La nomination de cette commission ne résolvait rien et ne pouvait que prolonger l'agitation. N'étant pas investie de pouvoirs extraordinaires et n'ayant pas la force publique à ses ordres, elle ne pouvait qu'être impuissante. Le parti modéré se rallia néanmoins à l'avis de Barère, et un décret institua la commission des Douze.

Le lendemain, 19 mai, le maire Pache chercha à rassurer la Convention, en lui écrivant une lettre où il racontait que l'assemblée des commissaires des sections, tenue à l'Hôtel de Yille, avait eu lieu en vertu d'un arrêté de la Commune, qui les avait appelés à seule fin d'adopter un mode uniforme

pour la levée de l'imposition à établir sur les riches, conformément il l'arrêté du département de l'Hérault. Mais on savait bien que ce n'était là qu'un prétexte et trois sections, celles de la Fraternité, de Quatre-vingt-douze et de la Butte-des-Moulins,les deux premières le 23 mai, la dernière le !24 mai, avertirent la Convention que l'assemblée de la mairie se proposait de renouveler le 10 août et le 2 septembre, lui demandèrent de sévir contre ceux qui voulaient attenter à la liberté d'une partie de ses membres, et lui affirmèrent que les Parisiens étaient las de trembler devant quelques scélérats atfublés du masque du patriotisme. C'était le cas d'ayir, de déjouer les plans des Jacobins par des mesures pratiques et efficaces. Au lieu de cela, la Chambre se borna, après avoir entendu un rapport de la commission des Douze attestant la réalité d'une conspiration, à adopter, le 24, un décret qui mit « sous la sauvegarde des bons citoyens la fortune publique, la représentation nationale et la ville de Paris », ([ui augmenta l'effectif du poste préposé à la garde de la Convention el enjoignit aux sections de ne pas prolonger leurs séances au delà de 10 heures du soir. Si anodin qu'il fût, ce décret souleva l'indignation de Marat et de Danton; mais, puisqu'ils parvinrent à le faire passer, Vergniaud et Boyer-Fonfréde auraient aussi bien pu obtenir qu'on y ajoutât quelques dispositions moins vaines el de nature à mieux protéger la sécurité des députés.

Les révolutionnaires firent semblant d'être irrités du décret du 24 mai, mais il ne les effraya en aucune manière, et on le vil bien, après l'arrestation d'Hébert opérée par ordre de la commission des Douze. A peine la Commune la connait-elle, qu'elle proteste el envoie une députalion réclamer à la Convention la mise en liberté « d'un magistral estimable pour ses vertus civiques et par ses lumières. » Isnard a le tort, en répondant aux pétitionnaires, de se laisser emporter par sa fougue de rhéteur et il va jiis-

qu'à dire, prétendant parler au nom de la France entière, que si un atteittàt était commis contre la Convention, grâce à la connivence des autorités municipales de Paris, Paris serait détruit et qu'on en chercherait les traces sur les rives de la Seine. Paroles imprudentes que Danton s'empresse de relever dans un discours destiné à enflammer la colère des Parisiens, et que tous les adversaires des Girondins exploitent comme la preuve des noirs desseins nourris par eux contre la capitale '.

Le lendemain, plusieurs sections saisissent à leur tour la Chambre de violentes protestations contre l'arrestation d'Hébert ; au club des Jacobins, Marat et d'autres forcenés déblatèrent contre les hommes d'État, contre la commission ; Robespierre, après avoir accusé les « Brissotins » de vouloir replonger le peuple dans l'esclavage, déclare que le moment est venu pour les patriotes de s'insurger. Bref, de tous côtés, une agitation terrible s'organise contre la Convention. Les Jacobins et leurs partisans se rendent en foule dans les sections, en chassent les honnêtes gens et y font adopter des motions favorables aux vues de la Montagne. Lorsque les députés se réunissent le 27, le palais des Tuile-

1. « Le parti de la Gironde comptait sui- les secours des Parisiens honnêtes dans les sections et des bons citoj'ens dans les départeliients... Mais si Isnard, si les Girondins avaient tant soit peu réiléchi, ils auraient vu qu'il y avait beaucoup d'imprudence à compter sur cette partie honorable de la natiou. Ils pouvaient encore moins compter sur la partie religieuse, qui n'était pas la moins nombreuse et qui faisait aussi peu de cas des Girondins que des Montagnards... Il en faut dire autant de cette foule de mécontents que la lîévolution avait lésés dans leur condition, dans leurs biens, dans leurs places. Ils voyaient du même œil d'indignation et de vengeance tous leurs déprédateurs. Enfin, tous les amis de l'aicien régime et du roi dont Isnard et tous les Girondiiis avaient voté la mort, n'étaient certainement pas prêts à les défendre. » (Durand de Maiilanc, Mémoires, tll-112). — 11 est certain que les Girondins, avec leur politique souvent violente et toujours irrésolue, n'avaient pas su rallier autour d'eu.x les nombreux adversaires de l'ancien régime qui acceptaient la République, mais qui étaient effrayés des excès révolutionnaires. A leurs yeux, le parti de la Gironde n'était qu'une faction plus insiruiti- et moins violente, mats presque aussi dangereuse que celle des Jacobins.

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ries, où ils se sont récemment installés, est entouré de rassemblements, les uns menaçants, les autres formés de curieux qui attendent les événements. Presque au début de la séance, Marat demande la dissolution de la commission des Douze, il reproche à la majorité d'avoir exaspéré le peuple en laissant parvenir les denrées à un prix excessif et il la menace d'une insurrection prochaine. Le président ayant refusé la parole à Robespierre, un tumulte effroyable éclate et se prolonge, au cours duquel Bourdon de l'Oise menace le président de lassassiru-r ; (iarat. ministre de l'Intérieur, s'applique dans un long discours, à innocenter la Commune, il excuse Hébert et trouve son arrestation non justiliée, il prétend que la Convention ne court aucun risque et il reproche aux membres de la commission de céder à des terreurs imaginaires, d'avoir outrepassé leurs pouvoirs. Des députations de 28 sections sont introduites ; elles se répandent sur les bancs que beaucoup de députes ont quittés, et, prenant part au scrutin, elles coutribuentauvote de deux décrets, dont l'un ordonne l'élargissement d'Hébert et dont l'autre casse la commission des Douze.

Au point où les choses en sont arrivées, il est manifeste que si la Convention ne se décide pas à prononcer la dissolution de la Conjmune et des sections, à nommera la tête de la garde nationale, qui, depuis le départ de Santerre pour la Vendée, manque de chef, un commandant général énergique et dévoué, et à changer le ministre de l'Intérieur, elle sera asservie au parti démagogique, (jui la décimera à son aise. Les modérés ont trop tardé à se défendre, mais il leur est loisible de faire passer des décrets dans le sons (^ui précède, car ils disposent encore de la majorité. En elfet, le 28 mai, Lanjuinais et (luadet ayant demandé l'annulation du décret de la veille rendu dans les conditions les plus irréguliùres contre la commission des Douze, on procède à lappel nominal, et, en dépit dos eifortsde Danton, .lean-Bon-Sainl-.\ndré, Ossolin et Robespierro, :27î) voix

contre 238 se prononcent en faveur du maintien de la commission. Stérile victoire, car aucune autre mesure n'est prise qui puisse prévenir ou réprimer les violences anarchistes ! La perte des Girondins est dés lors certaine : ils ont la naïveté de croire que leurs adversaires respecteront la légalité, et ceux-ci sont formellement résolus à la violer.

Les événements qui suivirent sont trop connus pour que nous ayons à y insister. On sait que le 29 et le 30 mai d'insolentes pétitions de plusieurs sections réclamèrent la mise en accusation des membres de la commission des Douze, que le 30 mai, la réunion de rArchevèché se déclara en l'état d'insurrection et décida la fermeture des barrières de Paris, que la Commune fut dissoute par les commissaires des sections et réinstallée immédiatement avec le titre de Commune révolutionnaire, que celle-ci nomma un comité avec mission de prendre des mesures de salut public exécutoires sur l'heure, qu'elle arrêta le désarmement pour le lendemain de tous les suspects et la mise en recouvrement immédiat de l'emprunt sur les riches, emprunt dont il fut stipulé que le produit servirait à donner des secours aux familles des citoyens partis pour l'armée et à payer la garde révolutionnaire de Paris, qu'elle vota quarante sous par jour de solde aux citoyens peu fortunés, tant qu'ils resteraient sous les armes, enfin qu'elle désigna le démagogue Henriot comme commandant en chef de la garde nationale.

Quand, le 31 mai, la Convention ouvrit sa séance à six heures du matin, le tocsin sonnait, la générale résonnait dans les rues. Des discours furent prononcés, pleins de récriminations d'une part, de menaces de l'autre, mais pas un Girondin n'ouvrit un avis vigoureux pour tâcher de soustraire la représentation nationale au despotisme de la multitude. Lesdéputationsdes sections se succédèrent toute la journée, et elles finirent par envahir les places réservées aux députés. Au nom du Comité de salut public, Barère

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fit un rapport qui donnait pleine satislactionà la Montagne, et linalement la Convention vota la suppression de la commission des Douze, des remerciements aux sections de Paris comme ayant bien mérité de la patrie, et l'invitation au Comité de salut public de rechercher les auteurs des complots liberticides dénoncés par les sections. La journée du 1" juin, fut marquée par l'adoption d'une proclamation aux Français rédigée par Barère et ayant pour objet de leur l'aire admirer les événements du 31 mai, présentés de la lacon la plus mensongère par ce porte-parole du parti victorieux. Le dernier acte de la tragédie allait s'accomplir, mais il manqua de grandeur et ne donna que le spectacle de la lassitude des uns, de la brutalité dos autres.

Au cours de la séance du "1 juin, Lanjuinais seul parla avec courage; les Girondins eurent l'attitude de victimes résignées. Dénoncés par les autorités révolutionnaires de Paris, attaqués par les Montagnards, nominativement désignés à la proscription par Marat, lâchement abandonnés par la Plaine, 29 députés du parti de la Gironde et les deux ministres Claviére et Lebrun lurent décrétés d'arrestation, après que la Convention eût subi l'huiuiliation d'une promenade inutile devant quelques-uns des nombreux bataillons de garde nationale rassemblés sous les ordres d'Henriot dans le jardin des Tuileries, sur la place du Carrousel et sur les quais de la Seine. Entre temps, l'Assemblée avait voté un décret sur l'organisation d'une troupe de 6,000 sans-culottes, auxquels serait confiée la garde de Paris et qui recevraicul une solde de 40 sous par jour.

Ce môme jour, la Commune, afin de mieux diriger le mouvement insurrectionnel, siégea depuis neuf lniures du matin jusqu'à plus de minuit. Parmi les arrêtés qu'elle prit, il nous faut en signaler plusieurs, celui-ci d'abord qui était un empiétement l'vident sur les attributions du législateur : « Considérant que la Révolutionne pourra s'achever, tant (pie ses cnnoinis seront ;i la tèti' de l'Administration ;

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qu'il est temps de terminer la lutte impie des faux amis de la liberté contre ses véritables enfants : aucun ci-devant noble, aucun prêtre réfractaire ni assermenté ne pourra remplir les fonctions d'officier ou de fonctionnaire public ». Puis d'autres arrêtés, les uns qui, pour satisfaire les passions de la basse classe, ordonnèrent aux sections de mettre en activité la perception de l'impôt sur les riches, conformément au mode approuvé par la Commune dans son arrêté du 3 mai, et décidèrent que le décret relatif au maximum du prix des grains serait à bref délai exécuté; les autres qui, pour terrifier les quartiers où l'opinion publique était modérée, prescrivirent de procéder en hâte au désarmement et à l'arrestation des suspects.

La capitale était donc tombée sous la domination des pires démagogues et les derniers arrêtés de la Commune présageaient aux commerçants, aux propriétaires, à tous les gens laborieux et paisibles, le sort qui les attendait, maintenant que les mesures les plus ruineuses et les plus tyranniques ne devaient plus rencontrer d'opposition dans la Convention. A Paris, on avait lieu de redouter la phase nouvelle dans laquelle allait entrer la Révolution ; mais, dans la plupart des départements, les hommes qui occupaient une certaine situation sociale ou qui possédaient quelque fortune, avaient déjà perdu toute sécurité. Si l'on se reporte à la correspondance des Conventionnels en mission, on constate, en effet, qu'à peu près partout, ils avaient ordonné de nombreuses arrestations, sous le prétexte de mettre les malveillants dans l'impossibilité de nuire et de les empêcher de fomenter des désordres, de semer la division dans les esprits, de répandre autour d'eux l'inquiétude par des propos inciviques. C'est ainsi que, d'après la déclaration des pétitionnaires du département de l'Ain qui comparurent le 29 mai devant la Convention, dans ce seul département, 500 personnes avaient été jetées en prison par ordre des commissaires .\mar et iVIerlino. Comme les Conventionnels envoyés

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€11 province étaient presque tous de fougueux révolutionnaires, ils avaient trouvé généralement que l'esprit public n'y était pas à la hauteur de leur jacohinisnio, et quil avait besoin d'être fortement surexcité. Pour cela, ils avaient eu recours à deux moyens : la formation do sociétés populaires que dirigeraient quelques énergumenes, doublés d'un certain nombre d'intrigants de bas étage, et l'arrestation des suspects. Or, pour être réputé suspect, il suffisait d'avoir excité l'envie ou des rancunes, d'avoir manifesté des opinions libérales ou religieuses, de passer pour regretter la royauté ou la constitution de 1791.

l'n lourd despotisme pesait donc sur la France, et si l'on réflérliil <\n'ii l'inquiélude qu'il causait, s'ajoutaient la perturbation résultant pour nuiinles familles de la rigueur et de l'incohérence avec lesquelles s'opérait le recrutement, les soucis d'une guerre extérieure qui était loin d'être toujours heureuse, les craintes occasionnées par la révolte de la Vendée et par un soulèvement qui venait d'éclater dans la Lozère, les dévastations commises dans les départements de l'Ouest, tant par les troupes républicaines que par les bandes insurgées, les ruines amenées par la dépréciation des assignats, par l'arrêt des manufactures et par le ralentissement du commerce, enfin, les souffrances dues à la disette dans beaucoup de départements, on avouera que notre malheureux pays se trouvaitdans une situation lamentable, au point de vue politique, économique et financier. C'est à cet état que l'avaient réduit huit mois de gouvernement de la Convention, mais le jacobinisme triomphant du :{| mai et du 2 juin devait lui faire traverser une période bii'n plus sombre encore.

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