‹ Histoire financiereChapitre 10 sur 34 · IS · texte numérisé non relu

IS

Il n'y a pas de Onances sans un gouvcriicinent ferme,

C[ui sache ce qu'il veut, et qui ne perde pas un instant de vue raccomplissemeni de ses desseins. La pensée qui fait régner Tordre dans les dépenses est la même qui le fait respecter sur la place publique. Ce sont deux faces et comme* deux applications d'une seule volonté. La première république a péri par le désordre des finances autant que par Tanarchie du pouvoir. Espérons que la seconde finira par nous donner un spectacle tout différent. 11 serait trop douloureux de penser (|ue le parti modéré, qui entreprend d élever la révolution à la hauteur d*un gouvernement, ne saura se montrer ni |>lu8 capable ni plus vigoureux que les hommes qu il a supplantés aux applaudissements de la France.

DE LA SITUATION FINANGIÈnE

Airril t8»f.

Dans UQ discours qui a obtenu et qui méritait un. grand retentissement M. Donoso Ciortès, tirant Phoroscopc des gouverneoients constitulionaels, prédit qu'ils périront par la banqueroute. L'orateur espagnol; pendant qu'il était en train de jeter sur la situation des pouvoirs ces clartés funèbres, aurait bien pu étendre sa prédiction aux gouTemements absolus. Je ne "vois pas en effet ce qui les préserve. Les gouvernements absolus de l'Europe éprouvent les mêmes embarras financiers, qui, mis à découvert dans les gouvernements constitutionnels par les révélations de la presse et par les éclats de la tribune, affaiblissent ceux-ci aux yeux de l'opinion publique et font douter de leur durée. Les uns comme les autres ont coutume d'épuiser toutes les ressources de rimpôt, et ils ont un égal besoin du crédit. Y a-t-il, sur le continent européen, des finances plus embarrassées que celles de T Autriche ? Est-il un pays où la circula-

(^) Prononcé le dO janvier^ devant la Chambre des députés à

Mddrid.

ra LA SITUATIOR FIlfAIfCIBRB ET DU BlIDGBT DB 1851. 119

tioD monétaire ait subi de |)lus aocieiines et plus profondes perturbûiHMM? Eicomment parler da crédit d'un jïouvernemenl qui ne sait ou ne peut combler le \uh» de ses caisses qu'au inoyea do lemprunl forcé? L'équilibre entre le8 dépenses annuelles et les revenus de TEtat ne règne pas assurément en llussie plus sincèrement ni plus complètement qu'en France ou qu*en Espagne. L'empereur a beau disposer de la vie et des biens de ses sujets, il a beau posséder, dans les mines d'or de l*Oural et de la Sibérie, des trésors plus abondants que ceux delà Californie elle-même, cela ne le dispense pas d'ouvrir un emprunt à Londres et de subir la loi des marchands d argent.

L'invention de la poudre à canon a égalisé les chances de la guerre entre les peuples; Tusage du crédit nivelle en quelque sorte les eonditions des gouvernements. Une monarchie absolue à laquelle Timpot ne sui'lit pas et qui emprunte devient justiciable de la publicité, et se condamne à passer par toutes les épreuves qui semblaient réservées exclusivement aux États constitutionnels : elle s'expose aux mêmes causes de dissolution, sans avoir les mêmes ressources ; car c'est seulement dans les Etats libres que le feu de la discussion, qui a souvent une intensité dévorante, épure quelquefois et vivifie.

L'Angleterre est aujourd'hui la seule nation qui présente à l'observateur des finances vraiment florissantes.

L'Euro{)e septentrionale, (jui a vécu pendant la guerre de ses subsides, ne vit depuis la paix que des emprunts qui vont chercher des preneurs sur cet immense et uni* verselmarché des capitaux. Cependant TAngleterre ellemême ne parait pas être rentrée dans une situation as-

\dO DE LA SITUATION FINANCIÈRE

surée ni normale. Elle [jlie sous le t'aix d'une dette dont rintéréi annuel absorbe le plus clair de son revenu , et plusieurs des ihipôts d'où ce revenu découle, battus violemment en brèche, ont déjà été à peu près emportés d'assaut. Dans une discussion récente, devant la chambre des communes, qui est omnipotente en matière d'impôt, on n'a trouvé que trois voix de ma jorité pour maintenir la inxedes fenêtres. Un revenu de 50 millions a failli èlre enlevé comme une feuille morte par le souffle d'un scrutin inattendu.

11 faut donc en prendre son parti, les finances de tous les empires sont ébranlées. Les embarras d'argent viennent partout compliquer les diflficultés politi(]nes. C'est encore aujourd'hui comme en 1789. iNous avons à inaugurer les réformes économiques et à ramener l'ordre dans les finances de la même main qui défendra et qui raffermira les bases chancelantes du pouvoir et de la société.

Le fardeau des impôts est une quantité relative qui se mesure à la richesse des contribuables. Ainsi, lou ne dit rien de sérieux quand on fait remarquer que les dépenses publiques vont croissant avec la somme des libertés dont jouissent les nations, car les peuples les plus libres sont aussi généralement les plus industrieux, et par conséquent les plus riches. L'Angleterre, avec vingt-huit millions d^habitants, supporte sans fléchir le poids d'un budget qui accablerait la Russie, malgré sa population deux fois plus nombreuse, et le budget de la France, en 1847, élevant à '1,600 millions les dépenses de rttal, laissait bien loin derrière lui comme un infiniment petit ce budget de 1789, dans ieqael un défi-

KT ni^ BUDCiET OIC iSM. 131

cit qui serait anjourri^huiè peine sensible aTaii bâté

rheiire de la révoluliou.

L'infériorité des gouvernements constitutionnels et des républiques principalement, consiste en ceci : que le progrès naturel de la richesse y est contrarié et tenu eu échec par Tinstabilité du pouvoir. Voilà ce qui rend les économies et les réformes dans l'ordre linancier Ires-difficiles, pour ne pas dire impossibles. Le temps manque pour faire le bien. Tout reste en [>r()jel, parce que roccasion d'agir se présente rarement au jour favorable. A peine est-on rentré dans Tétat normal, qu'une crise nouvelle survient. Ce que le repos a recueilli de forces, ce que le tnivail a produit, est bientôt dissipé par la tempête. Les révolutions viennent toujours, comme a point nommé, augmenter les dépenses et diminuer les recettes du trésor. 11 y a plus, elles ébranlent Timpôt, et mettent ainsi FÉtat, pour l'avenir encore plus que pour le présent, dans rimpuissance de pourvoir aux nécessités qu'elles engendrent.

A ce point de vue, je le reconnais, il y a peu à espérer des linauces d'un gouvernement républicain. 11 faut nu terrain plus solide à l'équilibre des budgets. L'ordre linancier a besoin de reposer sur le roc ; on ne le l'und(Ta jamais sur le&able. Voyez les États de T Union américaine. Bien que l'esprit de changement ne pût pas s'y trouver à rétroit, placé devant les profondeurs et la fécondité d'un espace sans bornes à défricher, et porté par la force d'expansion d'une société naissante, n'a-t-il pas déjà fait dans leur sein des ruines dont i Lurope tout au moins a dû soufiirir? (Combien d'États ont suspendu, sinon abandonné le paieuieut de leur dette ! et le gouver-

DE LA SITUATION FINANCIlÈllE

nement centralliB-méme peuUl^depuis plusiears années, se soutenir par ses ressources régulières ? IS'est-il pas, au contraire, condamné, par son ambition, parsamobiliié et par ses fautes^ à Texpédientonéreux et dangereux des emprunts?

Le sol de la république semble être encore plus mal assis en Europe. Dans notne mille société, oà le passé se survit par l'empreinte que les mœurs en gardent, et où, pour créer à nouyeau, il faut détraire, k génie républicain, contenu et comprimé par la force des choses, ne peut se faire jour que par de violentes explosions. C'est une terre Tolcanique ou la lave bout et gronde sourdemenl, quand elle ne coule pas avec le fracas du tonnerre. En vain Ton inscrit la fraternité sur les drapeaux et Ton donne aux lois Tégalité pour principe dans un pays où une partie de la nation conspire ou se révolte perpétuellement contre Tautro moitié et entretient ainsi le malaise et la misère, en attendant la catastrophe qui doit être pour elle une défaite ou un succès.

Au risque cependant de vmr démolir en quelques heures Tœuvre patiente des années, nous devons reprendre aujourd'huice travail ingrat de réforme dans les finances que la révolution de Février a interrompu . Il ne faut pas se lasser de rétablir Tordre, même avec le désordre en perspective. L'existence des nations n'est pas, çonmie celle des individus, le labeur désespéré de Sisyphe. Un jQur ou l'autre, en grandissant à travers les épreuves, elles finissent par atteindre le but assigné à leurs efibrts. L'ère des révolutions n'est pas, sachons-le bien, le régime définitif de Tespèce humainCé

IT ftU BUDGET DE

Page 1