‹ Histoire financiereChapitre 17 sur 34 · LB BUDGET S0GULI8TB · texte numérisé non relu

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d'augmenter ce chapitre de 7$ à 80 millions, à moins qu^il ne se résigne à voir surgir encore une fois la fatale

excroissance des ateliers nationaux.

J'arriye à une allocation qui touche de bien près au ridicule ; il s'agit de 7 millions consacrés aux affairei internales et communales. Voilà l'article par lequel M. Pelletier remplace le budget de l'intérieur. Le réformateur socialiste nous permettra de lui dire qu'il fait trop ou trop peu : trop, s'il yeut conserver une action quelconque an pouvoir central ; trop peu, s'il prétend relà* cher tous les liens administratifs et détruire tous les moyens de gouvernement.

Sur les 122 millions que comprend le budget de l'intérieur, 94 millions, produit de ressources spéciales, sont consacrés au service départemental. Sur les 28 millions qui sont ordonnancés directement par le ministre, l'administration départementale absorbe encore près de 8 millions ; une somme égale représente les dépenses des condamnes dans les maisons centrales ^ environ 4 millions s'écoulent en secours aux étrangers réfugiés et aux établissements de bienfaisance ; le service des beaux-arts réclame et obtient plus de. 4 millions. L'administration centrale, jointe aux archives, ne coûte guère plus de 1 million ; 2 millions environ défrayent les dépenses de sûrelé générale, les services télégraphiques et les dépenses de la garde nationale. Voilà Tanatomie de ce budget déjà trop réduit dans ce qui touche aux dépenses générales, et qui serait beaucoup moins contesté, s'il était un peu plus connu.

A quels articles de dépenses en veulent cependant les réductions brutales et sommaires de M. Pelletier? Ya-

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t-on supprimer les préfets et les sous-préfets? Quoi ! nous ne reverrons pas même les commissaires et les

soiis-comraissaires de Février , ces fonctionnaires à 40 francs par jour, ces sublimes incarnations du gouvernement provisoire ! il n'y aura pas le plus petit représentant du gouvernement dans les provinces ! personne ne sera chargé de Yeiller au maintien de Tordre et de surveiller Texéculion des lois ! On peut assurément porter la réforme dans le régime de nos prisons ; mais qui songerait à Iftcfaer les malfaiteurs sur la société? Le budget des prisons, 8 millions, plus ou moins, est donc un article de dépense obligatoire. La hache socialiste tombe ra-t-el le sur les beaux-arts? Dans un pays cpii n a pas d'aristocratie, et où les richesses ne s accumulent pas dans un petit nombi*e de mains, l'État a seul qualité pour développer les arts et pour encourager les artistes. En plantant un arbre de la liberté près de TAcadémie nationale de Musique, au soleil infécond de Février, M. Ledru-Holiin avait annoncé, dans la ferveur du premier enthousiasme, que la république ferait pour ' les beaux-arts plus que n'avait jamais fait la monarchie. On nous promettait alors je ne sais quel autre siècle de Périclès ou des Médicis, dont il ne nous a malheureusement pas été donné jusqu'à présent de saluer Taui oi e. Que veut cependant M. Pelletier? C'est aux socialistes de nous dire s'ils excluent de leur république les bibliothèques, les spectacles et les nmsées. Qu'ils choisissent une bonne fois entre la république de Périclès et celle de Babœuf.

Le budget socialiste ne maltraite pas trop, j'en con- Tiens, les colonies et la marine, qui reçoivent une allo-

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cation de 100 millions; mais la guerre, en revanche, réduite à 185 millions, s'y trouve sabrée d'importance. On voit l)ien que M. Pelletier et ses amis se soucient fort peu de maintenir l'ordre à Tintérieur. 185 millions pour la guerre et pour l'Algérie, il n'y a pas de quoi tenir sur pied plus de deux cent mille hommes. Notez bien que les socialistes ont la prétention de propager leurs principes, les armes à la main, dans toutes les contrées monarchiques de TEurope. Or, la Prusse a une armée qui excède deux cent cinquante mille hommes; l'Autriche garde encore plus de quatre cent mille hommes sous les drapeaux, et la Russie en compte près du double, sans parler de l'Angleterre ni de l'Espagne. Est-ce bien avec les 185 millions de M. Pelletier que la république sociale luttera, en gardant l'Algérie et la France, contre un million et demi de soldats? Les préparatifs d'une guerre défensive nous coûtèrent plus de 500 millions en 1840 ; que serait-ce d'une guerre offensive et de propagande î Je ne fais pas tort aux socialistes en admettant • que le budget de la guerre s'élèverait sous leurs auspices aux proportions qu'il atteignit un moment sous l'empire, et que nous en aurions pour 6 ou 800 uiillions par année. Le chiffre de M. Pelletier n'est donc qu'une amorce, et, pour s'y laisser prendre, il faudrait n'avoir ni la mémoire de ce qui s'est passé depuis 1793, ni la connaissance des projets que la montagne nouvelle affiche dans ses programmes et dans ses comptes-rendus.

M. Pelletier évalue à 537 millions les frais d'exploitation des monopoles et des industries financières. Quelle que soit Télévaliou de ce chiffre, il u'a rien qui doive surprendre, quand on songe que le financier sociaUste

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en attend un produit anuuel de 1 ,000 millions. On s'étonnerait plutôt, et à bon droit, de la faible proportion de la dépense à la recette. N'oublions pas ([ue M. Pelletier a posé en principe que les grandes industries produisaient plus et dépensaient moins dans les mains de rÉtat que dans celles des particuliers et des compagnies. Ce n'est pas là peut-être une nérité d'expérience ; mais le socialisme, qui nous introduit aux merveilles d^un nouveau monde, eu renversant les principes, n'aura-t-il pas aussi le pouvoir de changer les faits ?

Reste un chapitre curieux, qui est à lui seul tout le système. M. Pelletier porte en ligne de compte, pour ce qu'il appelle Yadminiiiraiiim générale de la France^ une dépense de 62 millions. Dans le budget, tel que Tout fait un gouyemement et une assemblée dévoués à la cause de Tordre, Tadministration centrale ne coûte que il) millions. De ce chef tout au moins, M. Pelletier ne réalise pas une économie. Quelles peuvent être les raisons qui légitiment ici une dépense à peu |)rès quadruple? Les socialistes trouvent que nous avons trop de neuf ministères et de neuf ministres. Leur système n'admet qu'un ministre et qu'un seul ministère, auquel viendront se rattacher autant de sections qu'il y a aujourd'hui de départements ministériels. Une machine aussi compliquée et aussi lourde que ce ministère unique ue saurait tarop prodiguer les millions ; ne faut-il pas en graisser les rouages ? Ce qu'il y a de plaisant, c'est que les socialistes, qui prétendent ainsi abaisser le pouvoir exécutif et le mettre hors d'état de lutter avec le pouvoir législatif, ne s'aperçoivent pas qu'en donnant à un seul homme la charge du gouvernement, ils font du minis-

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tère, dans l'ordre administratif, une sinécure, et du ministre, dans Tordre politique, un yéritable dictateur.

Cette chimère du miuistre unique, que les socialistes n'ont pas inventée, mais qu'ils adoptent, procède de la mèuie pensée que le gouvernement personnel dans les monarchies. C'est le même rêve descendant ici d'en haut, et montant là d'en bas. On oublie que la complica* tien des affaires introduit forcément, dans TEtat comme dans rindustrie et comme dans le commerce, le principe de la division du travail. On imagine qu^m seul homme peut porter le poids du gouvernement, et, pour alléger le fardeau, tantôt on Teut réduire le gouyernement à la politique, ce qui est le propre des monarchies quand elles dévient du r^ime parlementaire, tantôt l'on prétend supprimer la politique et faire du pouvoir une machine purement administrative pour caresser les instincts d'une ombrageuse démocratie. De quelque part qu'elle vienne et au profit de quelque ambition qu'elle ait été conçue, cette théorie est inapplicable. On ne sépare pas à volonté l'administration de la politique. Quelque système que Ton adopte, que Ton calque sa * méthode sur le despotisme bureaucratique de la Prusse ou sur la liberté de l'Angleterre, on ne fera pas de l'administratioa un automate qui n'ait besoin ni d'une direction ni d'un moteur. La politique agit sur ladministration, et l'administration réagit sur la politique. Voilà ce qui entretient dans le corps social la circulation et la vie. Le gouvernement, pour être à la fois rationnel et pratique, doit résider dans un conseil des ministres, où chacun, en participant à la direction générale des affaires, apporte l'expérience de la spécialité à laquelle il

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préside. Au-dessus pianc le pouvoir qui représeule, comme roi constituiionoel ou comme chef de la république, deux principes que ron doit toujours lueltre à Tabh des mouvements d'opinioD, à savoifi Funilé et la durée.

Au demeurant, le ministre unique de la république sociale, arec des intentions de despotisme, ne sera qu*un roi fainéant qui végétera sous la tutelle d'une infinité de maires du palais. Pour éviter la division du travail au sommet de la hiérarchie, on Paura portée à l'extrême dans les rangs secondaires. Tout cbei' de bureau se considérera comme ministre, et, pour peu qu'il tienne son autorité de réiection, Ton verra fleurir et se développer Touarcbie à tous les éUiges du pouvoir. Ce régime doit amener bien vite l'abaissement des fonctions et la mul* tiplicité des fonctionnaires. Je m'explique à merveille que M. Pelletier 1 ait coté à si haut prix, quand il s^agit pour lui de procurer à tout catéchumène socialiste sa part du budget et du gouvernement.

La monarchie de 1830 nous avait légué, pour Fannée 1848, un budget de 1,500 millions. L'avénement de la république nous a valu 200 millions d'augmentation dans les dépenses. La république démocratique et sociale porte son budget, du premier mot, à 1,800 millions, et, si Ton Teut bien tenir compte des lacunes que nous avons signalées dans ses calculs, on reconnaîtra que 2 milliards ne Ten tireraient pas. Cette progression est naturelle. La monarchie constitutionnelle pourrait passer pour un prodige do simplicité à coté du gouvernement que révent les amis de M. Pelletier. C'est peu pour eux de rendre la justice, de maintenir Tordre, de

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présider à la gestion des intérêts commuaaux et départementaux, d'entretenir les Yoies de oommumcaticni ^ sont dans le domaine public, de lever les impôts et de fixer les tarifs, d'organiser et de commander la force publique : ils font pénétrer Tadministration jusque dans la sphère des intérêts individuels ; ils veulent que TEtat exploite les chemins de fer et les mines, qu'il commandite les industries quMl n'exploitera pas, qu'il soit banquier, et le banquier de tout le monde, qu'il donne l'instruction, le crédit et le travail, qu'il se charge du sort de tous et de chacun, enfin qu'il aille au delà de la Providence, qui, en semant les biens sous nos pas, avait du moins laissé quelque diose à faire à la liberté humaine. 2 milliards pour mener de front d'aussi nombreuses et d'aussi vastes opérations, en vérité ce n'est pas trop; si quelqu'un proposait de s'en charger à moins, je le trouverais bien fourbe ou bien hardi, et je conseillerais en tout cas de se défier de ses promesses.

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