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CONCLUSION

En résumé, M. Pelletier ne nous a donné qu'une esquisse incomplète et timide Je ce que serait le budget accommodé aux vues du socialisme. 11 ne réalise pas la gratuité du crédit, et s'arrête sur le seuil de cette région des prodiges ; il ne pousse pas assez loin le monopole industriel et financier pour fonder, d'un bouta Tautrc du territoire et dans les campagnes comme dans les villes, le règne du droit au travail; enfin, après nous avoir menacés de raser le clocher du village et de remplacer partout, dans le symbole social, Dieu par Thomme, il * oublie de mettre en réserve le capital à l'aide duquelle nouveau gouvernement doit élever dans chaque commune un temple à l'incrédulité, au désordre et à la paresse : l'hospice des Invalides civils. Malgré toutes ces lacunes, quand on veut prendre les données de M. Pelletier au sérieux, on ne tarde pas à reconnaître que son budget des dépenses s'élèvera, dès le début et avant d'avoir reçu les accroissements dont il nous menace, à quelque chose comme 2 milliards, tandis que son budget des recettes, en admettant que les socialistes consentent a payer des taxes, descendra infailliblement au-dessous de 1,500 millions. Ainsi, au lieu de pouvoir compter sur un excédant annuel de 100 millions pour réduire la dette publique, le Golbert de cette éporpie aura de prime abord, et pour mettre sou génie à Tépreuve, un déficit d'un demi-milliard à couvrir.

Mais j'abuse, en vérité, de Findulgence qu'il est de

236 U BUDGET S0CIAU6TB.

bon goût d'avoir pour ses adversaires^ quand je m'en tiens, pour exposer le système financie^ du socialisme,

aux combinaisons terre à terre de M. Pelletier. Si Ton donnait ce budget à faire aux véritables pontifes, à M. Louis Blanc, à M. Considérant ou à M. Pierre Leroux, ils le tailleraient sur un patron bien autrement large. Le gouvernement , converti en atelier national , en phalanstère ou en couvent du panthéisme, se chargerait de toutes les dépenses du pays, pour avoir le droit d'en percevoir tous les revenus. Alors le manieiiient des deniers publics prendrait des développements sans bornes. Les dépenses» qui se comptent aujourd'hui par millions, se compteraient désormais par milliards. Le budget de ce temps-là serait, aux petits budgets de la monarchie et même aux budgets républicains, ce que devait être aux statues de Praxitèle et de Phidias le co* losse fabuleux de Rhodes.

Quant au revenu public, ceux qui sont curieux d'apprendre ce qu'il deviendrait dans la république sociale n'ont qu'à consulter les livres des associations communistes, qui, après avoir donné le spectacle d'une existence non pas précisément laborieuse, mais très-agitée et fort peu prospère, sont venues faire retentir les tribunaux des scandales de leur agonie. On peut compter sur les doigts celles qui n'ont pas suivi le chemin de Tescroquerie pour aboutir à la faillite. Tout gouvernement qui confisque la liberté humaine paralyse du même coup les forces productives de la société. Les financiers de la montagne auront beau multiplier les dépenses de l'Etat, ils n'augmentei:ont pas les recettes. Le déficit, cet accident déjà trop fréquent dans les budgets monarchiques, deviendra pour le budget

LB BUDGET 80CIALISTB. 237

socialiste un résultat' permanent et en quelque sorte nor^ mal. Comment rétablir l'équilibre? L'avénement du socialisHie, envisagé pa r le coté des iioauces publiques, n'est pas autre chose que Tavénement du papier-monnaie.

On sait maintenant ce qu'il i'aut penser de ces fastueux prc^rammes. Aux promesses du socialisme, nous préférons encore ses clameurs. Le socialisme brutal de ce temps-ci, tout comme le socialisme savant de 1831, échoue misérablement dès qu'il abandonne le terrain de la critique; la période positive ou de doctrine ne viendra jamais pour lui. 11 ne connaîtra jamais d'autre organisation que celle des sociétés secrètes ; il aura toujours le marteau de la démolition à la main, et sa bouche ne lancera que des provocations ou des blasphèmes. Félicitons-nous cependant des efforts qu'il fait aujourd'hui pour parler une langue qui n'est pas la sienne, et pour composer un embryon de budget. Ces efforts sontautant d'aveux devant lesquels il faut que toutes les illusions tombent. Le socialisme ne pourra plus se répandre en lamentations hypocrites sur l'énormité des dépenses publiques, lui qui, non content des 1,500 millions de 1851 et des 1,800 millions de 1848, veut porter le budget à 2 milliards. Le socialisme n'aura plus le droit de nous recommander Téconomie , • lui qui ajoute sans hésiter 100 millions aux charges annuellesde la dette, qui entreprend d'élever les eniaots aux frais du trésor, et qui pensionne les ouvriers hors de service. Le socialisme ne s'élèvera plus contre le trop grand nombre des fonctionnaires, après avoir déroulé à nos yeux ce plan de monopole qui enrégimente et qui élève à la dignité de serviteurs de l'État tous les employés des chemins de fer etdes banques,

238 us BVD6BT SOGIALttTB.

comme tous les ouTriers des salines, des houillères et des

usines à fer, une seconde armée aussi nombreuse pour le moins que celle qui rempUl les cadres de Tinfanterie, de la cavalerie et de TartUlerie. Enfin, le socîalbme ne fera plus la guerre à Fimpôt, lui qui, au lieu de le supprimer, comme il s'en était vanté, n'en change la forme et le nom que pour en étendre le domaine.

Voilà le service que nous a rendu M. Pelletier ; voilà ce qui restera des manifestes de la montagne. A Tavenir, aucun démagogue ne pourra séduire les ouvriers, ni tromper les paysans, en leur racontant que Napoléon, qui ne connaissait que les besoins de la guerre, a dit en 1806, au conseil d^État, qu'un budget de (iOO millions devait suffire en temps de paix à la France , ou que M. Mathieu de laDrôme, préludant à sa circulaire électorale, a déclaré, sans être contredit, devant rassemblée constituante, que le budget des dépenses devait se renr fermer dans les limites d'un milliard ; car M. Mathieu de la Drôme, un an plus tard, a été réfuté, sur ce point, avec un grand luxe de chiffres, par M. Pelletier, et n'a pas cherché à lui répondre.

Ainsi^ le socialisme travaille pour nous ; il se charge de projeter, sur le tableau de notre situation, l'ombre qui en fait ressortir la lumièr^. L'attachement à Tordre 8*est relevé etfortifié en Franceaprès les terribles épreuves de février et de juin 1848 ; les orgies de Tincrédulité ont favorisé la réaction religieuse ; on donne des chances au despotisme en attaquant ou en chicanant le pouvoir.. Le socialisme enfin ne pouvait rien inventer de mieux que la publication de son budget, pour réhabiliter Tadministration et pour rendre Timpôt populaire.

D£ LA SITUATION F1IMANCI£A£

ET DU BUDtiET DE 18o2.

La situation financière de l'Europe à rouverture de Fannée 1851 ne paraît pas moins sombre que Tétai des relations politiques. 11 n'y a pas un budget, si ruuexce|>le celui de la Grande-Bretagne, qui ne se solde en déticit. Partout les ressources de Timpôt deviennent insuffisantes y après avoir usé et abusé du crédit» les gouvernements se voient dans la nécessité d'y recourir encore. En 1849, la Russie a augmenté sa dette, tant extérieure (ju'inlérieure, d'environ 200 millions de francs (50 millions de roubles d'argent). A Fautre extrémité de Féchelle politique, le Piémont, dont le revenu ne s'élève pas à 100 miilionspar année, a émis, depuis 1848, environ 1 1 millions de rente 5 pour 100, sans compter les 3 millions de rente donnés en garantie à TAutriche. Trois années d'agitations politiques ont amené dans le budget de la Prusse un déficit de 52 millions de thalers (193 millions de francs), à quoi il faudra nécessairement ajouter les dépenses de la levée en masse qui a réuni cinq cent mille honnues sous les armes dans les derniers mois de 1850.

Quanta r Autriche, d» novembre lbi8àiiovembre 1849, elle a dépensé^ le double de son reyenu. En dii-buit mois, et jusqu'au 3i janvier 1850, Tarmée ayant été portée à six cent mille hommes, le delicit s'élevait à plus de 577 millions de francs (222 millions de florins). Le cabinet de Vienne amis vu usage, pour dominer cette difficulté, les expédients les plus héroïques : l'emprunt, la conversion obligatoire d'une partie de la dette flottante en dette fondée, raggravation des impôts existants et la création de nouvelles taxes, la réduction de Tefiectif militaire, tous les moyens ont été employés, non pas certes pour rétablir réquilibre, mais pour diminuer la diàtance énorme qui séparait les dépenses des recettes ; néanmoins on doit s'attendre à uu déficit considérable pour les exercices 1850 et 1851. L'Allemagne, avec des budgets dont les recettes représentent à peine 1 milliard, ne peut pas tenir régulièrement sur pied un million de soldats sans marcher à la révolution ou à la banqueroute (^).

Parmi les grandes puissances de l'Europe, la France et r Angleterre sont aujourd'hui les seules qui aient des finances solides et auxquelles il ait été donné jusqu'à cette heure de porter sans lléchir le poids de leurs embarras. Cependant les deux gouvernements rencontrent, dans le règlement des budgets, des difficultés qui ont amené déjà,

0) Le revenu de rAatriehe en 1849 a été de 37S millions de francs. Celai de la Pmsse a été évalaé pour

Celui de la Bavière représente environ. 50

Celui de Bade 43

Celui de la Saxe royale 28

Celui du Wurtemberg 24

Celui (la Hanovre

Les autres Étais environ 63

BT DU BUDGET DB 1852. Ui

de Tautre côté du détroit, la rdraile niomoutanée du ministère, et qui, de ce côté de la Manche, pèseront infailliblement sur la forinalion d'un cabinet défmilil. En France, c'est de la situation politique et des dispositions des partis que viennent les obstacles : la crise qui plane sur nos tètes ne nous permet pas de pousser plus loin la réduction de Tefiectif, qui est la seule économie sérieuse, et d'un autre coté elle arrête Tessor du revenu public. Sans la perspective de 1852, nous aurions déjà liquidé les legs désastreux de 1848, et la dette flottante, au chiUre qu elle atteint, n inspirerait d'inquiétude à personne ; mais, devant une élection qui peut être une révolotion, la séve du crédit' se fige, et les besoins de la consommation se restreignent. Les finances, dans un temps pareil, se subordonnent à la politique, et Téquilibre du budget ordinaire dépend du degré de sécurité que les pouvoirs établis par la constitution elle-même assurent au pays.

£a Angleterre, la crise éclate au milieu de l'abondance. L'année 18â0 a laissé dans les mains du chancelier de Féchiquier un excédant de recette d'environ 45 millions de francs. Que fera-t-on de cette somme ? 11 n'y aurait rien de plus raisonnable, assurément, que de rappliquer à l anioiiisscment de la dette publique. Le budget de la Grande-Bretagne est, de tous les budgets, celui que la li([nidation du passé surcharj^c dans la |)roportion la plus forte. Sur un total de 54 millions sterling (1,350 millions de francs), qui représente les dépenses annuelles, y compris les frais de perception, l'intérêt tant de la dette fondée que de la dette flottante exige un prélèvement d'enviion 28 mUlions, ou de 52 pour 100. De-

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242 DE LA SITUATION FlMANCIÉRB

puisTannée 1 830 jusqu^à Tannée 1851, en pleine paix et malgré une prospérité sans exemple^ F Angleterre a augmenté le capital de sa dette de 27 millions sterl. (*). On a eu beau réduire le taux de Tintérét par des conversions successiyes, raccroissement non interrompu du capital a ramené la charge annuelle de TEtat au même niveau qu'elle atteignait il y a vingt ans. Est-il possible, est»il moral, est-il juste de suivre plus longtemps celte politique imprévoyante et égoïste? Quand on emprunte dans les temps difficiles, n'est-ce pas pour rembourser ou tout au moins pour amortir dans les époques de prospérité? La théorie des emprunts repose sur ce prmcipe, qu'une nation a le droit d'appeler les générations futures à contribuer à des dépenses qui assurent leur bien-être ou qui préparent leur grandeur ; mais, après tout, la génération présente, qui participe aux résultats, doit prendre également sa part des sacrifices. Avant d'avoir réduit les dépenses, elle ne peut pas songer à diminuer les ressources, à modérer ou à supprimer des impôts.

11 y a deux manières de procéder à la réduction des dépenses : la première consiste à racheter le capital de la dette publique en y employant Texcédant réel des recettes; la seconde, à opérer des économies sur les frais qu'entraînent le maintien de la force publique et l'administration du pays; Une bonne et sage politique mène de front ces deux méthodes. La dernière, en tout cas, a été largement pratiquée par le gouvernement anglais. En 1813, au plus fort de sa lutte contre l'empire, les dépenses de l'Angleterre s'élevaient à la somme prodi-

(^) L^Angleterre, dans cette période, a emprunté 35 millions sterling et en a racheté 8.

gieuse de 108,397,645 livres sterling (2,610,000,000 de irancs) ; Tannée, la marine, Tadministraiion et les subsides de guerre absorbaient alors 78 millions sterling, environ 2 milliards de notre monnaie. En 1817, les dépenses des services civils et des services militaires furent réduites à 22 millions sterling (*), pour remonter à près de 26 millions en 1 827. En 1 830, le chiUre de ce budget descendit à 18 millions ; en 1835, grftce aux réformes aceomplies dans le personnel par les wbigs, à la suppression des sinécures et à la diminution des forces de terre et de mer, la dépense ne fut que de 15,884,649 livres sterling. En 1840, la rupture des bonnes relations avec la Friyoce reporta le chiffre à près de 20 millions, et à plus de 21 millions en 1843 et de 26 millions en 1846. Il a été de 20 millions en 1850, et, pour Tannée 1851, le chancelier de Téchiquier propose une réduction de 500,000 livres sterling. Les services purement civils n'ayant en Angleterre, si Ton en déduit la perception de Timpot, que la modeste dotation de 6 à 7 millions, somme qui présente une bien faible marge aux économies, c'est sur le budget militaire que se rabattent forcément les partisans des réformes. Or, rallocaiion attribuée aux forces de terre et de mer a subi, depuis 1848, une réduction de 3 millions (75 millions de francs) ; le chancelier de l'échiquier demande, pour 1851, 15,555,171 livres sterling (envkon 389 millions de francs). Les ré» formisles de Técole de M. Cobden voudraient que Ton en revint à reileclif militaire et naval de 1835, qui comportait une dépense de moins de 300 millions de francs;

(^) Sans compter les frais de perception des- impôts, évalués à 4 millions et demi sterling en moyenne.

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mais on peut leur répondre que, lorsqu'une nation laisse descendre ses moyens de défense à un état d'infériorité

qui ne lui permet pas de tenir son rang et de faire respecter son influence dans les ^péripéties de Tisquilibre européen, elle s'expose à avoir besoin de déployer, à rimprovisie, au milieu du péril, les plus grands efforts comme les plus onéreux sacrifices. C'est ce qui est arrivé à la France en 1840 et à l'Angleterre en 1847.

Voici, au surplus, dans quels termes le chancelier de l'échiquier justifie la nécessité d'un effectif qui ne comprend pas moins, pour Tarmée navale, de 39,000 matelots : «( Le gouvernement pense que, dans letat d'agitation et d'incertitude où sont les aflaires politiques sur le continent européen, les vérilablés intérêts de TAngleterre ne lui permettent pas de réduire nos forces de terre et de mer. Je sais que le monde présente pour le moment un aspect tranquille ; mais on ne doit pas oublier qu'il y a quelques mois à peine nous avons yu des millions d'hommes armés rangés en bataille les uns contre les autres au centre même de l'Ëurope. Souvenonsnous encore que de grands changements se sont opérés depuis ces dernières années dans la puissance des forces agressives que l'on peut diriger contre notre pays. Je ne conçois aucune crainte à cet égard ni au sujet des circonstances qui nous environnent ; mais il y a une grande différence entre des alarmes sans fondement et une confiance absurde. Les hommes qui sont versés dans ces ' questions savent pertinemment que nos ports et nos arsenaux ne sont pas aujourd'hui dans un état de déiense gui réponde aux exigences de la sécurité publique, et qu'il est nécessaire de pourvoir d'une niaiiière efficace à

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BT m BUDfilT DB i85S

la sûreté de ces grands dépôts de la richesse nationale pour le cas, heureusement peu probable, où la paix viendrait à être troublée. »

De nouTcUes économies dans les dépenses du royawne-

uni ne paraissent donc pas sériensenienl |)0ssibles. Esl-il -vrai maintenant que Ton puisse supprimer ou diminuer largement certaines taxes avecquelque chance d^accrottre ou de conserver, en tout cas, le revenu public? Voilà une étude qui, faite sur le budget anglais, contiendra d'utiles enseignements pour la France.

On se prévanl de l'impulsion donnée par sir Robert Peel et des résultats heureux de la liberté commerciale. Il y a là sans contredit un e\emj)ie à proposer à tous les gouvernements ; mais, pour imiter^ on n'est pus dispensé de se rendre compte et de suivre les eifets du principe jusque dans les détails de rapplicaiion.

En rétablissant ïincome-tax et enjoignant, par forme de passe-port, à cet impôt de guerre de larges réformes dans le système des impôts indirects, sir Robert Peel avait en vue trois principaux résultats : il voulait combler le déiicit, développer la production et le commerce, réduire le prix des denrées et des articles de grande consommation, de manière à résoudre, sans amener la dépression des salaires, le problème de la \ie à bon marché. Aucune expérience n'a été plus féconde, et aucune politique n'a i)lus complètement atteint son but. L'ère ouverte par sir Robert Peel marque le point culminant de la prospérité publique dans la Grande-Bretagne, .lamais l'industrie ne fut plus active , ni les ouvriers mieux rétribués. Les exportations, qui représentaient en 1842 une valeur de 47 millions sterling, s'éle*

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âiÛ DE LA SITUATION FINANCI&UC

vèreut à o2 millions vn i 843, et à 58 millions eu 1844 ; • elles ont figuré dans le commerce de 1850 pour une valeur d^environ 65 millions, qui excède de 100 pour 100 celles de la France, et qui égale, ou peu s'en faut, celles des autres nations européennes ; comme le prix des marchandises a baissé, grâce à raffranchissement des matiè^ respremières, lesquautilésexportéesse sont accrues dans une proportion plus forteque celle qui semble indiquée par 1" accroissement de valeur. Ainsi la filature de colon, qui en 1832 employait 9 millions de broches^ en a occupé 21 millions Tannée dernière. En 1831 , l'industrie cotonnière avait livré 202 millions de livres de coton ouvré au commerce ; en 1849, la production a été de 630 millions. En même temps, la formation de la richesse et Taccumulation du capital faisaient de tels pn^rès, que FAngleierre se troiiyait capable, sans dessécher ni dirminuer les autres sources du travail, de consacrer à la construction des chemins de fer près de 6 milliards de francs, et que les I0,()()0 kilomètres de chemins de fer ouverts à la circulation avant la lin de Tannée 1 850 donnaient déjà un revenu brut qui excédait 300 millions de francs. Un certain nombre de compagnies levaient, sur Je public des trois royaumes, pour prix de la rapidité et de Téconomie introduites dans les commûnications, un tribut qni est déjà presque égal et qui ne tardera pas à être supérieur au revenu de Tune ou de Tautre des deux grandes puissances qui se disputent le gouvernement de TAUemagne.

L'aisance dont jouit le peuple anglais depuis la suppression des droits d'entrée qui grevaient les céréales ainsi que les matières premières, et depuis la réduction

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BT DU BUMKT BR

des tarifs qui réglaient l'importation des denrées coloniales, est attestée par Vaccroissement prodigieux de la

consommation. La consommation du sucre a augmenté, depuis 1842, de 60 pour 100, celle du thé et du café de 30 pour 100, celle du cacao de .1 1 pour 100. Le marché de Londres est devenu le principal débouché des produits agricoles de TEurope. C'est vers la Tamise et vers la Mersey que sont dirigés les nomhreux chargeuienls de grains expédiés de tous les points des deux continents. En 1849, l'Angleterre a importé, en grains de toute nature, plus de 30 millions d'hectolitres. Chaque semaine, les bateaux à vapeur emportent des rivages de la France, de la Belgique et de la Hollande, des cargaisons de bestiaux, de volailles^ d'œufs et de fruits. Le prix du blé en Angleterre n'excède guère que de 15 à 20 pour 100 les mercuriales du coiiliiient ; le prix de la viande a baissé de 25 pour 100. Londres, la capitale de la cherté, est maintenant, au luxe près des équipages et des domestiques, sur le même pied que Paris pour les conditions matérielles de Texistence, Aussi le peuple anglais, qui reçoit des salaires élevés et qui vit à hon marché,, reoommence-t-il à prendre le chemin de l'épargne. Les dépôts des caisses d'épargne, qui demeuraient h peu près stationnaires , se sont accrus, pour l'Angleterre seule, de plus de 100 millions de francs en quatre années, de 1841 à KS i.'i. La misère eu même temps rétrogradait à vue d'œil. En Angleterre, depuis 1848, le nombre des pauvres secourus a diminué de 140,000, et la dépense de 1849, comparée à colle de 1845, présente une réduc- ^ tion d'environ 38 millions de francs, ou de 30 pour 100. Voilà des avantages qui ne sauraient être estimés

trop haut et dont le bienfait se répand sur la nation tout entière. Au point de vue fiscal , la réforme des tarifs a-i-elle obtenu le même succès ? C'est sur ce côté de la question qu'il convient aujourd'hui de porterla lumière.

Lorsque sir Robert Peel présenta son plan financier à la chambre des communes, le déficit de Tannée 1842 était évalué à 2,569,000 livres sterling, lequel, venant se joindre au déficit des cinq années antérieures, donnait un découvert total d'environ 10 millions sterling (250 millions de francs). Le chef du ministère, laissant à la charge de la dette flottante les découverts antérieurs, ne craignit pas d'ajouter à celui de 1842 rabaiidon de 1,596,000 fivres sterling sur le revenu des douanes, en proposant, pour combler la distance entre les dépenses et les receltes, un impôt direct dont il estimait le produit à 4,310,000 livres sterling, et en se ménageant ainsi un faible excédant de ressources. Sir Robert Peel élargit deux ans plus tard cette voie dans laquelle ses successeurs Font suivi, il faut le dire, avec plus de servilité que de discernement. Voici dans quels termes le chancelier actuel de l'échiquier expose les résultats financiers d'une politique sur la pente de laquelle il cherche tardivement à faire halte.

« En 1842, on supprima on l'on réduisit des taxes dont le produit était évalué à 1,596,000 liv. sleil.; en i843, pour 417,000 liv. sieri. ; en 1844, pour 458.000 Uv. sterl.; en 1845, pour 4,535,000 liv. sterl. (113,375,000 fr.]; en 1846, pour 1,151 ,000 liv. sterl. ; en 1847, pour 344,000 liv. sterl. ; en 1848, pour îi.s.'LOOO liv. sk-i l.; en 1849, pour 388,000, et on 1850, pour 1,280,000 liv. sterl., donnant un total de iO,70J,000 jiv. sterl. depuis t841.

« Les taxes qae l'on établit furent YincovM'fax et d'autres

impôts abolis depuis ; mais, comme je les ai portés an compte des taxes supprimées» je dois en tenir compte aussi dans Ténumération des nouveaux impôts. Le produit de ces taxes étant de ^,655,000 liv. sterl., et celui des impôts abolis étant de

10,763,000 liv. sterl., il s'ensuit que le pays y agagnd un allégement (le 5,108,U0O liv. sterl., et qu\'n regard de celle réduction de ï) millions sterling.sur Tensemble des taxes, le revenu public s'était accru de 4»726f000 liv. sterl. »

Ces faits ne semblent pas aussi décisifs que les paroles du chancelier de Téchiquier Findiquent. Voilà bientôt dix ans que la l'éfonue couiinercialo a commencé en Angleterre, et, si Ton retranche du budget le produit de Vincome-tcut, on trouvera que le revenu de 1 850 reste d'à peu près 20 millions de Irancs (773,479 liv. sterl.) inférieur au revenu de 1842. En prenant un à un les résultais des impôts, on voit que V excise y qui rendait 13,678,835 Uvres sterling en 1842, a donné 14,316,083 livres steriing en 1850, ou 637,248 livres sterling de plus qu'en 1842, malgré la suppression de certaines taxes, jusqu'à concurrence de 1,410,280 liv. sterl. Les douanes ont été moins favorisées ; car leur produit en 1850 présente un déficit de 1,456,670 liv. sterl., comparativement h celui de 1842. Les droits établis à rimporta lion des sucres portaient, en 1844, sur 209 millions de kilogrammes et rendaient 130 kniliions de francs. Après le changement dn tarif, la consommation a fait des progrès rapides, au point de représenter aujourd'hui un accroissement de 80 millions de kilogrammes ; mais le revenu que le trésor retirait de cet article n'a pas repris encore son niveau : la recette, après s'être élevée en 1848 à 112 millions de francs, est retombée à 103 millions en 1849. En cinq années, l'Angleterre a perdu.

S50 DK LA SITUATION FINAMGlâftB

sur cette seule branche de ses ressources, la somme énorme de 139 millions de francs.

De Texaineu auquel je \iens de me livrer, on peut coaclure, cemesemble, que, s'il est raisonnable d'admettre qu une réduction d'impôts portantsur les droits qui frappent les articles de grande consommation ne laissera pas dans les caisses publiques un vide égal au produit antérieur de ces taxes, on ne peut pas en attendre, même avec Taide du temps, un accroissement de consommation qui comble entièrement la lacune et qui couvre le déficit. Toute diminution des taxes opérée sur une large échelle se traduit par un abaissement, sinon correspondant, tout au moins considérable dans le chiffre du revenu public. De là, quand un excédant du revenu se manifeste, la nécessité de ne pas le sacrifier d'une manière absolue à la modération de Timpôt, et d'en consacrer une • partie à la réduction de la dette publique, pendant que Ton tient le reste en réserve pour parer aux exigences de l'imprévu.

C'est pour avoir manqué à cette règle élémentaire de

radiniuisiraiion des iinances que le gouvernement britannique a fait naître, à diverses reprises, pour le royaume-uni, des embarras qui ont bien pu concourir à développer le génie de la nation en le mettant aux prises avec les ol>stacles, mais qui ont laissé dans sa dette des traces ineffaçables et qui l'ont ex[)Osée au plus grands périls. Sir Robert Peel n'est pas le premier ministre qui ait imaginé, en Angleterre, d'améliorer, par des remaniements de taxes, l'assiette du revenu public. Dès 1830, le duc de Wellington avait fait remise de l'impôt sur la bière, qui produisait au delà de lUO millions de francs.

Kl Ut filDGEi DE i8:»'2. !2.)l

L'aimée sumnte, le revenu se trouva diminué d'environ 90 millions, somme à peu près équivalente. De 1831 à 1836y lord Grey et lord Melix)ume retranchèrent sucoessivement ou réduisirent diverses taxes jusqu'à concurrence de 178 millions de francs. A mesure qu'un excédant se déclarait dans le revenu^ sous Tinfluence de la prospérité qui allait croissant, au lieu de rappliijuer au remboursement de la dette, ils s'empressaient d'affaiblir les ressources en dégrévant l'impôt. Aussi, lorsque Factivité industrielle et commerciale parut se ralentir, et avant même les jours de Tadversité, le délicit se révéla, d'abord accidentel, mais bientôt périodi(jue. Eu vain le

parlement accorda-t-il un droit additionnel de ô pour 100 sur toutes les taxes ; le déficit ne Gt que grandir jusqu'au changement du mini8ti3re et du système. Plus tard, en 1846, la retraite de sir Robert Peel ayant bissé le champ libre aux whigs, ceux-ci reprirent leurs allures ; en moins de trois années, ils se virent réduits à couvrir un nouveau déGcit par un emprunt de 2 millions sterling que l'excédant de 1850 a servi à rembourser.

Que fera-t-on de l'excédant de 1851 ? La prudence commande évidemment de le consacrer au rachat de la dette, et de ne plus loucher de quelque temps à un système financier dans lequel l'équilibre tient à un accident et qui ne laisse entre les dépenses et le revenu qu'une marge aussi étroite ; mais l'opinion publique ne permet pas au gouvernement de prendre conseil de sa prévoyance et de rinlérèt réel du pays.

Le chancelier de l'échiquier, entraîné par la violence de ce courant, avait proposé de converlir la taxe des fenêtres en impôt sur les maisons, avec perte de 700,000

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liv. sterl. (17,500,000 fr.) pour le trésor. A cette réduction, il en joignait d autres sur le tarif des sucres et des cafés, sur les bois de construction et sur les graines de semences, qui représenit nt ensemble un sacrifice annuel sur le Temm de 1,550,000 liv. sterL (38,750,000 fr.). En supposant un accroissement de consommation qui résulterait de la modération des droits, sir Ch. Wood espérait recouvrer près de 400,000 liv. sterL sur cette perte ; mais, au total, il agissait comme si l'excédant des recettes sur les dépenses était acquis à perpétuité, et il en abandonnait la plus grande partie pour apaiser les clameurs des faux réformistes.

On sait déjà qu^un sacrifice incomplet ne les a pas désarmés, et que, le ministère hésitant à leur immoler entièrement le budget, ils ont immolé le ministère. Les hommes les plus considérables du parti radical en sont Tenus à tenir un langage qui ne ressemble pas mal à celui de nos démagogues, et Ton a entendu M. Hume s'écrier : (( Je tiens autant que qui que ce soit au maintien de la foi publique; mais je ne voudrais pas consacrer l'excédant du revenu au rachat de la dette, tant qu'il serait possible d'en faire un meilleur emploi. N'aurait-il pas mieux valu. Tannée dernière, abolir le droit sur les savons que d'acheter 1,200,000 liv. sterl. de consolidés? » Le même raisonnement s'applique à tous les impôts. Si Ton abolit le droit sur les savons, pour donner plus de liberté à cette industrie, pourquoi ne ferait-on pas la même remise de taxes à Fagriculture, en supprimant le droit sur la drècbe, qui produit plus de i 00 millions de francs ? De suppressiou en réduction d impôt, le trésor finirait par ne plus recevou: non-seulement de

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quoi éteindre la dette, mais même de quoi en servir l intérét Que déTiendraii alors cette foi publi(|ue dont M. Hume ne croit pas déserter la cause en énervant, comme il conseille de le faire, les ressources de TÉiai?

Le ministère de lord John Russell cédera, et le tréscMr succombera dans la lutte. L'Angleterre commence à éprouirer les symptômes de cette épidémie de destruction qui désole le vieux monde. Sous prétexte d'économie, là comme chez nous, on pousse à la désor|^anisation administratÎTe; sous couleur d'alléger les charges du trayail, on y proclame aussi la guerre à Timpôt. Ecoutons les plaintes que cet état des esprits arrache à l Ecommiêi, organe airancé| maiséclairé, des principes de la science.

0 La réunion publique qui vient d'avoir li(Mi à Si»nlli\vark (faubouig (le Londres), et dans laquelle on s\'st occupé de notre système de taxes eu général aiusi que de la taie des fenêtres en particulier, nous donne une grande k>çon que Ton ne doit pas oublier. Il parait que le langage Tiolent» irréfléchi, souvent même hypocrite et déloyal de celte secte de politiques qui s'en Tont chaque année préchant au gouvernement les réductions de dépenses comme son premier ilevoir, et excitant Thostilité du peuple contre Timpôt, qu'ils lui représentent comme son principal grief^ est à la veille de porter les fruits amers qu'il devait produire. Le nombre est déjà grand, et il s'accroit tous les jours^ dans les rangs de la classe moyenne et des classes inférieures, de ceux qui regrettent et qui blâment la dépense la plus nécessaire comme la plus modérée. Les taxes les plus irréprochables devioinient le but contre lequel on dirige les haines populaires. Toute tentative faite pour ramener les contribuables à la raison, même quand elle émane des amis les plus éprouvés d'une politique libérale, s'abime dans une tempête de désapprobation ou de mépris.

« 11 n'y a pas de moyen plus fàcile ni plus Til d*obtcnir une popularité passagère que celui qui consiste à se donner les de*

hors d^une vigilance défiante à Tendroit de toutes les saignées

faites à la bourse du public, en prenant l'initiative de la destruction de tel ou tel impôt plus ou moins coûteux; mais il n'y a pas non plus de voie qui mène plus sûremeot à un échec en fin de compte^ ni de conduite qui rencontre un cliàlimenl plus certain et plus exemplaire. Tous les impôts sont impopulaires et doivent Télre ; les taxes les mieux assises ne sont que des maux nécessaires ; elle? pèsent toutes et quelquefois deviennent dommageables à ceux qui les paient. Si la preuve de leur mauvaise tendance devenait une raison pour les détruire, il serait impossible de lever un revenu pour TËtat... Pour justifier Tabolition d*un impôt* il faut montrer ou que Ton peut, en toute sécurité, se passer du revenu qu'il procure, ou qu'il est plus onéreux et plus funeste à la société que tel autre quil s^agirait d\ substituer, et, même ce point éclairci, il reslerait encore à établir que les maux qui résulteraient de ce changement ne remportent pas sur le bénéfice qui peut en résulter*

« Il est grand temps de foire résolûment une levée de boucliers systématique contre les funestes conséquences de la conduite que nous avons signalée. Il importe à notre sécurité pour Tavenir et à la bonne administration des affaires publiques que tous les directeurs de Topinion, soit dans le pai iement, soit dans la presse, que tous ceux qui ont aiyourd'hui ou qui au* vont pour devoir de gouverner le pays^ ou d'agir sur Tesprit de ceux qui le gouvernent, envisagent siérieusement la responsabilité solennelle qui s*attacbe à leur position> et qu'avertis par les tendances dangereuses qui viennent de se manifester dans les rangs d'une partie de la population, ils s'abstiennent désormais d'éveiller celte haine ignorante de l impôt qui, si elle était poussée plus avant et si elle continuait plus longtemps, finirait par tendre impossible radministration de ce grand empire* »

Ainsi la guerre à Timpôt désorganise le gouvernement et embarrasse la marche de radministration en Angles terre au milieu d'une prospérité presque labuleuse et malgré rinûuence protectrice d'institutions que le souf-

fle révolationnaire n'a pas encore ébranlées. Quel aver-

tissement pour les peuples qui eut des inslilulions dontle temps n'a pas éprouvé la solidiléi qui obéissent à des gouTernements peu sûrs d'eux-mêmes, et qui, après avoir traversé Témeute, la guerre civile ci le ralentissement ou la suspension du travaQ, commencent à peine à jouir d'une amélioration éphémère !

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