‹ Histoire financiereChapitre 29 sur 34 · RÉPLIQUB DE M. LÉON FAUCHER · texte numérisé non relu

RÉPLIQUB DE M. LÉON FAUCHER

M. Tengoborski me permettra de lui dire, quelque prix que f attache à son opinion, ({uUlne m^eût pas paru né^ cesifairede re\enirsur le chapitre un peu rebattu aujourd'hui des finances russes, si je ne Tavais considéré dans cette circonstance comme l'or^^ane du gouvernement qu'il sert. En appelant au jugement du public des critiques dont il a été Tobjet, le cabinet de Pétersbourg donne uu exemple qui a est pas commun dans les États despotiques : nous le voyons avec plaisir se placer sur le terrain de la discussion, et c'est là mie tendance qu'il ne tiendra pas à nous d'encourager. *

Le gouvernement russe, dans la réponse qu'il nous fait, cherche à établir deux points principaux : il veut d'abord prouver que son crédit,, son revenu, et son

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commerce extérieur ont peu souffert jusqu'à ce jour, et ne se ressentiront que médiocrement à Tavenir d'une guerre qui ferme <lcjà toutes les mers au pavillou de cette puissance. Il prétend ensuite que daus le cas même où la Russie serait appelée à des efforts extraordinaires, les ressources de Tempire lui permeitraieut de faire face aux plus extrêmes nécessités. Ces assertions sont appuyées de quehiues chiUïes, dont il peut être à propos d'examiner la valeury bien que M. Tengoborski les déclare authentiques.

L'apologiste des finances russes débute par une assertion hardie. L'emprunt nouveau, cette opération dont Pavortement est public en Europe, cette valeur dont les banquiers de Berlin n'ont pas voulu à 83 avec une prime de 17 pour 100 sur le capital nominal, n'a pas échoué^ suivant M. de Tengoborski. Il veut bien nous apprendre que l'emprunt marche, et que les souscriptions ont atteint une somme assez considérable sur je ne sais quelles places de rAliemagne et de la Hollande. Quelle est l'importance de cette somme ? M. Tengoborski ne le dit pas. Avec une franchise douL il faut lui savoir gré, il éveille même la déliauce et le doute, car c'est lui qui confesse que si, l'emprunt marche, ce n'est pas trèsroîidenient. Hayons donc cet article du catalogue des ressources financières ; je suppose que ce n'est ni sur l'argent allemand ni sur l'or hollandais que compte Tempereur Nicolas pour fournir la campagne de 1 855.

Après tout, n'y a-t-tl pas quelque chose de bien étrange, quand on a jeté un déli àTEurope civilisée, quand ou la brave, à venir solliciter une part des capitaux qu'elle tient eu réserve, à lui demander son argent poar le

convertir en bombes et en boulets ? Depuis vingt ans la Hussie emprunte périodiquement sur les marchés de Londres eid Amsterdam, afin de Cimvrir le déficit que laisse dans son budget la permanence de ses préparatifs militaires. Elle pousse aujourd'hui l'assurance, la guerre étant déclarée et les hostilités commencées, jusqu^à renouveler ce m-inége, qui ne peut plus faire de dupes. Eh bien ! la mine est éventée, et nous le répétons, l emprunt échoue.

Par forme de consolation pour l'amour-propre de son gouvernement, M. de Tengoborski nous signale la bonne tenue habituelle des fonds russes, sur le marché de Londres.. 11 n'y a pas là cependant de quoi s'exalter beaucoup : le 4 1/2 russe est coté 85 ou 6 0/0 audessous du 4 1/2 belge. L'empire moscovite ne prend pas, comme on voit, un rang fort élevé dans l'échelle du crédit.

Mais pourquoi s'adresser à l'étranger, si la Russie renferme toutes les ressources que passe en revue, avec iuit de complaisance, runaginalion de M. de Tengoborski i que vous manque-tril donc pour tenir tète aux nations occidentales, si vous avez de Por chez vous comme vous avez du fcîr ? Sur ce» poiut, qui domine pourtant le sujet, Fapologiste . of Uciel, quoique placé à la source des renseignements, prodigue les réticences. Ne lui demandez pas combien ont produit les dons volontaires, il répondra qu'il ne sait pas cela au juste et que le total lui en est inconnu. Ne lui parlez pas de l'empruut forcé, c'est une a fable inventée par les feuilles allemandes. y> Comment ! les fonctionnaires du gouvernement n'ont pas invité les personnes auxquelles on sup-

pose de Taisancc à souscrire à l'emprunt ? Et qui peut ignorer qu'en Russie une invitation du gouTemement

est un ordre ?

En niant ces faits et bien d'autres, que nous avons trouvés de notoriété publique, le gouvernement russe nous apprend qu'il a déjà répondu, mais eu prenant soin de cacher sa réponse, tantôt dans quelque feuille allemande, tantôt dans son journal de Varsovie. Si le cabinet de Péiersbourg recherchait réellrnient la publieité, il aurait tenu une tout autre conduite; il se serait adressé au Moniteur lui-même, puisqu'il prend le Moniieur à partie, et le Moniteur n'eût pas sans doute été moins courtois que la Refme des Deux^BIondes ; il aurait, en un mot, battu le tambour par ses ambassadeurs dans tous les foyers de publicité ; il aurait appelé partout la contradiclion, certain de lutter avec avantage.

Mais ce n'est pas le système que Ton suit. La Russie est Vempire du silence; aucun bruit extérieur n'y pénètre, et aucune rumeur u eu sort. La douane établie aux frontières s'occupe bien moins de saisir ou de taier les marchandises que d'arrêter et d'expulser les idées. 11 n'y a de journaux en Russie que ceux du gouvernement, et de publiciste en définitive ({ue l'empereur. On n'admet qu'un petit nombre de journaux étrangers, qui passent, à leur arrivée, par les mains de la censure. Celle-ci, quand elle ne les confisque pas tout à fait, répand des Ilots d'encre sur deux ou trois pages ou coupe sans pitié tous les passages qui lui déphisent. Les nouvelles ne sont pas plus épargnées que les réflexions politiques ; pendant quelque temps les abonnés du Journal des Débats à Varsovie n'en ont reçu que le feuilletpn^

Qu'est-ce que la presse, et quel crédit peuvent obtenir

les assertions dans un pays ainsi gouverné? Le pouvoir a seul la parole. Quoi qu'il avance, et affirmât-il, à la connaissance de tout le monde, le contraire de la vérité, personne n'aurait la faculté ni les moyens de le contredire, n en résulte ce qui est la conséquence naturelle du des- ^ potisme : le gouvernement a le pouvoir, mais il n'a pas Tautorilé ; il empêche ses sujets de parler, mais il n'est . pas toujours cru de ses sujets quand il leur parle.

Je dirais volontiers à M. de Tengoborski : <( Vous affirmez quevotre gouvernement n'a pas dépouillé le couvent de Czenstocliow a d(; ses vases sacrés, qu'il )i'a pas mis la main sur la réserve de la banque foncière à Varsovie^ et qu'il n'a pas touché jusqu'à présent à la réserve métallique qui forme la garantie des billets de crédit. Personnellement je ne demande pas mieux que d'ajouter foi à une décla ration aussi catégorique. Dussiez-vous nie reprocher encore une fois de juger laKussieavec les idées de l'Occident, je ne puis pas supposer qu'un gouvernement se respecte assez peu pour donner sa parole en vain.

« Mais qu'importentmes dispositions personnellesdans ce débat? L'organe du cabinet russe s'adresse au public et c'est le public qu'il doit convaincre. Or, l'opinion publi([ue n'accepte que sous bénéfice d'inventaire les assertions des gouvernements. Elle sait, en Europe, que le cabinetdePétersbourga fait essuyer au clergé catholique», dans les provinces qu'il a envahies, des persécutions bien autrement «graves que ne le serait l'enlèvement de quelques vases sacrés, et ([ue ces violences ont été ensuite audacieusement niées à la face de l'Europe. La

DE LA GIEKIŒ. iil

chancellerie russe a de tout temps joui d'une assez mauvaise réputaiiou sous le rapport de la véracilé. Ce n'est donc pas assez d'affirmer, il faut des preuves. Voilà ce qui maut[ue à la ré[)ouse de M. Tcngoborski. On a beau réitérer les déclarations, soit officieuses, soit officielles, ne communique pas qui veut aux faits le caractère d'autheniicilé. L'aultieuticité résulte d'au ensemble de garanties dont une publicité libre est la première et la plus essentielle. Tant que vous écrirez du fond de votre despotisuie, vous serez toujours suspect. »

M. de Tengoborski, n'évalue qu'à 57 millions de francs pour Tannée 1854, la diminution que devront éprouver les revenus de TÉtat. C'est là une hypothèse très-optimiste ; mais le cabinet russe ne diffère point en ceci des cabinets de l'Occideat. Ses illusions en uiatière de budget sont les mêmes ; il ne voit clair, comme eux, qu'à la lueur de la foudre, et il faut que les événements se chargent de le détromper.

Suivant M. de Tengoborski, les recettes du trésor, qui étaient de (551 millions de francs en 1839, ont atteint en 1853, le chifire de 897 millions. Un accroissement de 36 pour 100 en quatorze ans, dans les revenus deTEtat, eu le supposant avéré, {trouverait qu'en Hussie oonmie ailleurs l'ère de la paix a favorisé le développement de la richesse. 11 faudidil en conclure aussi ipu; la guerre a déjà changé pu va bientôt changer cet état de choses, car la guerre consomme et ne produit pas.

Mais ce chiffre énorme, inattendu, incroyable de 897 millions n'a-i-il pas l'air d'être mis en avant pour le besoin de la cause ? (^est la première fois que le gouvernement russe se décide à iaire connaître le revenu

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