‹ Histoire généalogique des TardieuChapitre 12 sur 87 · REMARQUES SUR LES FONCTIONS DE NOTAIRES · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LES FONCTIONS DE NOTAIRES

On verra, parmi les diverses filiations de cet ouvrage, que certains Tardieu, anciennement, dés l'an 1460, ont exercé la charge de notaire. La Roque, dans son Traité de la noblesse (pp. 363-368), cite le fils d'un notaire qui, testant en 141 3, institua pour héritier l'un de ses enfants s'il n'entrait point dans l'ordre de Saint-Jean de-Jérusalem (qui exigeait huit quartiers de noblesse et qui compte les plus illustres maisons de France dans ses rangs). En 16 14, du temps de Nostradamus, qui a publié V Histoire de Provence (in-folio), une partie des gentilshommes de cette province descen-

daient de notaires. On doit donc dire qu'à priori on rencontre, dans les temps reculés, les noms les plus considérés dans le notariat.

LE COMMERCE ET L'INDUSTRIE ORIGINE DE LA FORTUNE. De tout temps, le commerce, l'industrie ont été la source des grandes fortunes. Mais quiconque était riche jadis voulait être noble. Il y arrivait soit par des lettres de noblesse, l'achat de fiefs (qui conféraient anciennement la noblesse à la troisième génération) ou de certaines fonctions. D'autre part, nous ferons remarquer que les gentilshommes pauvres n'avaient qu'un seul moyen de soutenir honorablement leur existence : celui de devenir négociants. Les Tardieu, à l'origine élevés en rang, ont subi le sort de tant de femilles qui ont passé par les épreuves de la vie ou les ruines occasionnées par la guerre de cent ans (au xiv^ siècle), les luttes malheureuses de la Réforme, au xvi^ siècle, et les épidémies qui désolèrent la France en divers temps. C'est à cause de cela, sans doute, que diverses branches ont embrassé le commerce en Provence, notamment à Saint-Etienne-lés-Orgues, l'industrie de la fabrication des draps qui nix cessé qu'à la fin du wiii"^ siècle, lorsque les fabriques de Sedan ont attiré à elles tout le monopole de cette importante fabrication, que l'Angleterre, actuellement, tend à faire disparaître presque entièrement de notre territoire. A la fin du xviii^' siècle, le commerce de la droguerie remplaça, en Provence, notamment à Saint-Etienne-lés-Orgues, celui de la draperie; il a disparu, h son tour, complètement, depuis une quarantaine d'années, remplacé par aucun autre. Ce commerce s'étendait de Provence fort loin et comprenait l'exportation. Le roi Louis XIV, par un édit de ié68, permit de faire le commerce en gros sans déroger à la noblesse, et, déjà, depuis l'an 1366, le roi

Charles IX avait permis, à la noblesse de Marseille, le commerce en gros sans déroger, comme les habitants de Gênes et de Pise. On ne dérogeait pas non plus en devenant bourgeois des villes pour en avoir les privilèges (v. page 6). Par exemple, dérogeait, ipso facto, celui qui prenait des terres à fermage. Dans ce cas-là, on avait un moyen sûr, celui de tâcher d'obtenir des lettres de noblesse pour être réintégré.

Anciennement, les familles de haute bourgeoisie et même de la noblesse avaient des apothicaires. Ceci demande quelques détails. Hiérarchiquement supérieurs aux chirurgiens, les apothicaires prenaient leurs degrés dans l'Université, et ils étaient licenciés, bacheliers ou maîtres es arts. La profession d'apothicaire, considérée comme un art, ne dérogeait pas à la noblesse, à moins qu'elle ne mêlât quelques trafics comme l'épicerie. Entre les innombrables lettres de reliefs de dérogeance accordées par les rois, on n'en trouve pas qui visent l'exercice de cette profession. Au xvi*^ siècle, comme les grands bourgeois, les apothicaires sont qualifiés sires. Tel apothicaire reçut même des lettres de noblesse sans discontinuer d'exercer sa profession, ce qui prouve qu'il ne pouvait déroger. Le bisaïeul du maréchal de La Meilleraye, Nicolas Fauque, était apothicaire. Les Séguier, si illustres, descendent de Biaise Séguier, marchand apothicaire et bourgeois de Paris, mort en 1)10. Tel apothicaire, enfin, fut un parfait érudit entouré d'une grande considération (v. P.-A. Cap, Un apothicaire belge an XVI^ siècle, 1862, in-8°).

Un mot, en terminant ces remarques utiles : une réflexion sur les droguistes, assimilés jadis aux apothicaires et considérés comme eux. Gervais Neveu, d'abord droguiste et apothicaire fut gouverneur de Sablé et résigna son gouvernement, en i)io, en faveur de son fils puîné, et l'aîné fut l'aïeul de Roland Neveu,

dont la fille Renée, dame d'Auvers-le-Courtin, épousa Gabriel du Guesclin, conseiller au Parlement de Bretagne.

SUR LA PARTICULE. La particule, c'est-à-dire le de qui semble, pour les personnes ignorantes, un signe de noblesse n'était pas, autrefois, une preuve certaine de grande origine. Des artisans la possédaient, tandis que des maisons illustres ne la prenaient jamais. Le nom Tardieu, dans les temps primitifs, n'a jamais eu la particule; mais comme nous venons de le dire, cela ne prouve rien. Cette particule n'a été inventée que par les roturiers anoblis sous Louis XIII et le commencement du régne de Henri IV.

PLAN DE L'OUVRAGE. Nous commencerons la filiation des diverses branches de Tardieu par le chapitre suivant, en parlant d'abord de celle des Maleyssye, ensuite des autres restées dans les Alpes (Haut-Dauphiné), ou sur leurs limites, berceau de la maison. Nous suivrons en descendant dans le Dauphiné ou la Provence, le Comtat-Venaissin, le Vivarais, le Quercy, le Rouergue, le Gévaudan, le Languedoc, le Roussillon, le pays de Foix, l'Albigeois, l'Agenais, l'Auvergne, le Limousin, le Forez, le Lyonnais, le Bordelais, l'Ile de France (Paris), le Laonnois, la Picardie et, enfin, le Boulonnais.

Remercions, ici, en termes chaleureux, quelques érudits qui se sont distingués par leurs envois pleins d'amabilité et de complaisance, savoir : M. O. Teissier, bibliothécaire à Draguignan, auteur de précieux travaux héraldiques sur Marseille; M. l'abbé Albanés, l'éminent historiographe de la Provence; M. l'abbé Guillaume, archiviste des Hautes-Alpes, qui nous a communiqué des recherches précieuses dues à sa plume infatigable; M. l'abbé

Ulysse Chevalier, correspondant de l'Institut; M. l'abbé Jules Chevalier, à Romans; M. J. Roman (au château de Pracomtal, Hautes-Alpes), l'un de nos archéologues français les plus compétents et les plus féconds ; M. le baron de Tourtoulon, notre savant confrère à l'Académie d'histoire de Madrid ; M. de Berluc-Perussis, un profond érudit résidant prés de Forcalquier, auquel nous devons des documents très utiles; M. de Vilard, au château de Séjas; M. le comte de Montgrand, à Marseille; M. le comte de Warren; M. Henri de Curzon, archiviste aux Archives nationales; M. Lieutaud, ancien bibliothécaire de Marseille, à Volone, érudit et littérateur; M. Théodore Courtaux, généalogiste à Paris; M. Mazen, avocat à Nyons; M. Justin Seyssau, à Monteux (Vaucluse); M. l'abbé Marcalhou d'Aymeric, à Ax (Ariége); M. Bérenger, à Chamaret (Vaucluse); M. Gouvon, à Forcalquier; M. l'abbé Hertel, curé de Saint-Aubin-Celloville; M. le vicomte Tardy de Montravel, à Joyeuse (Ardéche); les savants archivistes départementaux de la Seine-Inférieure, de la Drôme, de Tarn-et- Garonne, du Var, du Tarn, de l'Hérault, des Basses-Alpes, des Pyrénées-Orientales, de la Lozère, du Lot, de l'Aveyron, de Vaucluse, des Bouches-du-Rhône, de la Charente, de l'Aude, etc. Ajoutons aussi le savant M. le marquis de Boisgelin, à Aix-en- Provence.

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