VII
miques commencèrent à s'écrire avec fixité. Les familles provençales, devenues françaises depuis peu de temps, montrèrent une triple tendance. Les unes eurent le bon esprit de conserver leur nom indigène, tels les Tardieu; les autres, entraînées par le courant de la Renaissance, adoptèrent la forme latine, de là les Tardivi (parfois, écrit à tort Tardivy). Qiielques-uns, séduits par la nouveauté, francisèrent leurs noms; il y eut quelques Tardif. Aujourd'hui, encore, il y a en France beaucoup de Tardieu, peu de Tardivi et de nombreux Tardif, issus probablement d'une même souche, malgré les variantes introduites au xvi^ siècle dans leur désignation. Mais, comme en Provence h véritable nom indigène, traduction de celui de Tardivus, est Tardieu, il faut, pour être dans le vrai, traduire Tardivus par Tardieu, toujours, quand on trouve ce nom dans les chartes latines; c'est plus logique; c'est plus rationnel. Qu'on traduise, dans le Nord de la France, Tardivus en Tardif, assurément, oui ; mais, en Provence, jamais. Au surplus, quantité d'anciennes chartes latines, qui portaient Tardivus, ont le nom de Tardieu dans de vieilles traductions françaises. Ceux qui connaissent le provençal ne se méprendront jamais à cette bonne traduction, toutes les fois qu'il s'agira d'une charte écrite dans la région où l'on parlait le provençal.
Reste maintenant l'interprétation du mot Tardivus ou Tardieu. Nous avons dit ce que prétend la tradition qui décompose ce nom par tard à Dieu. Mais pour ceux qui trouveront cette tradition hasardée, nous ajouterons qu'une autre origine de ce mot pourrait provenir d'un défaut moral du premier Tardieu, auquel ce surnom, devenu patronymique, resta à lui et aux siens. Le célèbre Mistral, dans son savant Dictionnaire provençal français (in-4'',
1878), dit ceci aux mots Tardieu : « Tardieu, Tardeou, Tardivi, Tardiu, noms de famille méridionaux dont le féminin est Tardivo. » La traduction, pour cet érudit poète, veut dire : tardif, qui est en retard, il donne même cet exemple : Sies Tardieu (tu arrives tard; tu es en retard). Nombre de fois nous avons trouvé, dans les registres de l'état civil, au xvii^' siècle, à Ax-les-Thermes (Ariége) Tardiu pour Tardieu. Nous verrons qu'une branche Tardieu a même gardé ce nom catalan dans les Pyrénées-Orientales. Dans les registres de l'état civil, à Saint-Etienne-lés-Orgues (Basses-Alpes), on lit : Tardio (1614), Tardiou (1642).
Enfin, le nom latin Tardivus a été traduit également par Tardivou ', nom conservé par une tamille noble dauphinoise dont nous parlerons. Le même nom, par suite d'une mauvaise lecture des notaires ou scribes, a été lu quelquefois Tardinus, et traduit en français par Tardiu; mais on sait qu'au moyen âge les lettres u et V se formaient de la même fliçon ; de là, l'erreur évidente. Il y a même des textes précis où l'on semble voir Tardinus et non Tardivus, mais il faut lire Tardivus de préférence, et, dans tous les cas, Tardinus ne serait qu'une corruption maniteste du mot véritable Tardivus. Tardivus ou Tardinus doivent être traduits par Tardieu quand on sait que ce dernier nom est réellement la traduction provençale pure. Au surplus, si l'on rencontre quelques Tardin qui sont des Tardieu, à l'origine, c'est par pure exception et fort rare.
I. Cette appellation française est traduite en patois, dans le Velay à Saiigues (Haute-Loire) et dans la région de Saint-Alban (Lozère), par Tardivou pour exprimer le sens d'être en retard.