FAMILLES HOMONYMES OU SOUCHE COMMUNE
— Un grand nombre de fomilles portent, en France, du sud au nord, de l'est à l'ouest, le nom de Tardieii. Les documents ont souvent manqué pour les rattacher à la même souche ou à l'antique berceau des Alpes. Cela veut-il dire que ces familles homonymes n'ont aucun rapport entre elles? Assurément non! Le nom de Tardieii, nous l'avons prouvé, est éminemment provençal; et c'est en Provence, attenant aux Alpes, qu'on trouve le plus de Tardieu, en divers temps, et les plus anciens, divisés en nombreuses branches. On doit soutenir, sans être taxé de témérité, que les Tardieu, sans distinction, sont tous sortis des Alpes, puis de Provence, où ils passèrent assez rapidement. Les uns s'établirent ensuite dans la sénéchaussée de Carcassonne, où on les trouve dés 13 21; d'autres vinrent dans le pays de Laon (1393); le Rouergue (1430); le duercy, le Gévaudan, et enfin la Normandie (fin du xV^ siècle).
Jadis, ce n'était pas comme de nos jours; un père de famille avait jusqu'à 13, 20 et 24 enfitnts, comme on le constate chez certains Tardieu. La tradition, qui se disait encore, en 1827, dans les Tardieu du canton de Saint-Chély (Lozère), porte qu'au temps des guerres des Albigeois (122 5-1226), un Tardieu eut 24 garçons, dont une grande partie quittèrent leur berceau; ce qui est la cause qu'on trouve des Tardieu dans presque toute la France. Cette tradition s'est aussi conservée, en partie, dans la branche de Saint-Étienne-les-Orgues. Au temps passé, les cadets, obligés de se faire une position, tâchaient d'épouser des héritières dans des pays même reculés, ou bien entreprenaient une industrie lucrative. Mais, comme les voies de communication étaient rares, que
la poste n'existait pas, on en arrivait vite à n'avoir plus de rapports et plus de nouvelles, de sorte que les cousins germains commençaient à ne plus se connaître; comment s'étonner, alors, que les relations de parenté se perdissent vite ? Nous avons constaté, du reste, pour une foule de Tardieu, vivants actuellement, combien est grand le nombre de ceux qui ignorent les frères de leur grand-pére et, à plus forte raison, la province où ils avaient passé! Certes, cette constatation est une chose affligeante, mais il faut se rendre à l'évidence. Nous avons vu plus : dans les immenses recherches que nous avons dû faire pour cet ouvrage, recherches qui ont nécessité non pas des centaines, mais, peutêtre, deux mille lettres, nous avons assisté à ce spectacle navrant qui est celui de l'ignorance complète, en fait de généalogie personnelle, de nos correspondants, spectacle qui est du reste l'état général de la France en ce moment. Ainsi, demandionsnous une filiation remontant à peine à cent ans? L'arbre généalogique qui nous était adressé portait, pour des générations assez récentes : un tel (sans prénom), dit J'onclc, tout simplement; un autre, dit le neveu, sans prénom également. Voilà ce qui se passe en l'an de lumière 1892? Et, comment demander qu'en plein moven âge les filiations, même rapprochées, fussent plus nettement définies?
Ne doutons donc pas que tous les Tardieu, si nombreux aux alentours des Alpes, en Provence, et passés dans les départements voisins tels que ceux des Basses-Alpes, des Bouches-du-Rhône, du Var, de l'Isère, de la Drôme, de l'Ardéche, etc., territoires tout indiqués pour servir de résidence à ceux qui, sortant des Alpes, se sont fixés dans un rayon relativement peu lointain; ne
doutons donc pas, disons-nous, que tous ces Tardieu ne puissent remonter à Roland Tardieu, notable propriétaire dans les Alpes, en II 10.
ILLUSTRATIONS. — Les Tardieu, à travers huit siècles, ont fourni de nombreuses célébrités militaires, scientifiques, artistiques et politiques. Dés le xui^ siècle, ils comptent un troubadour; au xiV^ siècle, un gouverneur, châtelain de la ville et du pays de Briançon; à la fin du xv« siècle, un capitaine célèbre, l'ami de l'illustre Bayard dont il fut le camarade et le compagnon d'armes. Au xvii'^ siècle, la branche des Tardieu de Maleyssye fournit une suite de personnages illustres : citons François de Tardieu de Mélleville, maître de requêtes (1613), conseiller d'État (161 3), ambassadeur à Venise; ses fils, François-Ignace et Louis- Aristarque, reçus chevalier de Malte; le premier tué en allant au combat contre les Turcs, en 1626; Charles-Gabriel de Tardieu, marquis de Maleyssye, frère de ceux-ci, conseiller d'État (1656), maréchal de camp (1652); le cousin germain de ces derniers, Jacques Tardieu, lieutenant-criminel au Châtelet de Paris, mort en 1665; Louis-Gabriel de Tardieu, baron d'Esclavelles, commandeur de Saint-Louis, l'un des grands hommes de guerre du siècle de Louis XIV, gouverneur de Valenciennes, mort en 1736; dans la même branche de Maleyssye : une série d'éminents officiers supérieurs, plusieurs tués devant l'ennemi; Aristarque de Tardieu, seigneur d'Incarville, conseiller d'État, ambassadeur en Flandre, mort en 16 19; Charles-Philibert, chevalier de Malte, mort en 1779; Antoine-Charles de Tardieu, marquis de Maleyssye, lieutenant-général d'armée, député de la noblesse aux États généraux
de 1789, mort victime de la Terreur en 1794. Les histoires de la Révolution racontent son héroïsme et la mort sublime de ses deux filles, M"'^ de Maleyssye et la baronne de Bois-Bérenger, qui périrent en même temps que lui. Dans la branche des seigneurs de la Barthe et de Séjas : Jean, gouverneur d'Orange, et son fils, Jean de Tardieu, l'un des excellents maréchaux de camp de Louis XIV. Dans la branche de Saint-Étienne-les-Orgues, Laurent Tardieu, érudit, mort en 1824; un député de la Meurthe, maire de Nancy sous le roi Louis-Philippe. Dans la branche de Grasse, un maire de Marseille en 1830. Dans la branche de Martigues, un député de la nation française à Chypre, en 1789. Dans la branche de Paris, des graveurs célèbres; un membre de l'Institut (^ 1844); un doyen de la Faculté de médecine de Paris (mort en 1879), qui fut l'un des plus grands médecins légistes des temps modernes, etc., etc.
COLONIES DE TARDIEU. — Diverses colonies de Tardieu ont existé au moyen âge. Un chef de famille, parti des Alpes ou de tout autre point, donna naissance à une nombreuse postérité qui vécut fraternellement sous le même toit, de sorte que les propriétaires transmirent leur nom au hameau auquel ils avaient donné naissance. On connaît, actuellement, en France : /('5 Tardieu, petit village de la commune de la Freissnouse (canton de Gap, Hautes- Alpes) ; ks Tardieu, commune de Teyssières (Drôme); les Tardieu, commune de Maxou (Lot); les Tardieu, commune de Saint-Étienne-de-Fontbellon (Ardéche). Dans la Drôme, il y a divers lieux habités portant le nom de Tardieu, savoir : Tardieu, ferme, commune de Pilles; les Tardieu, hameau,