‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 102 sur 327 · NOUVELLE AGITATION DU PARTI PROTESTANT · texte numérisé non relu

NOUVELLE AGITATION DU PARTI PROTESTANT

la raideur, les exigences croissantes du parti n'étaient guère propres à faire oublier à la reine-mère ce que lui disait à Bayonne le confident et l’exécuteur de la politique de Philippe IX, que « rien n’est « plus dommageable que de permettre aux peuples de vivre selon « leur conscience, introduisant ainsi autant de variétés de religion « dans un Etat qu’il y a de caprices dans la tête des hommes ;.… « que les controverses sur la foi ont toujours servi de prétexte aux « mécontents, et qu’il faut leur ôter ce prétexte en extirpant le mal & jusqu’à la racine ‘». En vain avait-elle prétendu ramener les religionnaires par ses tempéraments ; en vain pensait-elle leur reprendre, par édits explicatifs, ce que leur avait donné l’édit d’Amboise, et leur rogner chaque jour les ongles ?. Elle avait d’abord traité leurs doctrines avec une trop complaisante légèreté, pour ne pas les irriter par ses défiances présentes. Aussi leurs violences de conduite et de langage prenaient-elles chaque jour un caractère de plus en plus menaçant ; Catherine trouvait jusque dans sa chambre des pamphlets où elle était accusée de tous les crimes et où on lui prédisait le sort du Gwisard : n’était-il pas devenu licite pour les auteurs de ces écrits de tuer un roi ou une reine qui s'opposent à la réforme de l'Evangile ÿ ? En même temps, un sieur de Besancourt, qui habitait la Saulsotte, peu content des libertés dont il jouissait, après avoir frappé le curé de son village et d’autres ecclésiastiques, les expulsait de leurs maisons, s'emparait de leurs revenus et de leurs héritages. Raguier, seigneur d'Esternay, établissait des écoles protestantes dans les presbytères de ses seigneuries (1566) *. Le commerce se plaignait de ne plus trouver de sûreté sur les routes, et les bouchers de Troyes demandaient l’autorisation de porter des armes.

Les catholiques, qui se croyaient sacrifiés, n'avaient donc pas lieu d’être plus satisfaits que les protestants, qui, après avoir paru ne demander qu’un peu d’indulgence, aspiraient au partage du

Î Davila, année 1565, 1. ILL, p. 334,

? Pasquier, 1. V, p. 147.

3 Davila, 1. IV, p. 367.

# La Saulsotte, près de Nogent-sur-Seine.

5 Boutiot, p. 600.

196 LA PROVINCE DE CHAMPAGNE. 1566-1567, pouvoir, en attendant qu'ils devinssent les maitres absolus 1. Dans cette situation, Catherine crut sage de se rapprocher du chef du parti national, et l’on revit à la cour (octobre 1566) les Guise, qui, sauf le cardinal, l'avaient quittée, six mois auparavant, pour se retirer à Joinville. Attentif à plaire à la reine-mère?, Charles de Lorraine eut bientôt ramené à la royauté la confiance du clergé, de lanoblesse et du peuplef. Mais il ne pouvait prendre pied à la cour sans que les huguenots lui prétassent les plus sinistres projets. L'arrivée de 6,000 Suisses (janvier 1567), destinés à renforcer les compagnies françaises fort réduites, acheva de leur porter ombrage. Les chefs du parti se réunirent successivement à Vallery-lez-Sens, chez le prince de Condé, et à Châtillon-sur-Loing, chez Coligny (septembre 1567).

Le prince de Porcien, si assidu aux réunions de Châtillon, n’assistait point à celles-ci : une fièvre violente, causée par la colère et un excès de boisson, l'avaient emporté le 45 mai 1567 : malheur irréparable pour le parti. Cethomme, qui envoyait dans les Pays-Bas quatre gentilshommes chargés « d’expédier Granvelle de ce monde», avait créé le village de Bouwrg-Fidèle pour ses sujets protestants désireux de « vivre en toute liberté de conscience, selon la réforma- « tion de l'Evangile ». Les habitants, en payant douze sous parisis pour droit de bourgeoisie et un chapon par arpent de terre, étaient affranchis de toute espèce de servitude ; ils avaient droit de parcours dans les bois de Montcornet et du Châtelet ; assemblés le jour de la Pentecôte, ils élisaient trois députés entre lesquels les officiers de Montcornet choisissaient un maire‘.

Mais, si le prince n’était plus là pour mettre au service de la religion son activité et son audace, son esprit ne parut pas avoir abandonné les seigneurs confédérés ; car, dans les conférences qu’ils eurent à Vallery chez le prince de Condé, et à Châtillon chez l'amiral, fut prise la résolution d'organiser unebonne et forte armée, d’exterminer les Suisses et de chasser le cardinal, en s’emparant de

! C'était le mot de Charles IX à Coligny, qui se plaignait des édits explicatifs.

2? Mém. de Tavannes, p. 450.

5 Mém. de Castelnau, 1. VI, ch. IL, p. 513.

ITist. de Rocroy, par M. l'Epine, 1860.

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