‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 104 sur 327 · LES HUGUENOTS TENTENT D’AFFAMER LA CAPITALE · texte numérisé non relu

LES HUGUENOTS TENTENT D’AFFAMER LA CAPITALE

C’est dans cette circonstance que les huguenots, s’abattant sur Avenay, firent de l’abbaye un lieu de désolation. « Ilsmirent le feu « à l’église, à la charpente du clocher, aux chaises du chœur, bri- « sèrent et foulèrent aux pieds les tableaux, les images et les nom- « breux ex-voto dont l'autel de Sainte-Berthe était enrichi. [ls se « saisirent des papiers des archives, qu'ils mirent au pillage, des « livres de la bibliothèque, et firent du tout un feu de joie dont les « sinistres lueurs éclairèrent leur départ ! ». Les religieuses, instruites par la clameur publique, avaient pris soin de se disperser, ne songeant qu’à sauver les reliquaires et autres objets sacrés de leur foi.

Cependant, loin de se décourager, les chefs du parti songeaient à affamer la capitale, en interceptant tous les arrivages, notamment ceux de la Seine et de la Marne, par l'occupation de Saint-Denis et de Lagny. Ils avaient, dès le 2 octobre, établi leur quartier général dans la première de ces villes, et tandis qu'ils dépêchaient des agents en Allemagne pour en tirer des secours, la faction leur envoyait de toutes parts des renforts, spécialement du Partois et des environs de Châlons ?. Chemin faisant, ces « huguenots tentaient de surprendre « les villes, etse livraient dans les villages aux plus affreux excès, « portant leurs mains sacrilèges sur les objets du culte, transfor- « mant en hauts-de-chausses, en pourpoints et mandilles les chappes « et les chasubles de velours, satin ou taffetas, torturant les prêtres

sécurité de son pays pour la satisfaction des ressentiments ou des prétentions d’un parti. « Les Suisses et les Allemands qui servaient dans l'armée royale étaient, dit avec raison M. le duc d’Aumale dans son Histoire des princes de Condé (t. 1, p. 161 et sq.), de ces soldats capitulés qu’on trouvait dans toutes les armées françaises depuis 50 ans; aucune cession de territoire n'avait payé les subsides du pape, ni le concours desbandes espagnoles... Mais ouvrir les portes de la France aux Anglais ; abandonner à ces vieux ennemis un coin de ce sol de la patrie qu'ils avaient dévasté pendant cent ans ; leur livrer l'embouchure de la Seine, quand ils venaient à peine de sortir de Calais ! c'était remonter aux mauvais souvenirs des guerres de Bourgogne et d'Armagnac ».

1 Hist. de l’'ubbaye d'Avenay par Louis Paris, t. Ier, p. 279, et t. Il, p. 206 et sq.

2 C1. Hatton, p. 439.

« et ne ménageant pas plus les biens et la vie des riches 1, Ils avaient « des intelligences à Reims, et pensèrent s’y glisser au moyen du « seigneur de Warmeriville, général des finances » ; mais la femme de Claude Pioche le trahit : « n’estant huguenote, se trouvant ou « se disant malade », elle manda un médecin de la ville et révéla l'entreprise. Quand Pioche etses compagnons se présentèrent « pour « jouer leur personnage, se voyant reçus à Coups de canon, ils « tirèrent ailleurs ?». En cet état de choses l’Hospital crut pouvoir hasarder quelques conseils en faveur d’une transaction : « C'est vous, « lui répliqua sèchement Catherine, qui avec vos grands mots de « modération et de justice nous avez mis là où nous sommes * ». Montmorency tenta néanmoins de négocier avec les rebelles ; impuissant à les ramener, il dut les combattre, et le fit avec d'autant plus de confiance qu'il avait pour lui le nombre. [ls furent défaits, en effet, sans grande perte, dans la plaine de Saint-Denis (10 novembre 4567) ; mais le vieux connétable paya de sa vie les mauvaises dispositions qu’il avait prises : le regret qu'on en eut fut mince, tant à cause de son caractère bourru que de la huguenoterie de ses neveux.

Affaiblis surtout par les désertions qu’entraîna leur défaite, les chefs de l’armée protestante, après avoir passé, entre Lagny et Rosoi, la revue de leurs forces, se décidèrent à se rendre en Lorraine par la Champagne pour aller se joindre aux reîtres que leur amenait Jean Casimir. Ils levèrent leur camp le 44 novembre et prirent par Brie-Comte-Robert, dont ils s’emparèrent, le chemin de Montereau, où ils franchirent la Seine ; après quoi, traversant l’Yonne au gué de Port-Renard, ils emportèrent Cowrlon, dont ils châtièrent cruellement la résistance, n’épargnant ni hommes, ni bêtes, ni biens quelconques. Les gens d'église s'étaient réfugiés dans la tour de l'édifice : après les en avoir fait descendre en leur promettant la vie sauve, ils les massacrèrent : au nombre des victimes fut messire

1 CL. Hatton, p. 444. On peut voir en quel état ceux de la Picardie, qui surprirent Soissons, laissèrent les monuments religieux de cette ville ; c’est de cette époque que date la ruine de la fameuse basilique de Saint- Médard, l'édifice le plus considérable et le plus beau qui subsistât en France de l’époque Carlovingienne.

? Henri, la Réforme et la Ligue, p. 32.

3 Négociat. diplom. avec la Toscane.

Page 1