CONDÉ VA AU DEVANT DES REITRES DE CASIMIR
Jean Egreville, « un des meilleurs joueurs de paulme qui fust en « Champagne et Brie ». Ils prirent également Bray-sur-Seine, qu'ils rançonnèrent (28 novembre). Ce jour-là méme, d'Andelot, à la tête d’une autre colonne, se présentait devant Nogent. Sommée de se rendre, la population fit mine de vouloir tenir bon ; puis, « le pre- « mier ou second jour du moys de décembre », s'échappant par la porte du faubourg Notre-Dame, elle prit la direction de Provins, où, après avoir cheminé toute la nuit, elle arrivait à l'ouverture des portes. Introduits dans Nogent par ceux qui y étaient restés, en bien petit nombre, les assiégeants, après quelques moments de défiance, ne se continrent plus : «les maisons furent pillées, les églises sac- « cagées et brülées, et Dieu sait la chère que firentces hommes qui, « dans leurs requêtes au roi, s'étaient vantés de ne vouloir que le « bien public et le soulagement du peuple ». De là d’Andelot se porta sur Sens, que pressaient Condé et Coligny; mais M. de Villegagnon, qui en avait la défense, les eut bientôt fait repentir de leur entreprise, et ils allèrent attendre dans le voisinage, pendant 18 à 20 jours, l'issue de négociations de paix qui se poursuivaient en ce moment à Montereau entre leurs députés et la reine-mère !.
Mais ils ne suspendirent point pour cela le cours de leurs exploits ; car, « au partir de Sens, ils brülèrent l’église de madame Suinte- « Colombe-les-Sens, et le château de Nolon, lieu très fort qui appar- « tenait à l'archevêque » ; ils brûlèrent aussi les églises des villages de Montigny-le-Guesdier, de Villenauxe-la-Petite, de Parcy, de Noyen, de Pally, de Saint-Martin-lez-le-Chäteau de l'Aulnoy, de Vertily, Villers-sur-Seine, Corceroy, La Mothe, Nogent-sur-Seine, Luytaine, Paroy, Charlemaison, les Ormes, Sordun, V'Eschelle, Villegruys, Louen, Voulton, et de plusieurs autres localités. S'ils n'incendièrent pas les églises des villages de Groix, d'Ermez, de Meel, de Mériot, de Chalaustre-la-Grande, de Chalaustre-la-Petite, de Saint-Michel de Pongny et autres des environs de Provins, ils les saccagèrent comme celles de Bray, de Mouy, et de Saint-Sauveurlez-ledit Bray. Ils n’épargnaient d’ailleurs aucune maison presbytérale.
Vers le 40 décembre, Condé, passant la Seine, entra dans la Brie
1 Sur tout ce qui précède, V.CI. Hatton, p. 462-488, et les Mémoires de François de la Noue (collect. Michaud et Poujoulat, t. IX, p. 615).
et vint camper à Ve/lecendrier près de Provins. Il méditait d'attaquer cette ville, en s’établissant dans le couvent des Cordelières qui touchait aux murailles ; mais le gouverneur fit mettre le feu à l’abbaye, ce que voyant, et apprenant en outre l'approche de l’armée catholique, Condé leva son camp et vint loger à Villenauxe-la- Grande, dont il trouva les portes ouvertes, et dont il pilla les habitants, saccagea et brüla les églises, malgré les promesses des sieurs de Mongenost et de Patras, commis par le prince pour composer de la rançon. Deux jours après, il « s’alla loger à Sézanne, où ne trouva « résistance non plus qu’à Villenauxe », ce qui ne l’empécha pas non-seulement de frapper la ville d'une rançon de 14,000 livres, mais encore de la livrer au pillage. Le baron de Plancy, qui était intervenu en faveur des habitants, fut tellement indigné « des inso- « lences et inhumanitez » de ses coreligionnaires, qu'il « s’alla « rassoir en sa maison audit Plancy », ne voulant plus suivre le camp huguenot!.
De Sézanne, celui-ci tira sur Epernay, pour passer la Marne. Les ponts avaient été rompus : il fallut les refaire ; les Condéiens passèrent là trois jours, « traitant ladite ville comme ils avaient fait » les deux autres. L'église, où ils renversèrent les fonts de baptême, brisèrent les orgues, les cloches, des statues, etc., n’échappa ellemême à la destruction que « par le zèle de quelques habitants, qui « esteignirent le feu que les huguenots y avaient mis en se retirant ». Is ne se retirèrent d’ailleurs qu'après avoir exigé de la ville la remise de toutes ses armes et une rançon de 40,500 livres (17 décembre) ?. Après quoi, ils se dirigèrent droit vers l'Allemagne, trainant à leur suite une foule de prisonniers, prêtres, marchands, laboureurs, qu'ils renvoyaient après en avoir tiré rançon 5.
1 C'est alors que furent détruits, à Broyes, le prieuré de Val-Dieu, de l'ordre des Chartreux; à Pleurs, l’abbaye des Jardins, de l’ordre de Ciîteaux ; à Gaye, une autre abbaye ; à Vertus, celles de Notre-Dame et de Saint-Sauveur.
? Hist. d'Epernay, par Fiévet, t. l, p. 166.
5 CI. Hatton, p. 488-496.