IV. — DE LA LIEUTENANCE GÉNÉRALE DU DUG D’ANJOU AU MARIAGE DU ROI
19 novEemBRE 1567 — 26 novemBRE 1570.
Le duc d'Anjou se met à la poursuite des ennemis, — 11 les atteint à Châlons el les laisse échapper. — Condé, fortifié des reîtres, se dirige sur la Bourgogne, tandis que l’armée royale vient à Troyes, et de là à Paris. — Paix de Longjumeau. — Les catholiques ne la pardonnent pas au roi, etcomméncent à organiser des ligues chrétiennes. — Les champenois s'y montrent rebelles. — Comme le roi, effrayé, se rapproche du parti catholique, les protestants jettent le masque et se préparent à la lutte. — Ils sont battus à Jarnac et à Montcontour. — Paix de Saint-Germain. — Désarmement de l’armée royaie, — Mariage du roi. — Joie manifeslée dans la province.
Cependant Henri, duc d'Anjou, que le roi son frère avait, par lettres patentes du 12 novembre, institué, malgré ses quinze ans, lieutenant général du royaume, s'était mis, dès le 14, à la poursuite des ennemis, non sans prêter l'oreille aux propositions d’accommodement dont ils entendaient amuser la cour, pour échapper à toute poursuite. Mais, tout en continuant à négocier, le roi avait invité son frère, qui suivait de loin l’armée protestante, à ne pas suspendre les hostilités, et « à ne rien oublier de ce que le devoir de la guerre « lui offrirait! ». Aussiles réquisitions de vivres destinés à l’armée se multiplièrent-elles. Sainte-Menehould devra fournir « la quantité « de quarante mil pains du poix de quatorze onces en paste » ; Chälons, 200,000. Vainement la première de ces villes invoquera sa détresse. La seconde croira se dédommager en confisquant les blés de « ceulx de la religion nouvelle » ; il ne s’en trouve dans les maisons que « bien petite quantité », et il faut aviser pour se procurer le restes.
Toutefois il semblait que la marche du duc d’Anjou füt réglée de manière à éviter toute collision, car, « les jours que les huguenots
1 Bibl. nat., Cing-cents Colbert, n. 24, p. 135.
? Registre XV, 26 déc. 1567. V. Hérelle, La Réforme et la Ligue, Lettres, p. 52, 53. Nouvel ordre adressé, le 26 janvier 1568, aux habitants de Châlons de tenir prêts 100 muids de farine pour la convertir en pains, quand les commissaires généraux de l’armée le prescriront (ld., ibid., p. 54).
« cheminaïient pour gangner pays, le camp du roi se reposait, et les « jours qu’il cheminait, le camp huguenot se rafraichissait et se « reposait !». C'était une vraie promenade militaire. Elle ne profita guère aux populations; car l’armée royale, qui était de plus de 50,000 combattants, tant Français et Suisses que Bourguignons, Flamands, Hanoyers et Espagnols, s’étendait bien sur dix lieues de long et six de large ; et partout où elle logeaït, elle vivait largement du bien de ses hôtes. L’artillerie s’installait avec ses chevaux dans les églises, sans respect pour la sainteté du lieu ni même pour « le « précieux corps de J.-C. gisant au sacrement de l'autel ? ».
Enfin le duc d’Anjou arrive (27 décembre) près de Chälons, maitre d'attaquer l'ennemi dont il atteint les derrières. Sans ressources, sans magasins, harassés des longues traites qu’ils venaient de faire en Champagne par des chemins affreux, manquant de chaussures et n'ayant que des chevaux déferrés, il semblait que les Condéiens fussent à la merci de l’armée royale. Le maréchal de Brissae, qui commandait l'avant-garde, a trouvé une belle occasion de les attirer au combat : trois de leurs capitaines se disputaient la possession du château de Sarry ; il les attaque, les culbute et les pousse jusqu’à Notre-Dame-de-l’Epine, pensantétre suivi du reste de l’armée; mais celle-ci ne bouge, grâce au mauvais vouloir ou à la négligence des conseillers du due ; et Condé, s’échappant à la faveur de la nuit, gagne Possesse 5, et après trois jours d’une marche forcée par la pluie et les difficiles passages de l’Argonne #, parvient à se mettre en sûreté derrière la Meuse 5. De là il se rend à Pont-à-Mousson, où il pensait trouver les reiîtres ; il dut les attendre pendantcinq mortels jours. Enfin apparaissent, le 11 janvier 1568, à la grande joie de leurs alliés, les cavaliers noirs de Jean Casimir ; mais ceux-ci comptaient toucher à leur arrivée 100,000 écus, et il n’y en a pas 2,000 dans la caisse. Les Condéiens durent se dépouiller d’une partie des
1 CI. Hatton, p. 503.
2 Id., p. 504.
Mémoires de Jean de Fabas, vicomte de Castets, publiés par M. Barckausen, 1 vol. in-8°, Bordeaux, 1868.
4 La première « journée fut la défaite des charetes de nostre armée, car « je cuide qu’il en demeura sur les chemins plus de 500 » (Zbïd.).
5 Cf. CI. Hatton, t. IL, p. 513 à 516. — Castelnau, VI, c. VII, p. 524: — La Noue,c. XV, p. 615. — Davila, 1. [V, p. HA.