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FORTIFIÉ DES REITRES, CONDÉ ÉVITE LA CHAMPAGNE

trésors qu'ils avaient pillés ; ils réunirent ainsi 80,000 écus, dont les mercenaires allemands se contentèrent. Après quoi, l’armée protestante, reprenant sa marche en laissant à droite Commercy, vint passer la Marne assez près de sa source (21 janvier), pour se diriger de là sur la Bourgogne.

Pendant ce temps, le duc étaitallé s'établir à Vitry avec son armée, et la reine-mère, à la nouvelle de ce qui s'était passé, avait quitté Paris (3 janvier), pour venir à Châlons-sur-Marne conférer de la situation avec son fils.

Après avoir révoqué les commandants dont elle soupçonnait la fidélité, elle entre en pourparlers avec le cardinal de Châtillon, et sans rien conclure, retourne à Paris, tandis que l’armée, rebroussant chemin sur la capitale, se mettait en marche pour Troyes, où elle arriva le 40 janvier.

Aussi bien, Paris était devenu l'objectif des huguenots ; mais, comme nous l’avons dit, ils ne repassèrent point par le cœur de la Champagne, « que nous avions mangée », dit Castelnau‘. Arrivés près de Joinville, ils descendirent sur Châtillon, non sans maltraiter Châteauvillain, l’abbaye de Clairveaux, celle d’Auberive, Mussi; puis, ayant passé la rivière de Seine audit Châtillon, sans en être sérieusement empèêchés par le duc d’Aumale, ils se dirigèrent sur Tonnerre, de là, par Auxerre, vers la Loire qu'ils franchirent à la Charité, et vinrent, à la fin du mois de février, assiéger la ville de Chartres. Leur cavalerie n’épargnait rien et ruinait le pays sur une largeur de quatre à cinq lieues.

L'armée royale ne ménageait pas davantage la banlieue de Troyes. Tandis qu'elle était campée dans la plaine de Sainte-Savine et au pied des coteaux de Montgueux, où elle demeura plus d’un mois, le maréchal de Saulx-Tavannes la passa en revue, et, le premier, changea l’ordre des armes, composant les escadrons de 200 pistoliers en plusieurs rangs, à l’imitationdes reitres, et ne conservant qu'une file de lances au premier rang et sur le flanc droit des escadrons. Tavannes soumit aussi la gendarmerie à un nouvel ordre en bataille ?. Le camp fut levé peu après le 10 février. Une partie des troupes prit la route de Sens, l’autre celle de Nogent, Provins,

1 C. IX, p. 525.

2? Saulx-Tavannes, p. 298, édit. Michaud et Poujoulat, t. VI,

Nangis, Brie-Comte-Robert, et les deux corps d'armée se réunirent près de Paris, pour protéger la capitale contre les mouvements de Condé.

Bientôt, à la sollicitation des partisans de la paix, cette paix allait être signée à Longjumeau (23 mars): paix humiliante s’il en fut pour le gouvernement, car, en accordant aux calvinistes la liberté du culte, il s'engageait à payer leurs alliés à leur départ, «comme « si Sa Majesté les avait fait lever pour son service et par ses com- « missaires. Et c’est ainsi que cette guerre, qui avait commencé par « la terreur, finit par la honte ! ».

La solde à acquitter aux soldats de Casimir s'élevait à 1,026,421 1. 105.t., et suivant acte reçu par deux notaires au Châtelet, le 13 avril 1568, la famille royale et les membres du conseil d'Etat s'étaient personnellement engagés, sous la caution de la ville de Troyes, à en verser la moitié au mois de septembre à la foire de Francfort, et l’autre moitié le 1* janvier dans la ville de Strasbourg. En conséquence de cet engagement, le roi, dès le 14 avril, sollicite la caution des maire, échevins et habitants de Troyes, et le 21, dans une assemblée générale des habitants, les magistrats de la cité sont autorisés à la lui donner : ce dont le roi les remercie par lettres du 28 avril, en même temps qu'il félicite M. de Barbezieux de son intervention dans l'affaire ?.

Cependant la paix de Longjumeau ne devait être qu’une paix boiteuse et mal assiseÿ. Loin de rétablir l’ordre, elle n'avait fait qu'enflammer l’insolence des uns et la colère ou les défiances des autres *. Les catholiques ne pouvaient pardonner au gouvernement de les sacrifier à des rebelles, ct, rebelles à leur tour, ils allaient jusqu’à menacer la royauté des Valois. Les prédicateurs ne tarissaient

Jean Correro, Relat. des ambass. vénit., t. II, p. 191. Boutiot, p. 618 et 619.

$ Ces épithètes sont des jeux de motsauxquels ont donné lieu l’infirmité deBiron, l’un des négociateurs, et letitre de l’autre, Henri de Mesmes, seigneur de Malassise.

4 Aussi le duc de Guise recommandait-il à du Castel de veiller à la sûreté de Châlons et de contraindre à la garde des murs tous les habitants, sauf les réformés (18 mai); ceux-ci paieront les catholiques qui les remplaceront : ainsi l’a décidé le conseil du roi (8 juin). Arch. mun. de Châlons, AA 5.

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