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ESSAI D'UNE LIGUE CHRÉTIENNE ET ROYALE

pas en invectives contre les sectaires, en imprécations contre la paix, en excitations à la rompre. Se voyant ou se croyant atteints dans leur foi, ils songèrent à la sauver contre les excès du parti et les faiblesses de la cour, et à l’imitation des ligues huguenotes !, ils organisèrent, sous l’autorité des lieutenants du roi, des ligues partielles pour le maintien de « la vraye esglise de Dieu, catholique et « romaine » ?. Encouragée par Tavannes en Bourgogne, la ligue ou confrérie du Saint-Esprit, grâce à l’appui de M. de Guise, eut bientôt franchi les limites des pays de Champagne et Brie. Le 25° jour de juin 1568, vingt-huit membres du clergé de Troyes, ayant à leur tête l’évêque du diocèse, M. de Beauffremont, signaient le « serment « des associes de la ligue chrestienne et roïale» ; mais la municipalité troyenne crut devoir s'abstenir de toute adhésion ? à un acte qui n’avait pas l’approbation du roi. L'esprit champenois se prêtait peu à ces manifestations ; il était trop respectueux à la fois de la tradition et de l’autorité pour s'associer à des projets dont l'exécution pouvait échapper à l’action de cette dernière ; ainsi, ferme dans sa foi, repoussa-t-il les nouveautés avec une constance qui faisait dire à Théodore de Bèze que les Champenois étaient tétes dures dont il fallait désespérer.

Ce ne fut donc pas en Champagne que se manifestèrent le plus vivement les tristes conséquences de la paix de Longjumeau * ; ce fut dans le midi, où, sous le prétexte de s'assurer contre les entreprises des catholiques qu’elle avait soulevés, les calvinistes refusaient de rendre au roi les villes dont ils s'étaient emparés. Les calvinistes ne bornèrent pas du reste à ces résistances les mesures qu’ils crurent

1 Les premières ligues, dit Tavannes, proviennent des huguenots (Memoires dans la col. Petitot, t. 25, p. 5-6).

* Dès 1563, Blaise de Montluc et les capitouls de Toulouse avaient imaginé un « traité d'association entre l’estat ecclésiastique, la noblesse et le commun du tiers estat pour défendre l’honneur de Dieu et de son Eglise catholique romaine » (Commentaires).

3 V. la formule du serment dans Boutiot, p. 622-624. — Cf. Bouillé, Hist. des ducs de Guise, t. IL, p. 404.

4 On y signale, le 25 juillet, le départ des réformés de Châlons, Troyes et Reims, et on les soupçonne de méditer quelque coup (Lettre de d’Espaulx, lieutenant général de la province à du Castel, Arch. mun. de de Châlons, AA 5).

devoir prendre : car ils osèrent enrôler, sans commission du roi, des volontaires pour le service du prince d'Orange contre le due d’Albe.

Charles IX ne songea plus dès lors qu’à révoquer les édits rendus en leur faveur, et se rejetant dans la politique catholique, la reinemère s’abandonna de nouveau aux conseils du cardinal de Lorraine, qu'elle était toujours aussi prête à invoquer dans le péril, que prompte à négliger dans la bonne fortune. « Nul, d’ailleurs, dit « Jean Correro, n’est plus habile à trouver l’argent nécessaire, car « nul n’a plus de crédit à Paris. Or Paris a toujours été l'espoir et le « trésor des rois de France dans les plus urgents besoins. C’est « pourquoi le fardeau des affaires fut mis sur les épaules du cardi- « nal. Son autorité est assurément contestée et haïe ; on lui tend « des embüches, on le trouve trop hautain... Malgré tout, il est à « souhaiter qu'il continue à gouverner, parce que son salut per- « sonnel, lié à l'affaire des huguenots, ne peutque tourner au profit « du royaume et même de tout l'univers chrétien ! ».

Le prince de Condé avait, le 23 août, adressé au roi une requête où, après avoir énuméré les griefs des réformés, et rejeté tout le mal sur le cardinal, il annonçait que la noblesse protestante se voyait contrainte pour le salut du royaume de prendre les armes contre « ce prestre infâme, ce tigre de la France et contre ses « complices ». C'était une déclaration de guerre. En réponse à cet audacieux défi, le roi donna l’ordre à Barbezieux de s'emparer du château de Noyers, résidence de Condé, qui tomba le 2 octobre entre ses mains ?. Il fit aussi paraître, le 25 septembre, deux édits dont l’un, tout en défendant la recherche des huguenots qui voudraient vivre paisiblement en leurs maisons, interdisait, sous peine de mort, l'exercice de toute autre religion que la religion catholique romaine, et ordonnait, aux ministres protestants de quitter la France dans un délai de 15 jours ; l’autre enjoignait à tous les réformés de se

1 Relat. des ambass. vénit., t. Îl, p. 453.

? Barbezieux, parti de Troyes, prit d’abord le château de Tanlay, résidence de Coligny, et aitaqua ensuite celui de Noyers (Rapport du 3 au roi, Boutiot, p. 629). C’est dans ces circonstances que périt, assassiné par son propre neveu, le pasteur Sorel (V. ci-dessus, p. 167), qui s'était réfugié à Noyers.

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