CONDÉ BATTU ET TUÉ A JARNAC
démettre des emplois publies dont ils seraient pourvus !. Ne comptant plus dès lors sur la cour, les protestants jettent le masque, attirent en France (décembre) le prince d'Orange, qui guerroyait dans les Pays-Bas ? et vont jusqu’à proclamer roi le prince de Condé sous le nom de Louis XIII. De leur côté, les puissances catholiques offrent des secours au roi de France ; le pape lui-même lui envoie des troupes sous le commandement du comte de Santafiore, en même temps qu’il autorise (24 novembre 1568) la vente de biens du clergé de France jusqu’à la valeur de 5,000 écus d’or de rente pour subvenir aux nécessités de l'Etat 3.
Charles IX appelle au commandement de ses armées son frère le duc d'Anjou, et les troupes ont ordre de se rassembler dans chaque gouvernement. « Tout le pays de Champagne et Brie, comme aussi « tout le reste de la France, fut à l’instant plain et peuplé de gens « de guerre, qui firent moult de mal aux laboureurs et gens des « villages », déjà assez malheureux des pilleries de l’année précédente ; car le soldat mettait la main sur tous les chevaux, « et ne « les pouvait-on retirer de sesmains qu’à grande somme de rançon » : de rançon même il ne fallait parler, si le cheval était au gré du voleur *. Les villes avaient, depuis plusieurs mois déjà, sur les avis réitérés du duc de Guise, pourvu à leur sûreté 5.
! Cest alors que L’Hospital se retire dans sa maison de Vignay, près d'Etampes, où le roi lui fit bientôt après redemander les sceaux (7 octobre).
? De Thou, t. V, 1. XII, p. 472. Le prince s'était avancé jusqu’à Soissons et menaçait la Champagne, comme on peut le voir par une lettre de Rogier de Bellegarde aux Châlonnais, du 3 janvier 1569, en réponse aux craintes qu’ils avaient exprimées au roi. Mais la disette de ressources et les murmures de ses soldats le contraignirent à partir pour Strasbourg. Arrivé là, il se joïgnit à Wolfgang de Bavière, qui se disposait à venir au secours des protestants de France.
$ Arch. départ. transférées aux archives de Reims, série G 187. La taxe du diocèse de Reims fut fixée, le 20 décembre 1576, à 845 écus de rente par une commission qu'avait nommée le pape Grégoire XIII.
4 CI. Hatton, t. IL, p. 540.
5 V. aux Arch. mun.de Châlons, AA 5, les avis du duc de Guise (18 mai et 8 juin 1568) à du Castel, capitaine de la ville de Châlons. Le 2 janvier 4569, le conseil de ville suppliait le lieutenant d’Aultry de faire faire recherche des huguenots étrangers, les mettre hors de la ville ou s'assurer de leurs personnes.
Ce ne fut toutefois qu’au printemps de l’année 1569 que la guerre prit un caractère sérieux, après que le duc de Deux-Ponts, étant entré en France, près de Langres, accompagné du prince d'Orange et du comte Wolrad de Mansfeld, fut parvenu à déjouer les manœuvres du duc d'Aumale et à franchir la Seine au dessus de Bar pour de là gagner la Loire !. Après s'être emparés dans le midi d’un grand nombre de places, les protestants furent battus à Jarnac (13 mars 4569) par le duc d'Anjou, et perdirent leur chef, le prince de Condé. Le roi était alors à Metz? et il était couché, quand, à 41 heures du soir, lui arrivèrent les nouvelles de cette journée. Aussitôt il se lève, fait avertir l’évêque et les chanoïnes, et commande qu'à l'instant, au son de la Mutte#, on aille « à la grande église « Saint-Estienne rendre grâce à Dieu etchanter Te Deum laudamus, « où lui-même se trouva des premiers. Et y fut ledit Te Deum « chanté par ses chantres et ceux de ladite église, comme aussi par « les orgues d’icelle fort mélodieusement, à la grande joie de « tous catholiques et grand regret des huguenots de ladite ville * ».
4 La Noue, c. XXIV, p. 631, 632. — Hatton, t. Il, p. 547. — Dès le 10 décembre 1568, l’armée du prince d'Orange est signalée aux environs de Châlons, aux villages des Grandes-Loges, La Veuve, Juvigny et autres, et son passage est marqué par plus d’une dévastafion : ainsi l’église collégiale ct l’église de la Trinité de Vitry-le-François furent-elles saccagées et ruinées, au point que le roi, par lettres patentes du 24 janvier 1569, crut devoir exempterles habitants de tous impôts, « pour les ayder à se relever des pertes, dommages et desgats qu'ils avoient souffertz et endurez » (Vitry, Arch. mun., AA 1, cartulaire, f° 36). Le 2 février suivant, il leur donnait les matériaux et clôture de Vitry-en-Perthois, pour leur permettre de fortifier la ville et d’y demeurer en toute sûreté.
2 Il y était venu le 23 février, pour tâcher d'empêcher Wolfgang de Bavière, duc de Deux-Ponts, de pénétrer en France et d’y soutenir les protestants, et il y demeura jusqu’au 12 avril (Æist. de Metz par les Bénédictins, t. [l, p. 107).
$ Ainsi s'appelle le bourdon dela cathédrale ; on le sonna de telle sorte qu’il se fendit (Ibid.).
4 Ci. Hatton, p. 548. Après quoi, ajoute le chroniqueur, « le roi demeura « bien Pespace d’une petite heure à deux genoux en prière fort dévote- « ment, chose qui ennuyait à plusieurs qui eussent bien voulu estre en « leur repos ». M. le cardinal de Bourbon, frère germain du feu prince « de Condé, était présent qui ne chantait le Te Deum de bon courage »,