‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 110 sur 327 · VICTOIRE DE MONCONTOUR · texte numérisé non relu

VICTOIRE DE MONCONTOUR

La joie ne fut pas moins grande dans tout le reste de la France, et particulièrement en Champagne, où le clergé, par des processions solennelles et des prédications, rendit grâce au Ciel du succès des armes royales !, en même temps que des revues de troupes, des feux de joie et les détonations d'artillerie exaltaient l’ardeur militaire du peuple.

Une nouvelle victoire, celle de Moncontour, remportée le 3 octobre 1569?, et où se signala le jeune de Mayenne aux côtés du duc de Guise, son frère *, paraissait avoir ruiné le parti protestant : chacun le croyait perdu, car il semblait que, pour terminer la guerre d'un seul coup, il suffit de pousser Coligny jusqu’au fond de la Gascogne et de le réduire à s’enfermer dans quelque place ; mais les discordes qui régnaient dans le conseil de l’armée royale, les défiances jalouses qu'inspiraient au roi les succès de son frère, la passion de la reine-mère pour une autorité qu’elle ne pouvait maintenir qu'en maintenant l'équilibre entre les deux partis, et la peur d’avoir à subir, dans le triomphe complet des catholiques, l’ascendant du cardinal, qu’elle détestait, toutes ces considérations, jointes aux pertes essuyées à la prise de Saint-Jean-d'Angély, décidèrent

et qui, au moment où le roi se leva pour s’en aller, mit un genou en terre, implorant la pitié de Sa Majesté pour les petits enfants du prince.

1 CI. Hatton, p. 548 : le sermon fut prêché à Provins par un Jacobin d'Auxerre, élève de P. d’lvolé, que l’on avait fait venir pour précher le carême. — Le 25 mars, le chapitre de la cathédrale de Châlons, « après « avoir loué el remercié la bonté infinie de Notre Dieu, conservateur et « vengeur de l’injure faite à son église,... émet l’avis d'assister au Te « Deum et à la procession générale qui pourra s’ensuivre » (Arch. dép., fonds de Torcy) — A Troyes, le Te Deum fut chanté le 12 avril (Boutiot, p. 632).

? Le duc d’Aumale, qui, le matin, avait communié avant de monter à cheval, tandis que les protestants faisaient retentir l’air du chant de leurs psaumes, une fois la journée gagnée et la retraite sonnée, se jeta à bas de son cheval, et les genoux en terre, les mains jointes et les yeux élevés au ciel, s’écria en présence de tous les officiers de sa suite: Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam. Et toute l'assistance émue rendit pareillement grâces à Dieu (C1. Hatton, p. 583).

3 Le marquis de Mayenne n'avait que 13 ans, et venait de faire ses premières armes à la défense de Poitiers.

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une fois de plus Catherine à sacrifier tous les avantages de la situation pour en concéder à l’ennemi battu, mais toujours assez hardi pour les discuter, plus qu'il n’en possédait avant la guerre. La paix de Saint-Germain (8 août 1570) accordait, en effet, avec l’amnistie pleine et entière et la restitution des biens confisqués, l’exercice du culte protestant dans deux villes par province et dans toutes celles où il était déjà établi ; quatre places de sûreté pour deux ans, l'admission à tous les emplois, ete. « Jamais, écrivait Pie V au car- « dinal de Lorraine, jamais coup plus funeste à la religion ne lui « avait été porté depuis qu’elle était agitée par les désordres et les « guerres avec les hérétiques ».

L'effet inévitable d’une pareille politique était d’enhardir ceux qui en profitaient, et de perpétuer le désordre en provoquant les réactions.

Pour le moment, si les passions sont vives, si les huguenots de Meaux, de Troyes et de Sens, ne rentrent pas aussi facilement chez eux, en raison de leur nombre et de l’animosité de leurs adversaires, que ceux de Provins ! ; si les reîtres huguenots de Vezelay ?, qui, le 10 juin, s'étaient emparés de Villeneuve-l'Archevèque, inquiètent encore la ville de Troyes, le 12 août, et l’obligent d’aviser aux moyens d'arrêter leurs courses ; si leur commandant, le terrible capitaine Mächefer?, qui passait pour déjeûner, chaque jour, d’une salade de clous de charrette, jette encore l’épouvante dans les campagnes, l’ordre de licenciement des troupes va rendre pour un temps aux populations une certaine sécurité. Les troupes royales, sous le commandement de Cossé-Brissac, étaient aux environs de Moret, quand cetordre parvint au maréchal ; mais celui-ci avait sans doute alors la bourse assez plate *; pour la remplir, il ne trouva rien de mieux que de passer outre et d'entrer en Champagne, où son camp, après s'être répandu entre Sens et Bray, passa la Seine entre cette dernière villeet Pont-sur-Seine, les 6, 7, 8 et9 août, pour allers’établir dans la Brie aux environs de Provins. Il demeura là trois jours

1 CI. Hatton, p. 604.

2 Ils y étaient établis depuis février 1569.

3 C'était Wolrad de Mansfeld ; il avait succédé à Wolifgang de Bavière, duc de Deux-Ponts, mort le 11 juin 4569 à Nesson, près Limoges.

4 C1. Hatton, p. 599.

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