MARIAGE DU ROI. — JOIE QU'IL CAUSE
pleins, défrayé par les gouverneurs de la ville, qui, pour n'avoir pas à loger de gendarmerie, lui firent en outre « présent honeste de « roses et conserves, autant qu'ils en offrent à ung prince! ». Après quoi, il partit pour Villenauxe, qui sut habilement aussi s’accommoder avec Brissac ; de là pour Sézanne, où il « séjourna quelque « six jours, et de Sézanne à Vertus, où il baïlla congé à chascun « de se retirer en sa maison. Les Allemands, reistres et Suisses « prirent le chemin de Châlons, et les Français chascuns à leur « adroict ? ». Mais il se passa plusieurs jours encore avant que ces pays fussent nettoyés des voleurs et larrons qui côtoyaient ou suivaient le camp, et que les gens des villages réfugiés avec Zeur bestial dans les villes osassent regagner leurs logis.
Enfin la Champagne est toute à la joie : après le mariage de son gouverneur, Henri de Guise, qui, frustré de la main de Marguerite, sœur du roi, épousa la veuve du prince de Porcien, Catherine de Clèves ?, le roi vient d’épouser à Mézières (26 novembre) l’arehiduchesse Elisabeth, seconde fille de Maximilien Il 4.
Les réjouissances publiques ne manquèrent pas en cette occasion : processions, feux de joie, revues des milices, salves d'artillerie signalèrent l’allégresse des villes de la province. C'était plaisir de voir à Provins, en particulier, quelle dépense de poudre firent Zes mondainz et braguards du lieu, «encores qu’elle coustast 16 et 185. « la livre » ; plaisir surtout de les ouïr caqueter de la guerre «en « laquelle oncques n’avaient été ». La montre de la milice bourgeoïise, qui eut lieu sur la grande place du château, et où pouvaient bien être rangées en bon ordre, « jusques à mille personnes », dont
1 CI. Hatton, p. 599.
2 1d., p. 600 et 601.
3 De Thou, t. VI, L. 47, p. 63. Il l’épousa « ung mardi » 3 du mois d’octobre, dit Jehan de la Fosse en son journal. La nouvelle duchesse de Guise, princesse de Porcien, fut aussi bonne catholique qu’elle s’était montrée fougueuse huguenote. — Henri avait marié, en février, au duc de Montpensier, sa sœur Catherine, qui devait prendre plus tard aux événements politiques une part si passionnée. Montpensier, qui avait alors 56 ans et demi, mourut en 1582 (23 septembre).
4 Deux jours auparavant, comme la princesse entrait à Sedan, le roi, diton, s'était habilement ménagé le moyen de l’apercevoir sans être reconnu, et s’était montré satisfait du résultat de sa curiosité.
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plus de 600 arquebusiers, ne dura pas moins de cinq heures. « Le « reste de la journée se passa en banquetz, jeux et danses, qui « durèrent jusques passé dix heures du soir, tant on estait resjouy « de ce mariage royal! ».
8 V. — Du MARIAGE pu ROI À SA Morr.
96 novemBRE 1570 — 30 mar 1574.
Le roi travaille à l’apaisement des partis et songe à marier sa sœur Marguerite avec Henri de Navarre. — Pendant ce temps, le cardinal de Lorraine poursuit à Reims le cours de ses réformes, et, à la mort de Pie V, part pour Rome. — 11 apprend là les massacres de la Saint-Barthélemy, provoqués, dit le roi, par la découverte d'une conspiration huguenote. — Effet de ces massacres en Champagne. -- Sur l’ordre du roi, le duc de Guise parcourt son gouvernement pour y ramener le calme. — Election du duc d'Anjou comme roi de Pologne. — Il part pour ses Etats, accompagné de son frère, qui tombe malade à Vitry. — Les troubles qui surviennent peu après jettent Charles IX dans un état de langueur auquel il succombe. — Triste état de la province sillonnée par des brigands. — Retour du roi de Pologne. — Le cardinal de Lorraine va au-devant de lui et meurt à Avignon. — Jugement sur ce prince de l’Eglise.
Charles IX, qui n’avait pu obtenir que les princes et les seigneurs huguenots quittassent leur asile de la Rochelle pour assister à la solennité de son mariage, voulut du moins, avant l’arrivée de la reine à Paris (29 mars 1571), leur donner un nouveau gage de ses dispositions pacifiques, en confiant aux quatre maréchaux de France et à des commissaires spéciaux, la mission de parcourir les diverses provinces du royaume, « pour y faire observer inviolablement, « écrivait-il à Vieilleville, mon édit de pacification, avec des pou- « voirs si amples et généraulx, que quiconque se il vouldra opposer « ne puisse eschapper la mort, quand vousle y aurez condampné *?».
Le maréchal ne tarda pas à exécuter les instructions du roi ; car dès le 22 février, il convoquait à Troyes pour le 14ou 15 mars « au plus « tard les gouverneurs, justiciers, officiers, élus, contrôleurs, rece- « veurs, maires, échevins ou consuls des villes, lieux, pays et pro- « vince de Champagne et bailliage de Vitry ». Il devait être assisté par « Messieurs de Lamoignon et Blanc-Mesnil, conseillers de Sa
4 CL. Hatton, p. 625.
2 Mém. de Vicilleville, L. X, c. [°* (collect. Michaud et Poujoul., t. IX, p. 374).